épisodes septembre 2021

131 La prison dans les séries avec Gwenola Ricordeau

132 DROR ZAHAVI (le mystérieux trésor de TROIE) avec Annick Louis

133 HATUFIM avec Agnès Callu

134 EL MINISTERIO DEL TIEMPO avec Julia Roumier

135 I CLODIUS avec Aurélie Paci

136 GINNY et GEORGIA avec Lissell Quiroz

 

131 La prison dans les séries

avec Gwenola Ricordeau

 
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Gwenola RICORDEAU

Gwenola Ricordeau est professeure associée en justice criminelle à la California State University, Chico (États-Unis). Ses recherches ont notamment porté sur les proches des personnes incarcérées, la sexualité et le genre en prison et les contestations du système pénal. Ses travaux récents portent sur la patrimonialisation des prisons et leurs représentations dans la culture populaire. Elle a également travaillé sur les migrations par le mariage des femmes philippines (elle a notamment écrit avec Laure Sizaire : « “C’était une femme à qui il fallait un époux et lui un homme qui voulait une épouse…” Les représentations filmographiques des mariages par correspondance » (Genre, sexualité et société, 14, 2015).

Elle est l’auteure de Les détenus et leurs proches. Solidarités et sentiments à l’ombre des murs (Autrement, 2008), Pour elles toutes. Femmes contre la prison (Lux, 2019) et Crimes & Peines. Penser l’abolitionnisme pénal (Grévis, 2021). Elle a coordonné plusieurs numéros de revue, dont « Sexualités et institutions pénales » (avec Régis Schlagdenhauffen, Champ pénal/Penal Field, 2016), « Système pénal et patrimonialisation : entre lieux de mémoire et tourisme carcéral » (avec Fanny Bugnon, Déviance et société, 2018) et « Contestation et subversion en prison » (avec Joël Charbit, Champ pénal/Penal Field, 2020).

 

Résumé épisode 131

Intro:

  1. intérêt du cinema pour la prison dès ses origines (Griffiths, Carceral Fantasies)

  2. Abondance des series sur la prison (79 : Prisoner: Cell Block H - Austr.) (97 : Oz ; Prison Break, OTNB, Rectify, Porridge, The Night of…) [Femmes en prison / (US Orange is the New Black, Quebec Unité 9 ; Australie Wentworth, UK Bad Girls] [mais aussi SciFi comme Alcatraz, Le Prisonnier] [SuperJail difficilement classable]

  1. The Prisoner (1967–1968), Patrick McGoohan

  2. Prison Break (2005–2009), Paul Scheuring.

2/ Realisme/figuratif

3/stéréotypes de race, de genre

4/ce que ces séries disent de la prison d’un point de vue sociologique 

*les rapports de pouvoir (entre détenus, entre gardiens et gardes)

*la frontière entre dedans et dehors – continuum carceral, Foucault

5/ce qu’elles disent de la vie en prison – comment vie = résistance

*les multiples formes de resistance – continuum avec l’evasion

*resistance individuelle et collective

6/les représentations de l’évasion qu’elles utilisent

*une grande aventure / entertainment

*le role de la ruse

7/peut-être qu’a l’image des travaux sur la prison, les séries s’intéressent bien davantage à ce qui se passe « dedans », et beaucoup moins à ses effets sur les individus qui y passent – un contre-exemple : Rectify. Une série intéressante a plusieurs titres :

*la place des femmes

*l’ex-prisonnier, famille, proches, communauté – la stigmatisation

Conclusion :

  • Un sous-genre comme au cinema ? (themes proches [confinement / Lost] – populations diverses [hommes, femmes, juv’]) (stereotypes de personnages ; narration – reprise des codes du sous-genre)

  • Toujours des évasions dans les series alors que pas si frequentes, mais participent a la construction d’une representation des prisonniers et de l’accent mis sur la fonction de neutralisation de la prison

  • Les series parlent-elles de la prison… ou de l’amitie, des liens sociaux, etc. – sont-elles critiques de l’institution carcerale ?

  • Le Prisonnier – une serie qui anticipait le developpement du securitaire ?

Bibliographie indicative :

RICORDEAU Gwenola. « Prisons, jailbreaks and escapees in two popular TV series: The Prisoner and Prison Break », in Tomas Max Martin,Gilles Chantraine, dir., Toward a sociology of prison escape, Londres & New York : Palgrave Macmillan, 2018, pp. 291-310.

