épisodes Février 2022

166 ARDE MADRID avec Sony Isasi
167 The BOYS avec William Blanc
168 Les Brigades du Tigre avec Eric Fournier
169 WAKFU avec Angélique Salaun
170 ALIAS avec Marine Fournier 
171 1864 avec Gilles VOGT
172 SHERLOCK et ses Fans avec Sophie Le Hiress
173 TESKILAT avec Solene Poyraz

 

166 ARDE MADRID

avec Sony ISASI

 
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Sony ISASI

Ancien élève de l’École normale supérieure de Lyon et agrégé d’Espagnol, Sony ISASI enseigne en Lycée et en CPGE D1 et D2 (classes préparatoires économiques et juridiques) au lycée André Boulloche à Livry-Gargan. Il travaille également à l’Université Paris-Nanterre où il enseigne notamment la littérature espagnole du XXème siècle. Sur Twitter, il alimente un compte à destination des étudiants de CPGE qu’il consacre à l’actualité du monde hispanophone (@hispanoticias1). C’est avec ces mêmes étudiants qu’il a étudié la série Arde Madrid pour illustrer les mutations du régime franquiste au tournant des années 1950-60.

 

Résumé épisode 166

FAIRE RIRE « AVEC » LE FRANQUISME DANS LE PAYSAGE TÉLÉVISUEL ESPAGNOL : 
ARDE MADRID, UN RENOUVELLEMENT MÉMORIEL PAR LES SÉRIES ?


  1. PRÉSENTATION GÉNÉRALE


  1. Un marché espagnol très concurrentiel : 
    retour sur les conditions de production et de diffusion de la série


    1. Le Movistar+, « nouvel entrant », fait le pari de la qualité : une série pour un public exigeant ? 

    2. Un casting à la fois commercial… et engagé ? 

    3. Une série cinématographique et même cinéphilique ? 


  1. Résumé de l’intrigue : pourquoi « Madrid brûle[-t-elle] » ?


  1. « Encore un film/une série sur le franquisme ?! » : 
    une thématique saturée ou une approche renouvelée ? 


    1. Une anecdote de voisinage bien documentée : quand la « Grande Histoire » rencontre la « petite » 

    2. Une histoire « par le bas » : le parti pris du quotidien et des classes populaires  

    3. L’histoire par l’humour : le parti pris d’en (sou)rire 


II. QUESTIONS THÉMATIQUES

  1. Une « radiographie » du second franquisme [Paco León] 


    1. Le paradoxe d’un rapport rigoureux au passé, mais plutôt décomplexé à la chronologie

  1. Tentative contrariée de reconstitution d’une chronologie 

  2. Rechercher un effet d’« ubiquité historique » : la technique du sampling


    1. L’hypothèse d’une série qui s’attacherait à montrer « l’intrahistoire » du franquisme [Charo Lacalle Zalduendo] 


    1. Mettre à l’écran une première « Transition » (vers le libéralisme économique) 

  1. Non pas un, mais des franquismes : chrono-typologie sommaire 

  2. Se réinventer pour durer : un changement de paradigme achevé en 1959

  3. Une série sur la « décennie charnière » (épisodes 1 et 6) : 
    le point de vue des domestiques sur une rupture qui ne dit pas son nom 

  1. Le cas Perón : voisin gênant (pour Gardner) et réfugié encombrant (pour Franco) ? 


    1. L’asile de Juan Domingo Perón en Espagne : quelques rappels biographiques 


    1. Le Généralissime ne reçoit pas le Général 

    1. La déconvenue de l’épisode 7 : l’ancien leader « populiste » éconduit… 

    2. Mise en perspective des relations Franco-Perón 

  • 1946-1955 : Perón en « sauveur » du régime franquiste [Rein Raanan]

  • 1955-1973 : le temps du désamour 


    1. Arde Madrid vue d’Argentine 

  1. Démystifier le « Grand Homme » (et sa femme) : 
    le traitement burlesque de la famille Perón, un regard espagnol (c’est-à-dire décomplexé ?) 

  2. Accueil de la critique argentine : 
    vers un apaisement des mémoires de l’autre côté de l’Atlantique ? 

  3. Le cas d’Isabel : un silence (éloquent ?) de la presse 


  1. Une série féministe sur une phalangiste repentie ? 


    1. La « première » Anamari, une anti-héroïne ? 

  1. La Section Féminine de la Phalange, rouage clef de l’appareil idéologique de l’État franquiste 

  2. Scène d’ouverture de la série : Anamari, un personnage repoussoir (épisode 1) ? 

  3. Le Guide de la bonne épouse de Pilar Primo de Rivera (1953) : 
    une archive clef pour les créateurs de la série 


    1. La rencontre avec Ava : le choc des cultures 

  1. D’un huis clos à l’autre : le centre de la Section Féminine versus l’appartement de Gardner, deux univers que tout oppose ? 

  2. Le début d’un cheminement (épisodes 2 et 5) : un intégrisme qui se fissure…

  3. Scène finale (épisode 8) : Anamari en égérie féministe ? 


    1. Deux interprétations de la volte-face idéologique d’Anamari (épisode 1 versus épisode 8) 


  1. L’hypothèse allégorique : 
    représentation métaphorique de l’évolution de la condition des femmes dans l’Espagne aperturista (jusqu’à la démocratie) ? 

  2. L’hypothèse satirique du « franquisme sociologique » : 
    sous Franco, la duplicité comme seul horizon (pseudo-)émancipateur ? 


  1. La question de l’avortement : 
    une série au diapason des débats politiques de l’Espagne contemporaine ? 


    1. L’histoire d’un avortement clandestin : 
      la grossesse interrompue de Pilar comme « unité de temps » de la série 


    1. Le projet de contre-réforme sur l’IVG du gouvernent Rajoy et le puissant mouvement féministe des années 2010 en Espagne 

    2. Anachronisme ou parallélisme ?

  1. La tentation commerciale de « traer la serie al ahora » [Paco León] 

  2. 2010-2014, un effet de déjà-vu ? La dépénalisation de l’avortement par la IIème République (1937) et sa re-pénalisation avec la victoire des rebelles (1939) 


CONCLUSION : 
Faire rire « avec » le franquisme, le risque (évité ?) d’un regard dépolitisant


    1. Un engagement (féministe) peut en cacher un autre (révisionniste) 

    1. Le discours des producteurs et la tentation de la réhabilitation 

    2. L’exemple de la représentation de la police militaire : 
      une folklorisation qui relativise la répression de la dictature au nom du comique ? 

    1. La série dans son contexte

    1. L’essor de Vox et la banalisation du franquisme à la fin des années 2010

    2. Une série complexe pour une Espagne paradoxale ? 



BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE


  • Sur la sérié Arde Madrid

Arias María José, « Paco León retrata las andanzas de Ava Gardner en 1961 en la serie “Arde Madrid” », Público, Barcelone, 08.11.2018. En ligne: <https://www.publico.es/culturas/arde-madrid-paco-leon-retrata-andanzas-ava-gardner-1961-serie-arde-madrid.html>.

Lacalle Zalduendo Charo, « Ava Gardner en la España del desarrollismo: la reconstrucción cinéfila de la memoria social en la ficción televisiva española », Signa: Revista de la Asociación Española de Semiótica (30), 2021, pp. 555 573.

Ordóñez Rafael, « Sexo, alcohol y flamenco en la fiesta madrileña durante el franquismo », El Independiente, Madrid, 27.09.2018. En ligne: <https://www.elindependiente.com/series-y-television/2018/09/27/paco-leon-reirse-del-franquismo-mas/>.

Suárez César, « Arde Madrid: Paco León y Ana Costa nos cuentan todo sobre la serie del año », Telva, 07.11.2018. En ligne: <https://www.telva.com/estilo-vida/2018/11/07/5be01c5a01a2f1b2678b45db.html>.

  • Sur Ava Gardner en Espagne

Lacuesta Isaki, La noche que no acaba, 2010.

Mondelo Sergio, Ava Gardner, la gitane d’Hollywood, 2018.

Ordóñez Marcos, Beberse la vida. Ava Gardner en España, Madrid, Aguilar, 2004.

  • Sur le « second » franquisme et sa politique économique

Carr Raymond (éd.), La época de Franco, Barcelona, Espasa Calpe, 1996.

Domingo Carmen, Histoire politique des femmes espagnoles : de la IIe République à la fin du franquisme, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2008.

García Delgado josé luis et Jiménez Juan Carlos, Un siglo de España. La economía, 2e édition, Madrid, Marcial Porns, 2011.

Hertel Patricia, « 1960 - El turismo llega a España », in: Núñez Seixas Xosé Miguel (éd.), Historia mundial de España, Barcelone, Ediciones Destino, 2018, pp. 837 844.

Hofman Ana Catharina, « 1959 - El plan de estabilización », in: Núñez Seixas Xosé Miguel (éd.), Historia mundial de España, Barcelone, Ediciones Destino, 2018, pp. 830 836.

Martín Aceña Pablo et Martínez Ruiz Elena, « The Golden Age of Spanish Capitalism: Economic Growth without Political Freedom », in: Townson Nigel (éd.), Spain Transformed. The Late Franco Dictatorship (1959-75), New York, Palgrave Macmillan, 2007, pp. 30 46.

Riquer (de) Borja, Historia de España, vol. 9, Barcelona, Crítica/Marcial Porns, 2010.

Rodrigues Denis, L’Espagne sous le régime de Franco, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2016.

Tussel Javier, Historia de España en el siglo XX (T.3), Madrid, Taurus, 2012.

  • Sur la Section Féminine de la Phalange 

Gahete Muñoz Soraya, « La sección Femenina de Falange. Discursos y prácticas en Madrid », Arenal 22 (2), 2015, pp. 389 411.

Martins Rodríguez María Victoria, « Sección Femenina: modelos de mujer bajo el franquismo », in: OsborneRaquel (éd.), Mujeres bajo sospecha. Memoria y sexualidad, 1930-1980, Madrid, Fundamentos, 2012, pp. 275 291.

Tavera García Susana, « Las mujeres de la Sección Femenina de Falange: una afirmación entre el activismo político y la sumisión patriarcal, 1934-1939 », in: Aguado Ana et Ortega Teresa María (éds.), Feminismos y antifeminismos: culturas políticas e identidades de género en la España del siglo XX, Valencia, Universitat de Valencia/Universidad de Granada, 2011, pp. 207 228.

Thomàs Joan Maria, La Falange de Franco, Barcelone, Plaza y Janés, 2001.

  • Sur les relations de Perón vis-à-vis de l’Espagne franquiste (durant sa présidence et son l’exil)

Figallo Beatriz, « Sociabilidad y exilio. Perón entre los españoles del franquismo, 1960-1973 », Res Gesta (53), 2017, pp. 27 53.

Raanan Rein, La salvación de una dictadura. Alianza Franco-Perón (1946-1955), Madrid, Consejo Superior de Investigaciones Científicas - Instituto de Cooperación para el desarrollo, 1995.

Segovia Juan Fernando, « Peronismo y franquismo. Comparando dos variantes del autoritarismo », Undécimo Congreso Nacional y Regional de Historia Argentina, 2011, p. 15.

  • Sur les représentations de Madrid au cinéma

Aubert Jean-Paul, Madrid à l’écran (1939-2000), Paris, PUF, 2019.

Cebollada Pascual et Santa Eulalia Mary, Madrid y el cine: panorama filmográfico de cien años de historia, Madrid, Consejería de educación - Comunidad de Madrid, 2000.

 

167 THE BOYS

avec William Blanc

 
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William BLANC

Après des études d’histoire médiévale à l’université Paris 1 puis à l’EHESS, mes recherches portent aujourd’hui principalement sur les représentations contemporaines du Moyen âge (le médiévalisme), que ce soit dans les usages politiques et sociaux ou bien dans la culture populaire (BD, cinéma, jeux, séries télévisées, arts graphiques). Je vulgarise également mon travail à travers plusieurs ouvrages, mais aussi des publications et des médias audiovisuels. Je participe ainsi au site Retronews mais aussi à l’écriture de scripts pour le You Tubeur Nota Bene. Je donne des TD à l'université Paris 3 Sorbonne Nouvelle et j’ai publié de nombreux ouvrages comme Charles Martel et la bataille de Poitiers. De l’histoire au mythe identitaire (avec Christophe Naudin, Libertalia, 2015), Le Roi Arthur, un mythe contemporain(Libertalia, 2016), Super-héros, une histoire politique (Libertalia, 2018) et Winter is coming : une brève histoire politique de la fantasy (Libertalia, 2019).

 

Résumé épisode 167

  1. The Boys dans l’histoire du genre super-héroïque

    • Le genre super-héroïque : une utopie antifasciste

    • Des précédents ? L’Escadron Suprême, Watchmen, The Authority. 

  2. The Boys comme critique du genre super-héroïque

    • Critique de la marchandisation du genre

    • Critique de DC Comics

    • Critique de l’esthétique super-héroïque

    • D’où vient la critique ? Garth Ennis et Amazon

  3. The Boys comme critique des Etats-Unis 

    • Progressisme de façade

    • Homelander, portrait d’un nouveau Trump ?

    • Le pouvoir corrupteur de l’argent 

    • La critique du monde du spectacle et du sport de haut niveau


Bibliographie indicative

  • William Blanc, Super-héros, une histoire politique (Libertalia, 2018-2021)

  • Jean- Paul Gabilliet, Des comics et des hommes : histoire culturelle des comic-books aux États-Unis (éditions du Temps, 2005)

  • Gerard Jones, Men of Tomorrow. Geeks, Gangsters and the Birth of the Comic Book (Basic Books, 2004)

  • Bradford W. Wright, Comic Book Nation. The Transformation ofYouth Culture in America (Johns Hopkins University Press, 2003)

 

168 Les Brigades du Tigre

avec Eric FOURNIER

 
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Eric FOURNIER

Éric Fournier, maître de conférences habilité en histoire contemporaine, centre d’histoire du XIXe siècle, université Paris I Panthéon-Sorbonne. Spécialiste d’un long second XIXe siècle, des années 1860 aux années 1930 ; a notamment travaillé sur la Commune et sa mémoire, sur les mouvements révolutionnaires et la violence politique, dans La Critique des armes. Une histoire d’objets révolutionnaires sous la IIIe République (Libertalia, 2019), ou dans un livre collectif à venir (codirigé avec Arnaud Houte) traitant d’une Histoire de l’antimilitarisme, du XIXe siècle à nos jours (2023) ; sur les violences politiques de de l’affaire Dreyfus également à travers l’activisme des antisémites dans La Cité du sang. Les bouchers de La Villette contre Dreyfus (Libertalia, 2008).

 

Résumé épisode 168

1) s’inscrire dans le temps : « belle époque », « années folles » : les tensions des modernités passées, une vision finaliste de l’histoire

- Une série portant sur le XIXe siècle ou le XXe siècle ? 