RICORDEAU Gwenola. « Women in “prison movies” and carceral masculinities », in Marcus K. Harmes, Meredith A.  Harmes, Barbara Harmes, dir., The Palgrave Handbook of Incarceration in Popular Media, 2020, pp. 627-640.

RICORDEAU Gwenola « Prison Break, saison 5 », Le genre et l’écran, 2017. URL : https://genre-ecran.net/?Prison-Break-Resurrection

RICORDEAU Gwenola « Rectify », Le genre et l’écran, 2017. URL : http://genre-ecran.net/?Rectify

 

132 DROR ZAHAVI (Le mystérieux trésor de Troie)

avec Annick Louis

 
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Annick LOUIS

Annick Louis est Professeur à l’Université de Franche-Comté et membre de l'équipe pédagogique de l'EHESS. Elle a été Visiting Professor à l’Université de Yale en 1999-2000, Boursière de la Fondation Alexander von Humboldt entre 2000 et 2002, et en 2010.
Ses domaines de spécialiste son le récit, des théories du récit, la théorie littéraire. Actuellement, son travail s'oriente vers une épistémologie de la littérature ainsi que vers l’étude des rapports entre littérature et sciences humaines et sociales.
Ses derniers ouvrages publiés en français sont : L’invention de Troie. Les vies rêvées de Heinrich Schliemann (Editions EHESS, 2020) et Sans objet. Pour une épistémologie du littéraire (Hermann, 2021). Son prochain livre s’intitule Homo explorator. Les écritures non-littéraires d’Arthur Rimbaud, Lucio V. Mansilla et Heinrich Schliemann (Garnier/Classiques, 2021).
Ses publications antérieures sont : Borges face au fascisme I. Les causes du présent, Montreuil, Aux lieux d’être, 2006; Borges face au fascisme II. Les fictions du contemporain, Montreuil, Aux lieux d’être, 2007 ; Borges. Œuvre et manœuvres, Paris, L’Harmattan, 1997.
Elle a publié un nombre important d'articles concernant les rapports entre littérature et politique, la notion d'auteur, les revues littéraires, ainsi que des travaux de littérature comparée sur les rapports entre la littérature hispano-américaine et la française. Elle a traduit Songes et discours de Quevedo en collaboration avec Bernard Tissier et Les rêves et le temps de María Zambrano.
Annick Louis a reçu le Prix Louis Barthou de l’Académie Française pour son ouvrage « L’invention de Troie. Les vies rêvées de Heinrich Schliemann » en 2021.

 

Résumé épisode 132

Mini-série allemande: Der geheimnisvolle Schatz von Troja (Le mystérieux trésor de Troie), Dror Zahavi, Ariane Krampe, RFA, 2007.

Titre international: Hunt for Troy.

Titre français: Troie. La cite du trésor perdu.

Troie, la cité du trésor perdu est une mini-série allemande en deux parties de 90 minutes chacune, diffusée à partir de 2007. Elle raconte comment l’archéologue Heinrich Schliemann entame des fouilles à Hissarlik, dans la Troade, à la recherche de l’ancienne cité de Troie, qu’il met à jour, prouvant ainsi que les événements de l’Iliade ont une source historique. Il y découvre le trésor de Priam, et connaît un succès retentissant après avoir fait l’objet des critiques et des moqueries de la communauté scientifique allemande. Le récit met également en scène sa relation avec sa deuxième épouse, Sophia, une jeune femme grecque de 17 ans. Dans la réalisation de ses projets il rencontre une série d’obstacles, et doit notamment faire face à des ennemis variés, en particulier Oskar Neumann, de l’Académie de Berlin, personnage imaginaire, qui emploie des méthodes peu nobles contre lui. 

Troie. La cite du trésor perdu est une production importante au niveau financier. Le tournage a coûté 8,3 millions d'euros et a eu lieu en Allemagne, en Croatie et à Rhodes. L’impressionnante reconstruction du site des fouilles de Troie a la réputation d’être le plus grand décor de film jamais construit en Europe ; il a été bâti à Oberkrämer (dans la commune de Brandenburg), l’entreprise a demandé trois mois ; il faisait 150 × 70 mètres et a impliqué le transport de 20 000 mètres cubes de sable. Les scènes qui se déroulent en Turquie ont été tournées en Croatie, le mariage du couple Schliemann à Rhodes, et les scènes à la cour impériale allemande au palais de Sanssouci, près de Potsdam, ancien palais d’été du roi de Prusse Frédéric II (Frédéric le Grand).