- les lois d’airain de la chronologie

2) la fabrique de la série 

- intrigues rocambolesques (à la manière des feuilletons du XIXe siècle)

- petit budget et contraintes techniques(enfin selon nos normes)


3) archaïsmes et modernités : comment le montrer et en faire des intrigues

- importance de la culture matérielle

- la discordance des temps. L’exemple du « village maudit »


4) Une galerie de stéréotypes

- CSP belle époque

- Les criminels

- l’absence de la classe

- stéréotypes nationaux

- Le genre

5) résonances dans la France de Giscard et Mitterrand : 


Bibliographie indicative

Kalifa, Dominique, La véritable histoire de la « Belle-Epoque », Fayard, 2017

Houte, Arnaud, Le Triomphe de la République, 1871-1914, HFC, Points-histoire, 2018

 

169 WAKFU

avec Angélique Salaun

 
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Angélique SALAUN

Docteure en Lettre Moderne avec un Doctorat financé par un contrat doctoral. Sujet : « Femmes guerrières, Femmes en guerre dans la fantasy épique anglophone et francophone » (CÉRÉdI – EA3229, Université Rouen Normandie). Encadrement : Ariane Ferry et Sandra Provini.

 

résumé épisode 169

Wakfu est une série d’animation française, crée par les studios Ankama depuis 2008. Elle compte 3 saisons et des épisodes spéciaux. Une quatrième saison est en cours de production. 

  1. Un univers transmédia : le Krosmoz

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il faut présenter l’ensemble multisupport dans lequel s’insère la série Wakfu. L’univers dans lequel se déroule l’action de Wakfu se nomme le Krosmoz, univers né de la valse amoureuse du Grand Dragon, incarnant la Stasis, l’énergie de la destruction et de la déesse Eliatrope, incarnant le Wakfu, l’énergie de la création. Cette cosmogonie a été inventée par Anthony Roux, Camille Chafer et Emmanuel Darras, le trio fondateur des studios Ankama, en 2004, soit 4 ans avant la première diffusion de Wakfu. Il s’agit donc dans un premier temps de l’univers d’un jeu vidéo,Dofus, un MMORPG (jeu de rôle en ligne massivement multijoueur), toujours en ligne aujourd’hui. 

Ce jeu apparaît comme le point de départ d’un vaste projet transmédia puisque suivront d’autres jeux vidéo, notamment le MMORPG Wakfu en 2012 mais aussi des mangas, des bandes dessinées, des jeux de société, des magazines et des séries d’animation dont Wakfu depuis 2008. 

Ces différents projets sont indépendants les uns des autres : nul besoin d’avoir joué à Wakfu ou d’avoir lu la bande dessinée Boufbowl pour comprendre la série Wakfu : le Krosmoz est un univers multidimensionnel dont l’histoire s’étend sur plusieurs siècles, permettant ainsi aux créateurs de développer différents arcs en parallèle. La plupart des créations sont ainsi mineures, la plupart des BD et mangas ne compte que quelques tomes et les magazines n’ont pas été publiés très longtemps (le Dofus Mag, bimestriel sur les MMORPG d’Ankama, compte 44 numéros et 12 hors-série, publiés entre 2007 et 2014). Toutefois cette transmédialité est probablement l’une des clefs du succès des œuvres phares de l’univers que sont la série et le MMORPG Wakfu : elle a permis la constitution d’une fanbase solide, dont nous aurons l’occasion de reparler. 

Pour ce qui est de la cosmogonie intéressante pour notre sujet : 

Des milliers d’années avant l’action de la série Wakfu, Le Grand Dragon et la Déesse Eliatrope ont entamé une deuxième danse amoureuse. De cette nouvelle union naquirent 6 dofus (= œufs), nommés les dofus Eliatropes, du nom de leur déesse-mère. Dans chaque œuf se trouve non pas un mais deux êtres : un dragon et un humanoïde qui forment alors le peuple des Eliatropes. Ces six Eliatropes originels ont des capacités particulières liées au wakfu, l’énergie de leur créatrice : un vieillissement ralenti et surtout ils se réincarnent à leur décès, reformant leur dofus, alors que les autres Eliatropes sont mortels, n’ont pas de frère Dragons ni de Dofus. Obligés de fuir leur planète, ils finissent par atterrir sur le Monde des Douze, planète crée par deux dragons et riche en wakfu. Mais un évènement précipita leur disparition et l’anéantissement de la vie sur cette planète. Vinrent alors les dix dieux majeurs (bientôt rejoints par deux nouveaux dieux) et l’émergence de leur peuple respectif : les Iop, Crâs, Enutrof, Pandawa, Sadida etc. 

Deux cents ans environ avant le début de la série, le Monde des Douze a connu une catastrophe majeure, nommée le chaos d’Ogrest : Ogrest, créature crée par un alchimiste, Otomaï, a réussi à réunir les six dofus élémentaires pour la femme qu’il aime. Mais elle disparut et, de chagrin, Ogrest se mit à pleurer. Ses pleurs déclenchèrent tempêtes, inondations et modifia la géographie de cette planète. 

Nous l’avons à peine effleuré ici, mais la cosmogonie crée par Ankama Studios est très riche et si tous les détails ne sont pas indispensables pour suivre et apprécier la série, ils ajoutent une profondeur certainement inédite pour une série d’animation française d’abord destinée aux enfants (on pourra revenir sur la problématique du public cible)

Intéressons-nous maintenant à l’histoire racontée par la série Wakfu. 

  1. Wakfu, la série : présentation générale

  1. Saison 1 (2008-2010)

Wakfu raconte la quête d’un jeune garçon, Yugo. Ce n’est encore qu’un bébé lorsqu’il est confié par le dragon Grougaloragran à Alibert, un Enutrof chasseur de primes qui décide de s’installer comme aubergiste à Emelka lors du premier épisode. Ce n’est que douze ans plus tard que Yugo découvre par hasard ses pouvoirs : il peut créer des portails de téléportation en énergie wakfu. Il découvre alors le message caché dans une plume de son ami le volatile Az par Grougaloragran qui lui explique qu’il doit retrouver sa vraie famille sur l’île d’Oma. Mais Yugo ne va pas partir à l’aventure seul. Plusieurs personnages vont devenir ses alliés : 

Tristepin de Percedal : Jeune Iop, chevalier de l’ordre des gardiens de Shushu (les shushus sont des démons et certains sont emprisonnés dans des objets). Les Iops sont réputés pour leur gout pour la bagarre et… leur manque de réflexion. Le surnommé Pinpin est un digne représentant de son peuple, fonçant avec son épée démoniaque Rubilax sans réfléchir.

Amalia Sheran Sharm : princesse du people des Sadida, elle a quitté discrètement son royaume avec Evangelyne pour vivre des aventures. Mais elle reste une princesse, parfois hautaine et superficielle. 

Evangelyne: Garde du corps officielle d’Amalia, Evangelyne est une archère du peuple des Crâ. Elle se caractérise par son sang-froid et sa réflexion. 

Ruel Stroud: Vieil Enutrof, toujours en quête d’argent bien que richissime, il connaît Yugo depuis son plus jeune âge, étant un ami de son père adoptif, Alibert. 

Adamaï : frère dragon de Yugo qu’il rencontre à l’épisode 15 de la saison 1. Il a été élevé sur l’île d’Oma par le dragon Grougaloragran. 

Nous aurons l’occasion de revenir sur ces personnages qui font écho aux personnages classiques de jeux vidéo de type RPG ou MMORPG (le barbare, la magicienne, l’archère…)

La première partie de la saison 1 consiste à parcourir le monde pour trouver l’île d’Oma sur laquelle Yugo pense trouver sa vraie famille. C’est l’occasion pour les jeunes héros de découvrir le Monde des Douze en passant par des villes et villages divers et variés (environ 1 par épisode) et, le plus souvent, d’aider les habitants en combattant un monstre (ou en apprenant à faire du pain pour le concours du meilleur boulanger !). Après ses nombreuses pérégrinations, le groupe arrive sur l’île d’Oma à l’épisode 15 de la saison 1. Yugo découvre Adamaï et l’histoire de ses origines. Mais ils sont rattrapés par l’antagoniste principal de cette première saison : Nox, un Xelor. Ce magicien du temps cherche à rassembler le plus de wakfu possible pour, les personnages et spectateurs l’apprennent plus tard, remonter le temps et retrouver sa femme et son enfant disparus par sa faute. Il croise Grougaloragran et Yugo encore bébé, attiré par le wakfu que le dragon dégage. Puis Yugo et ses amis le confrontent dès le premier épisode alors qu’il cherche à aspirer le wakfu du vénérable Chêne Mou, arbre ancestral de la forêt voisine d’Emelka, le village de Yugo.

Nox arrive sur l’île d’Oma pour affronter Grougaloragran et récupérer son wakfu. Le vieux dragon envoie au loin les jeunes héros et affronte le magicien du temps. Il réussit à affaiblir Nox et l’empêcher de récupérer son énergie magique en se sacrifiant. Il retourne alors dans son dofus, à la localisation inconnue. La destination de Nox est alors le royaume Sadida : il compte les attaquer pour récupérer le wakfu de leur arbre sacré et nourrir l’éliacube, une invention des Eliatropes très puissante. Yugo et ses amis, auxquels s’ajoute désormais Adamaï, décident de se scinder en deux groupes : Yugo et Adamaï doivent retrouver le dofus de Grougaloragran et s’entraîner à maîtriser leurs pouvoirs, tandis que Tristepin, Evangelyne, Amalia et Ruel décident de rejoindre le royaume Sadida pour les prévenir de la menace qui arrive. Diverses péripéties préparent la nouvellement baptisée « confrérie du Tofu » à l’affrontement final avec Nox qui clôt la saison 1. 

  1. Saison 2 (2011-2012)

La saison deux voit l’apparition d’un nouveau personnage important : Manipulant l’Heliacube pour en apprendre davantage sur son peuple, Yugo libère un autre Eliatrope : Quilby. Le dofus de Grougaloragran et Chibi éclot également. Quilby va leur apprendre les origines extra-terrestres des Eliatropes et leur disparition à cause d’une autre race, les Méchasmes. Mais il révèle également que les Eliatropes adultes se sont sacrifiés pour envoyer tous les enfants dans une dimension parallèle hors du temps. Quilby, se présentant comme le roi des Eliatropes, envoyé également dans une dimension blanche par Yugo, affirme pouvoir ouvrir un portail vers les enfants. Mais il lui faut la puissance de son propre dofus, caché sur une île à l’autre bout du monde des Douze. 

La confrérie du Tofu a une nouvelle quête à accomplir ! Aller récupérer le dofus de Quilby et sa sœur dragonne Shinonomé : l’occasion de parcourir de nouvelles régions du monde et de rencontrer tout une galerie de nouveaux personnages. 

Les relations entre les personnages principaux évoluent aussi : alors que Tristepin semblait être mort pendant le combat contre Nox, Evangelyne parvient à le retrouver. Leur relation devient officielle. 

Cette saison n’est pas sans révélation : le prétendu roi Quilby s’avère être un terrible danger pour le monde des Douze. A l’origine de la catastrophe ayant provoqué la disparation des Eliatropes et l’exil des enfants, il avait été banni par les véritables rois : Yugo et Adamaï. Un éprouvant combat attend Yugo et ses amis pour vaincre Quilby et l’empêcher de détruire le monde ! 

  1. Episodes spéciaux (2014-2015)

Alors qu’un film était envisagé, ce sont ces trois épisodes spéciaux qui ont vu le jour. Plus long que les autres, ils se situent entre la saison 2 et 3. Plusieurs années se sont passées depuis la fin de la saison 2. La confrérie du Tofu s’est dispersée, Evangélyne et Tristepin ont fondé une famille, Amalia a pris davantage de responsabilités en tant que princesse, Yugo et Adamaï s’occupent de leurs frères dragons et Eliatrope. Mais ils vont se retrouver alors que le monde est à nouveau en péril : Ogrest, en possession des 6 dofus élémentaires, s’est remis à pleurer, menaçant le Monde des Douze et en premier lieu le royaume Sadida. Leur seul espoir : utiliser les 6 dofus Eliatropes. Mais encore faut-il les retrouver ! Amalia demande à ses amis de l’accompagner lors d’un voyage vers Frigost, les terres du comte Harbourg qui promet de rendre les dofus qu’il détient en échange de la main d’Amalia. Les sentiments de Yugo pour la jeune femme sont alors révélés aux téléspectateurs. Il s’avère que le comte a menti : il veut maîtriser les pouvoirs du dofus pour détacher son royaume et celui d’Amalia, les sauvant de la montée des eaux et utilisant les forêts Sadida comme source de combustible pour Frigost. La confrérie du Tofu parvient à le vaincre et à récupérer les dofus. Tristepin découvre pendant ce conflit qu’il est la réincarnation du dieu Iop. Ses camarades y voient une solution pour arrêter Ogrest. 

Adamaï, accompagné par le père d’Ogrest, Otomaï, se rend ailleurs pour retrouver deux autres dofus. Ils sont détenus par Dame Echo qui les remet volontiers à Adamaï, en le mettant en garde : leur utilisation contre les six dofus élémentaires pourrait déclencher une catastrophe.

Les deux derniers dofus sont détenus par un autre antagoniste que Yugo, aidé de trois autres personnages, héros de leur propre série animée, parvient difficilement à récupérer. Pendant son absence, les inquiétudes grandissent dans le palais Sadida et, sous pression, Tristepin se rend seul sur le Mont Zinit pour combattre Ogrest. Alors que Yugo revient et rassemble les 6 dofus eliatropes, déterminé à venir en aide à son ami, Adamaï s’oppose à l’utilisation des dofus. S’en suit une violente dispute et une rupture entre les deux frères. Adamaï quitte ses amis et retrouve Dame Echo qui lui a parlé d’une certaine Fratrie. 

Yugo tente de manipuler les six dofus et, les ayant sous son contrôle, se rend au mont Zinit avec Otomaï, rongé par la culpabilité d’avoir abandonné son fils. Après un combat épique, ils parviennent à retirer les six dofus élémentaires à Ogrest qui retrouve une apparence plus juvénile et les bras de son père. Cette lutte a bien failli détruire le monde mais finalement tout se termine pour le mieux.

Ces trois épisodes se terminent en demi-teinte : Tristepin et Eva se marient, mais Adamaï ne donne plus signe de vie. 

  1. Saison 3 (2017)

Le combat contre Ogrest a crée un conflit durable entre Yugo et Adamaï. Ce dernier a rejoint un groupe, la Fratrie des Oubliés, composée de demi-dieux, déterminée à détruire les dieux actuels et à faire valoir leurs prétendus droits. Leur chef, Oropo, est lié de façon intime à Yugo qui devra assumer les conséquences de ses actes pour l’empêcher de détruire le monde des Douze ! 

c) Saison 4 : à venir ! 

Se situe juste après la fin de la saison 3 dont la conclusion a laissé les héros dans l’Inglorium, la dimension où vivent les douze dieux. 

  1. Les caractéristiques de Wakfu

  1. Une production… complexe

Les deux premières saisons de la série sont produites en partenariat avec France Télévision, tout comme les 3 épisodes spéciaux. Les épisodes sont diffusés sur France 3 puis d’autres chaînes avec succès. 

Mais, en 2015 alors que la saison 3 devait être signée avec France 4, c’est finalement avec Netflix qu’Ankama produit cette troisième saison. Le directeur général, Olivier Comte, expliquait sur France Inter que ce nouvel accord avec la plate-forme (fraîchement arrivée en France en 2014) permettrait au studio d’avoir une audience internationale. 

Toutefois ce changement de production est aussi très certainement liée à l’évolution du public ciblé par la série. 

Le réalisateur de la saison 3 affirmait ainsi au site IGN France : 

Est-ce un soulagement de passer sur France 4 qui est une chaîne plus adulte ?

En amont, c'est une grande volonté de ToT, qui est le responsable de l'écriture de la série, de faire évoluer le ton avec le public. C'est une série qui est ancienne, qui a un grand réseau de fans qui a aussi grandi. Sur cette saison 3, on est sur un ton tragi-comique, plus dramatique, on est sur un ton assez lourd. France 4, ça a été une évidence. C'est une véritable volonté en interne de faire évoluer la narration avec quelque chose d'assez sombre. Je vois beaucoup de point commun avec Harry Potter, à savoir qu'on est dans un univers fun, qui, tout doucement, bascule vers des thématiques plus matures. Avec le film Dofus on explore déjà ça, c'est aussi pour le plaisir de tout le monde en interne, où on est essentiellement composé de fans trentenaires, qui se sont nourris du Club Dorothée et de Ken le survivant (rire), en tout cas des séries peut-être un peu plus adulte, et ça ne nous a pas fait de mal d'ailleurs, on est plutôt sympa (rire).

La saison 3 compte 13 épisodes, adoptant un format de série netflix. Ankama espère pouvoir produire 13 épisodes supplémentaires pour finir cette saison. Mais Netflix se désengage, insatisfait des audiences. 

Sans diffuseur-producteur, Ankama ne peut continuer la production. 13 épisodes demanderait 3 à 4 millions d’euros. 

En 2020 Ankama lance finalement un financement participatif. Ankama s'y engage à financer trois épisodes si la barre des 100 000 € est atteinte, puis un épisode supplémentaire chaque fois que 100 000 € en plus sont récoltés. Pour obtenir une saison complète de 13 épisodes, les fans devaient donc atteindre la somme astronomique de 1 100 000 €, soit 1/3 du budget total. Le seuil est atteint en huit jours ! Ankama propose alors la création de deux épisodes spéciaux si la somme atteint 1 400 000 €. Challenge relevé, deux jours avant la fin de la campagne. Finalement, avec les late pledges, Ankama récolte 1.9 millions !

Début 2021, Ankama annonce avoir signé avec France Télévision pour la diffusion de l’ultime saison, attendue pour le moment en 2023. 

On le voit, la production de la série a été des plus chaotiques ! La raison principale étant sans aucun doute la volonté d’Ankama de proposer une série d’épisodes suivis avec un humour référencé et des thématiques de plus en plus mature

  1. Quel public-cible ? 

  1. Une série suivie

L’une des particularités de Wakfu, notamment pour un dessin animé de télévision française, c’est le caractère suivi des épisodes : les personnages suivant un itinéraire et évoluant régulièrement (tant au niveau de leur maturité que de leur physique), les épisodes ne peuvent que très difficilement être diffusés dans le désordre. Or, la télévision préfère avoir une grande liberté en terme de diffusion et rediffusion, même encore aujourd’hui. 

Un exemple : le dessin animé Miraculous Ladybug, diffusé par TFOU depuis 2015 s’est vu adapté au format télévisuel. Alors que Thomas Astruc, son créateur, voulait faire une série suivie, il a finalement composé des épisodes complètements indépendants les uns des autres (mis à part les épisodes de fin de saisons) qui peuvent donc être diffusés dans n’importe quel ordre. Ce choix a des conséquences majeures sur le scénario et l’évolution des personnages. La progression en est largement ralentie et l’intérêt moindre pour un public plus vieux. 

Ainsi, alors que France Télévision voulait une série pour les enfants, Ankama fait rapidement évoluée sa création pour un public de jeunes adultes, ceux qui jouent à leurs jeux vidéos et/ou qui aiment la pop culture et les références dites geeks. 

  1. Humour et thématique pour un public ado/adulescents

L’une des caractéristiques majeure de Wakfu est son humour et ses clins d’œil à la culture geek. Présent dès la saison 1, il n’a de cesse de s’enrichir et les clins d’œil sont de plus en plus nombreux. De manière générale, cette série fait penser aux MMORPG et à leur système de races et de classes. Chaque personnage présente des caractéristiques de personnage de jeux vidéos : 

Les Iops, représenté par Tristepin, font penser aux guerriers est de type barbare : au CAC, ils se précipitent en première ligne sans trop réfléchir 

Les Crâs, dont fait partie Evangélyne, font écho aux elfes tolkiniens, avec leurs oreilles pointues et leur talent avec les arcs. 

Amalia, la princesse Sadida, est une magicienne des végétaux, entravant les ennemis et protégeant ses alliés.

Le jeu vidéo Wakfu propose d’ailleurs au joueur de se créer un personnage en choisissant tout d’abord une race, ce qui influencera sa façon de combattre et de jouer. 

Quelques exemples plus précis : 

Tristepin de Percedal : clin d’œil au chevalier Perceval. Il n’est pas le seul dont le nom est évocateur : Remington Smisse, Pandiego de la Vega, Lady Glagla, Shanon Stone etc. 

S1 E18 : alors que les héros doivent se séparer, ils décident de se trouver un nom. Evangélyne propose « la communauté de l’anneau » car ils sont assis en rond. Ruel lui rétorque « trop évident, ça surement déjà été pris ». 

S2 E5 : Les héros parcourent un donjon, élément classique du jeu de rôle. 

S2 E12 : Ruel s’exclame « Tu ne passeras pas » face à un ennemi (réf Gandalf SDA) 

S2 E15 : L’épisode 15 est un hommage aux jeux vidéo (Mario, Pacman, Tekken, etc.)

Les jeux de mots sont aussi davantage destinés aux jeunes adultes. 

S1 E18 : Ruel propose de donner leur carte magique en guise de paiement à la capitaine qui accepte de prendre le groupe à son bord. Il affirme alors que les paiements par carte sont de plus en plus courants et que celle-ci très bavarde est à « débit illimité ». 

S2 E8 : alors qu’un personnage se vante à propos de son imposante armure étincelante, Ruel (étant le personnage le plus âgé, les jeux de mots douteux lui reviennent souvent) affirme qu’effectivement « il en a une grosse » … 

S2 E18 : Lors d’un combat, l’épée de Tristepin ne parvient pas à grandir comme habituellement : le chevalier connaît cette « panne » pour la première fois…à cause du stress peut-être. 

S2 E20 : reproduction de la scène mythique du Titanic. 

Mais au-delà de cet aspect qui n’est pas sans rappeler d’autres sagas de fantasy humoristique comme le donjon de Naheulbeuk ou Reflets d’acide, Wakfu se caractérise aussi par son histoire riche et complexe. Si le début de la série ressemble à une quête simple d’un jeune héros à la recherche de son passé, la suite développe des questions plus complexes : lorsque le retour de dizaine de milliers d’Eliatrope est envisagé, les dirigeants des douze nations se réunissent et débattent : quel territoire donner à cet autre peuple, comment l’accueillir ? De plus, si Nox, l’ennemi de la première saison, est classique, les antagonistes suivants sont plus subtils. Les relations entre les personnages principaux sont aussi plus complexes au fil de la série : des dissensions profondes apparaissent, fracturant la confrérie du tofu, certains fondent une famille (avoir une femme enceinte combattante à l’écran dans un dessin animé, c’est plutôt original !) tandis que Yugo souffre de son statut de quasi immortel qui ne vieillit pas au même rythme que les autres (et notamment qu’Amalia…). 

Les héros de Wakfu ne sont pas toujours héroïques, ils commettent des erreurs, leurs choix sont critiquables et les conséquences peuvent être très lourdes pour le monde. 

Ainsi Wakfu est une série d’animation bien plus riche qu’il n’y paraît. L’univers dépeint a une histoire longue et complexe, se déployant sur plusieurs millénaires. Mais, loin de noyer le spectateur, la série parvient à développer progressivement son propos pour entraîner son public dans une histoire qui, sans perdre son humour, gagne en intensité dramatique.

Wakfu est une série majeure dans l’histoire de l’animation française qui gagne encore une aura internationale certaine avec les studios Ankamas ou encore plus récemment Fortiche Production qui a co-réalisé la série Arcanes, basée sur l’univers du jeu vidéo League of Legends. Ces deux exemples prouvent à quel point les séries animées ne sont pas uniquement pour les enfants ! 

Source : 

https://krosmoz.fandom.com/fr/wiki/Wiki_Krosmoz

https://www.krozmotion.com/fr/2015/04/la-saison-3-de-wakfu-verra-bien-le-jour-avec-netflix/

https://fr.ign.com/wakfu-1/25901/interview/wakfu-interview-de-fabrice-nzinzi-realisateur-de-la-serie-exclu-ign?p=2

 

170 ALIAS

avec Marine Boyer

 
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Marine BOYER

Marine Boyer est professeure agrégée d’anglais. Elle enseigne en CPGE BL et ECG au lycée Montaigne à Bordeaux. Elle est membre jury de l’Agrégation Interne d’Anglais et s’intéresse particulièrement à la civilisation américaine.

 

Résumé épisode 170

Présentation : 

La série Alias a été diffusée de 2001 à 2006 sur ABC. Elle a été créée par JJ Abrams qui créera ensuite LOST et qui réalisera les reboots des films Star Trek et les derniers épisodes Saga Star Wars. On suit une jeune femme, Sidney Bristow, jouée par Jennifer Garner, qui pour son fiancé Danny un pédiatre et ses amis est une étudiante en littérature à l’Université en Californie et qui parcourt en même temps le monde pour son travail dans la finance internationale. Ce métier est en fait une couverture pour son ‘vrai’ travail : agent de la CIA. Elle pense travailler pour une branche secrète de cette dernière, le SD6, mais le spectateur découvre dans le pilote de la série et en même temps que son héroïne que le SD6 est en fait une organisation terroriste liée à un groupe d’oligarques qui souhaitent contrôler le monde en secret et qui s’adonnent au trafic d’armes, d’informations et d’influence. La série est aussi un des premiers rôles importants de Bradley Cooper qui joue Will, le meilleur ami journaliste de Sydney. 

Une fois cette situation de départ posée, on va suivre Sydney devenue agent double à l’intérieur de SD6 pour le compte de la « vraie » CIA dans ses missions à travers le monde pour lesquelles elle doit assumer différentes identités d’où le titre de la série. C’est donc une série d’espionnage qui reprend de nombreux codes du genre. Notamment avec le petit génie des gadgets technologiques Marshall qui fait penser au Q de la franchise James Bond. On peut aussi noter qu’Alias innove en introduisant, au cœur d’une histoire d’espionnage, une héroïne avec des attributs « masculins » : elle s’engage physiquement, part au combat pour des missions à haut risque à égalité avec ses collègues masculins. Ses capacités physiques et intellectuelles à la fois extraordinaires et supérieures à celles de ses collègues, sont régulièrement mises en avant pendant les 5 saisons. Elle rejoint Buffy Summers et Xéna la guerrière dans la catégorie des femmes guerrières et protectrices. 

Le contexte de 2001 : 

Il est difficile de ne pas mentionner la concomitance entre la première diffusion de la série et les attentats du 11 septembre. La série a été diffusée à la fin du mois de Septembre 2001 dans un contexte très sensible en termes de sécurité intérieure. Il faut se rappeler du climat de l’époque mais aussi du fait que les attentats sont un exemple frappant d’échec des services de renseignement… 

Une géopolitique « familiale » : 

L’intrigue d’Alias est en effet finalement largement familiale et on retrouve certains ressorts de ‘soap opera’ avec les trahisons familiales et tromperies qui mènent à la découverte d’une demi sœur cachée par exemple à la saison 4. Alias permet ce mélange des genres car pour Sydney aller au travail ressemble un peu à une réunion de famille puisqu’au fil des saisons elle part en mission avec ses parents …. 

Les figures parentales complexes

Lorsque le SD6 est démantelé à la fin de la saison, et que Sydney rejoint officiellement la CIA les choses pourraient être simplifiées mais c’est à ce moment qu’entrent en scène les deux parents de Sydney, anciennement en couple et désormais séparés qui au fil des saisons sont en concurrence pour avoir obtenir la confiance de Sydney, tous deux clament agir uniquement dans le but de protéger Sydney et il est souvent difficile de démêler le vrai du faux….

A qui faire confiance ? 

On peut voir dans les alliances de circonstances et temporaires qui sont faites dans Alias la notion que parfois voire souvent la fin justifie les moyens, et quand bien même ces moyens sont parfois moralement très discutables. Ils sont présentés comme un mal nécessaire pour la sauvegarde des intérêts familiaux et donc si on file la métaphore de la nation. On peut aussi extrapoler sur le problème de la confiance. Faire confiance à quelqu’un dans Alias revient à prendre un risque, aucun personnage n’est unidimensionnel et aucun n’est au-dessus de tout soupçon …. 

Le personnage de Sydney 

Au milieu de ces défilés de personnages multi-facettes, Sydney Bristow reste le point d’ancrage...

Une femme dans un univers d’hommes

Sydney est aussi une incarnation de la femme qui travaille dur mais qui parvient à concilier vie professionnelle et vie familiale dans un univers traditionnellement masculin. Pendant la cinquième et la dernière saison, elle part en mission enceinte et reprend le travail ‘opérationnel’ quelques mois après la naissance de sa fille et cela sans l’aide du père de cette dernière est « indisponible » à ce moment du la série. Il faut dire que cette vie personnelle et maternelle n’est que très peu explorée avant la fin de la saison 4 et la grossesse dans la vraie vie de Jennifer Garner …. 

Sydney Bristow : une femme libre ? 

Alias met en scène une héroïne dans un monde hétéronormé et presque post-féministe… 

La place de la CIA 

Le personnage de Sydney Bristow est parfait pour donner une bonne image de la CIA au début du XXIème siècle. La CIA a mis des consultants à disposition de JJ Abrams et elle a même utilisé Jennifer Garner dans un clip de recrutement en 2003. 

Si la relation entre la CIA par l’intermédiaire de son bureau de relations publiques avec Hollywood est notoire, ce qu’Alias met en avant de façon relativement nouvelle c’est la relation entre la CIA et le monde universitaire….

L’image de la CIA

Alias donne une image largement positive de la CIA. Sont justifiées notamment les opérations secrètes et les sections non officielles qui échappent au contrôle du Congrès à la fois en termes de financement et d’obligation de rendre des comptes. Sydney fait partie dans les dernières saisons d’une « task force » finalement peu différente du SD6. Le citoyen américain doit donc faire confiance à la CIA pour utiliser ces ressources pour les bonnes raisons….

Conclusion :

Alias offre une vision réconfortante des services secrets américains dans la période post 9/11. Les citoyens peuvent être rassurés des Sydney Bristow veillent sur eux et œuvrent pour le bien mondial. Certes, il y a des quelques pommes pourries dans le panier mais les forces du bien gagnent à la fin et les problèmes viennent majoritairement de poignées d’individus mal intentionnés qui finissent par être neutralisés et rien ne vient remettre en question la légitimité de la CIA à intervenir sur le sol étranger. On peut regretter ce message qui manque de complexité géopolitique ou de réflexivité, il reste qu’Alias est une série bien ficelée qui mélange action et tension dramatique avec brio. Elle est actuellement disponible Disney+






BIBLIOGRAPHIE INDICATIVE : 

Spy Schools: How the CIA, FBI, and Foreign Intelligence Secretly Exploit America’s Universities, by Daniel Golden, 2017, published by Henry Holt and Company.

Tricia Jenkins, The CIA in Hollywood: How the Agency Shapes Film and Television Austin: University of Texas Press, 2012, 

Articles universitaires : 

I Can Be Whoever I Want to Be: Alias and The Post-Feminist Rhetoric of Choice, Sarah E Whitney, University of Colorado, Boulder, March 1, 2013

https://www.colorado.edu/gendersarchive1998-2013/2013/03/01/i-can-be-whoever-i-want-be-alias-and-post-feminist-rhetoric-choice

Articles de presse : 

CIA Recruiting: The Rare Topic the Spy Agency Likes to Talk About, NPR.com, March 26, 2018

https://www.npr.org/sections/parallels/2018/03/26/594909193/cia-recruiting-the-rare-topic-the-spy-agency-likes-to-talk-about?t=1640336441113

How the CIA Hoodwinked Hollywood, Nicolas Schou, The Atlantic, July 14, 2016 

https://www.theatlantic.com/entertainment/archive/2016/07/operation-tinseltown-how-the-cia-manipulates-hollywood/491138/

Alias “grace”, Charles Taylor, Salon.com, January 12, 2005 

https://www.salon.com/2005/01/12/alias_2/

 

171 1864

avec Gilles Vogt

 
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Gilles VOGT

Docteur en histoire contemporaine de l’Université de Strasbourg. Lauréat du prix de thèse 2018 de l’Université de Strasbourg pour ma thèse sur la neutralité durant la guerre de 1870. Auteur, en compagnie de Nicolas Bourguinat, d’une synthèse publiée chez Flammarion/champs, « La guerre franco-allemande de 1870, une histoire globale ». Lauréat du prix Maurice Baumont 2021 de l’Académie des sciences morales et politiques pour cet ouvrage. Par ailleurs auteur de plusieurs publications sur la Scandinavie dans le troisième quart du XIXe siècle, et particulièrement sur la question du Schleswig et ses conséquences sur la politique internationale dans les années précédant la guerre de 1870.

 

Résumé épisode 171

  1. Une série danoise produite, en 2014, pour DR, réalisée et écrite par Ole Bornedal, largement aidé par la plume de l’historien Tom Buk-Swienty. En France, la série fut diffusée à sa sortie sur Arte. Format 8 épisodes de 60 minutes chacun.

  2. La série se donne pour mission de retracer, à grands traits, le désastre humain, matériel et politique que fut la guerre des Duchés de 1864 pour le Danemark et les Danois, depuis les événements qui ont conduit à la déclaration de guerre jusqu’à l’inéluctable écrasement des armées danoises par la coalition austro-prussienne. Plus généralement, elle se donne pour ambition de proposer un résumé graphique/esthétique de la question du Schleswig, c’est-à-dire du différend structurant, à partir des années 1840, plusieurs décennies de relations germano-danoises. L’entreprise est immensément délicate tant cette question fut complexe et sujette à de nombreuses interprétations philosophiques et politiques, tant d’ailleurs au XIXe siècle que chez les historiens du XXe siècle voire, pour certains épiphénomènes de la question (responsabilité du roi, sursauts du parti national-libéral dans les années suivant 1864) jusque très récemment. 

  3. Pour arriver à la prouesse de rendre cette enquête accessible et digeste, la série mise sur deux axes narratifs et stylistiques : 

  4. Le premier est un fil rouge : le journal intime d’Inge, une jeune femme du temps de la guerre jouée par Marie Tourell Sødeberg dont le cœur est partagé entre deux hommes, deux frères, Laust, joué par l’acteur norvégien Jakob Oftebro et Peter, dont le rôle revient à Jens Sætter-Larsen, tous deux sont de jeunes soldats de la huitième bridage de l’armée danoise, et à ce titre acteurs des principaux affrontements de la guerre des Duchés. Ce journal intime est en réalité le narrateur de la série. On le connaît grâce à Claudia (Sarah-Sofie Boussnina), une jeune femme de 2014 qui tombe sur ce document en fouillant dans les archives familiales d’un vieil homme dont elle s’occupe et qui se trouve être un descendant des protagonistes que l’on suit en 1864.

  5. Le deuxième axe est celui de l’enquête historique : on y suit, loin du front, la grandeur puis le déclin du parti national-libéral danois, c’est-à-dire du parti politique qui a mené le Danemark à la guerre et dont la figure tutélaire était alors le premier ministre (ou président du Conseil) Ditlev Monrad – brillamment interprété par Nicolas Bro. 

  6. Ces deux axes sont adroits : il permettent, pour le premier, d’interroger la « normalité » dramatique du front, de ses acteurs, femmes et hommes, soldats et officiers, paysans et propriétaires terriens, dans toute la diversité sociale et technique que cela implique / le deuxième axe permet d’interroger l’arrière, ou plutôt la tête politique de ce Danemark empêtré dans une guerre bien trop sérieuse pour lui, et donc de comprendre les mécanismes qui ont permis à un homme comme Ditlev Monrad d’imposer une vue intransigeante et va-t-en-guerre de la question du Schleswig au tournant de l’année 1863. 

  7. Tout compte fait, « 1864 » est une série sérieuse, solide, basée sur une documentation historique remarquable - au sens littéral du terme - en tout cas suffisante. Elle est par ailleurs bien réalisée (les scènes de bataille notamment, qui n’ont absolument rien à envier aux productions anglo-saxonnes) et bien interprétée (y compris les dits « seconds rôles », qu’ils soient ceux de soldats, de civils ou de personnages politiques). Les 3 premiers épisodes – c’est-à-dire ceux qui font le récit de la marche du pays vers la guerre des Duchés – sont les plus remarquables. Dans cet épisode du Podcast Histoire en Séries, c’est une analyse épisode par épisode, donc sous un angle chronologique variant les échelles (soldats, civils, officiers, politiques, cercles diplomatiques mais aussi aspects techniques), que nous vous proposons.


  8. Bibliographie :


  9. Tom Buk-Swienty, 1864: The War that Shaped Modern Europe, Profile Books Ltd, 2015.

  10. Dommedags Als, Copenhague, Gyldendal, 2010. 

  11. Slagtebænk Dybbøl, Copenhague, Gyldendal, 2008. 

  12. Michael Embree, Bismarck’s First War: The Campaign of Schleswig and Jutland, Helion & Company, 2006. 

  13. Rasmus Glenthøj, 1864: Sønner av de slagne, Gads Forlag, 2014. 

  14. Nick Svendsen, The First Schleswig-Holstein War, Helion & Company 2007.

 

172 Sherlock et ses fans

avec Sophie Le Hiress

 
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Sophie Le Hiress

Sophie Le Hiress, Université de Bretagne Occidentale (Brest), ED Arts, Lettres et Langues, Laboratoire HCTI (Héritages et Constructions dans le Texte et l’Image)


Agrégée d’anglais en 2017, et docteure en langues, littératures et civilisations anglophones depuis décembre 2021, mon sujet de thèse portait sur « Le détective herméneute en fiction sérielle : origines et évolutions d'une figure mythique, du texte à l'image » (sous la direction de Madame Hélène Machinal et de Madame Isabelle Durand). Cette thèse visait à étudier les évolutions de la figure du détective herméneute dans les séries par le biais de ses transpositions à l’écran, et d'étudier la manière dont l'identité du personnage s'est constituée, par un phénomène de répétition et de variation, par le biais des transfictions qui l’ont mis à l’honneur, mais aussi grâce aux innombrables reprises dont la figure a fait l’objet jusque sur les médias sociaux. 


J'ai bénéficié pendant trois ans d'un contrat doctoral d'établissement au sein du laboratoire HCTI et je suis maintenant ATER dans le département d'anglais de l'UBO. 

J'ai été représentante des doctorants HCTI de 2017 à 2019 et, dans ce cadre, j'ai participé à l'organisation des séminaires du laboratoire et du premier colloque de doctorants et jeunes chercheurs qui s'est tenu à Brest en juin 2019.


Publications :

- « "The Abominable Bride" (Sherlock, BBC, 2016) : voyage temporel, enquête virtuelle », Paradoxe de l'espace-temps, dir. Sylvie BAUER, Hélène MACHINAL, Denis MELLIER, Otrante n°46, Éditions Kimé, automne 2019.

- « Sherlock Holmes, le détective pisteur », revue en ligne Le Paratonnerre <http://leparatonnerre.fr/2018/04/05/sherlock-holmes-le-detective-pisteur>

 

résumé épisode 172

La série Sherlock et les fandoms


  1. Pourquoi une nouvelle adaptation de Sherlock Holmes ?

    => la frustration de certains lecteurs face au manque d'information sur certaines enquêtes, et surtout sur Holmes lui-même

    => la communauté des « sherlockiens » et des « holmésiens », et le phénomène de transfictionnalité

    => notion d'horizon d'attente et difficulté à se démarquer parmi les innombrables adaptations antérieures

    => nouveau contexte diégétique et extra-diégétique pour la série : la société numérique et l'ère des réseaux sociaux


  2. Le fonctionnement des fandoms

    => définir ce qu'on entend par « fan » et « fandom »

    => notion de culture participative

    => notions de culture de la convergence et d'intelligence collective

    => cas du réseau social Tumblr et des publications participatives visant à partager et mutualiser des connaissances : création de véritables communautés de fans


  3. Sherlock et ses fans

    => notion de « forensic fandom » : les fans deviennent des détectives à l'image du personnage principal

    => les fans s'approprient la méthode du détective pour poursuivre l'enquête au-delà de la diégèse

    => rapport ludique entre les créateurs de la série et les fans : jeu de références plus ou moins cachées pour les spectateurs-lecteurs, spéculations des fans entre les épisodes/saisons, reprises diégétiques des théories de fans, contenu transmédia

    => notion de suspension consentie de l'incrédulité répandue chez les amateurs de Holmes et qui trouve de nouvelles expressions à l'ère des réseaux sociaux (fan fictions, création de vidéos, débats sur les réseaux, hashtag « I believe in Sherlock »)

    => faire vivre la série en dehors de la diégèse (particulièrement important dans le cas de Sherlock qui aurait pu souffrir de l'irrégularité de la diffusion des saisons et des hiatus de plusieurs années entre les saisons)



Bibliographie sélective


Sherlock, Mark GATISS et Stephen MOFFAT, BBC, 2010-2017, 4 saisons et 1 épisode spécial.


- AUBRY, Danielle, Du roman-feuilleton à la série télévisuelle : pour une rhétorique du genre et de la sérialité, Berne, Peter Lang, Éditions Scientifiques Internationales, 2006.

- CRIGNON, Hélène, « L'énigme de Sherlock Holmes », L'énigme, ed. Stéphane BIKIALO et Jacques DÜRRENMATT, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, La Licorne, 2003.

- GELLY, Christophe, « The Hound of the Baskerville Revisited: Adaptation in Context », in The Oscholars, Special Issue on Arthur Conan Doyle, 2015.

- JENKINS, Henry, Confronting the Challenges of Participatory Culture: Media Education for the 21st Century, MIT Press, 2009.

- JENKINS, Henry, Convergence Culture: When Old and New Media Collide, New York, New York University Press, 2006.

- LE GUERN, Philippe, « En être ou pas : le fan-club de la série Le prisonnier », Les cultes médiatiques : culture fan et œuvres cultes, dir. Philippe LE GUERN, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2002 <http://books.openedition.org/pur/24160>

- MACHINAL Hélène, MÉNÉGALDO Gilles et NAUGRETTE Jean-Pierre (dir.), Sherlock Holmes : un nouveau limier pour le XXIe siècle, du Strand Magazine au Sherlock de la BBC, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2016.

- MELLIER, Denis, « L'aventure de la faille apocryphe ou Reichenbach et la Sherlock-fiction », Sherlock Holmes et le signe de la fiction, ed. Denis MELLIER, Fontenay-aux-Roses, ENS Éditions, 1999.

- MITTELL, Jason, « Sites of participation: Wiki fandom and the case of Lostpedia », Transformative Works and Cultures, n°3, 2009 <https://doi.org/10.3983/twc.2009.0118>

- STEIN, Louisa Ellen et BUSSE, Kristina (ed.), Sherlock and Transmedia Fandom, Essays on the BBC Series, Jefferson, McFarland & Company, 2012.

 

173 TESKILAT

avec Solene POYRAZ

 
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Solene POYRAZ

Doctorante en 3ème année à l’EHESS en études politiques.

Sujet de recherche : les effets de la crise syrienne sur la Turquie depuis 2011.

Vit depuis 3 ans à Istanbul.

Boursière à l’IFEA (Institut Français d’Études Anatoliennes) à Istanbul

Membre fondatrice de AYAK groupe d’entraide entre chercheurs travaillant sur la Turquie : https://ayak.hypotheses.org/

S.Poyraz, L.Dissard, coord. dossier « Guerres de Syrie et dynamiques kurdes : 2011-2021 », Cahier d’Histoire Immédiate, n°56, Décembre 2021. 


« Ethos, le silence est-il d’or ? », Saison, N°2, novembre 2021. 

 

résumé épisode 173

Je me suis intéressée à cette série dans le cadre de ma thèse. Ne pouvant avoir beaucoup d’informations sur les opérations militaires, j’ai préféré me concentrer sur les outils de communication du pouvoir pour étudier plutôt comment l’État turc se mettait en scène dans ces opérations. 


Sortie en mars 2021 sur TRT 1 donc chaîne appartenant au groupe TRT, relié directement au Ministère de la communication placée sous la présidence (créé en 2018). 


Une série qui répond, selon les enquêtes de « terrain » de TRT, à une demande de l’audience en Turquie qui veut plus d’histoires d’héros et des séries concentrées autour des concepts de la patrie et de la nation.


Scénario :


La série met en scène une équipe du MIT (services de renseignement turcs) qui va essayer de contrer une organisation criminelle internationale qui veut mettre à mal la nation turque. Le protagoniste, Serdar, est un orphelin dont les parents immigrés en Allemagne sont morts brûlés vifs dans un incendie criminel organisé par les néo-nazis. On retrouve la thématique régulièrement au cours des épisodes, rappelant la persistance, avec l’organisation criminelle, et des terroristes quels qu’ils soient, de la présence d’ennemis extérieurs et intérieurs. 

C’est un agent du MIT qui viendra récupérer le petit orphelin en Allemagne qui exprime ses peurs : « mais je n’ai personne en Turquie » (Turkiye’de kimsem yok ki), ce à quoi on lui répond « tu as ton État » (devletin var). Cette série a attiré mon attention à partir d’un article publié sur Gazete Duvar (journal de gauche) signalant des répliques violentes dans le dixième épisode défendant/justifiant l’importance de la présence de la Turquie en Syrie.


Dans cet épisode on voit bien :

  • les acteurs des opérations (nouvelle configuration des forces armées)

  • Justifications historiques (Syndrome de Sèvres)

  • Discours anti-occident 

Cette série met aussi en évidence les drones turcs (SIHA) : dans un épisode on a un véritable moment « tuto » pour montrer à l’audience comment fonctionnent les drones, toute une mise en scène (on sait que la série est vendue à l’étranger aussi, même à Israël). Game changer dans les conflits (dernièrement vente de drones turcs en Éthiopie, présenté comme ce qui a pu mettre fin à la guerre). SANS ETRE L’OBJECTIF PREMIER, les opérations militaires turques à l’extérieur permettent aussi d’exposer le matériel et d’augmenter les ventes (objectif de la série aussi).  


Enfin une autre réplique qui a fait beaucoup parler dernièrement : qui fait directement référence au débat politique en cours sur la reconnaissance ou non du parti pro-kurde HDP comme affilié au groupe désigné comme terroriste PKK. (Le personnage incarnant le méchant dans la série a repris mot pour mot une phrase du leader du CHP, parti d’opposition).