En dépit de l’effort de reconstruction des sites et des lieux réalisé, le récit s’écarte de toute vérité historique, même s’il présente des aspects captivants. L’ensemble frappant d’inexactitudes a été signalé dès sa sortie ; si elles sont trop nombreuses pour les mentionner toutes, on peut en signaler deux, dont découlent pratiquement tous les autres écarts : la présentation entièrement anachronique des événements qui ont marqué la vie de Schliemann, et une appropriation nationaliste du personnage qui situe les débuts de sa carrière en Allemagne, la Prusse de l’époque, à un moment où en vérité il en était totalement détaché. En effet, ses travaux et ses théories ne sont connus des savants et du public qu’après sa première campagne de fouilles, qui se déroule entre 1870 et 1873. Bien qu’il ait obtenu un doctorat de l’Université de Rostock en 1869, mentionné d’ailleurs dans le film comme un doctorat acheté, pendant sa première campagne à Troie, Schliemann n’a pratiquement pas de rapports avec le milieu académique allemand, même si des journaux allemands font état de ses découvertes. Il avait, d’ailleurs, prit la nationalité russe pendant les années 1850, puis avait obtenu l’américaine en 1869. 

Autres inexactitudes ou éléments fictionnels : 

Parmi les événements :

  • La tentative d’assassinat sur Heinrich Schliemann, le caractère violent des conflits avec les propriétaires de terre, le sabotage, la présence d’un espion 

  • Les problèmes de Schliemann avec le gouvernement turc n’ont jamais pris cette ampleur, même si en effet Schliemann ne lui a pas versé la part du trésor qui lui revenait (mais a dédommagé la Turquie par la suite, pour pouvoir reprendre des fouilles) 

  • La négociation avec Bismarck afin d’obtenir son intervention favorable auprès du gouvernement turc est tout à fait imaginaire ; bien que né dans le Mecklenburg, pendant la guerre contre les Prussiens, il se range du côté français. Après la défaite française, il sera cependant rejeté en partie en raison de ses origines.

Parmi les personnages :

  • Celui qui est présenté comme le maléfique rival de Schliemann, Oskar Neumann, qui semble vaguement inspiré de l’historien et archéologue berlinois Ernst Curtius

  • Démétrius, le jeune grec dont Sophia est amoureuse au début et qui l’aime 

  • Rudolf Virchow ne joue un rôle pour Schliemann qu'à partir de 1875, alors que dans le film il apparaît même avant la première campagne à Troie (1870)

  • Même s’il est mentionné, le rôle de Franck Calvert n’est pas reconnu, ni son importance – car la plupart des spécialistes sont d’accord pour dire que c’est lui qui a initié Schliemann à la théorie d’Hissarlik ; par ailleurs, il l’a encouragé à faire des fouilles et initié à tous les aspects pratiques et méthodologiques de celles-ci

L’aspect le plus intéressant de cette minisérie est qu’elle reprend des aspects véridiques de la biographie de Schliemann mais aussi de nombreux éléments de la légende qui entoure sa vie et son œuvre, et les deux sont mis sur au profit du récit. Le rapport histoire/fiction, qui se pose pour toutes les séries historiques, est ainsi reformulé, ce qui réactive un trait caractéristique de l’histoire de l’archéologie, qui reste un domaine où il est souvent difficile de tracer une frontière entre le sérieux et le fantastique, et où le discours savant entre en concurrence avec des interprétations populaires. Comme Schliemann se positionna dans un espace situé entre science et imagination, entre science et discours amateur, sa figure permet de dépasser l’opposition entre une archéologie vraie et une fausse, d’aller au-delà de la frontière tangente entre science et para science pour incorporer des discours considérés jusqu’à présent comme étant extérieurs à la discipline ; et aussi d’étudier la façon dont cette forme « d’archéologie populaire » a contribué à son histoire. Ces aspects se retrouvent dans la minisérie.

Le personnage de Schliemann et sa légende

La vie de Schliemann est entourée de légendes qu’il a en partie lui-même mises en place. La plus séduisante et persistante concerne la naissance de sa vocation scientifique ; il s’agit de la scène de l’enfant qui rêve de Troie, qui apparaît dès la préface de son premier ouvrage relevant de l’archéologie, Ithaque, le Péloponnèse et Troie (1969) : enfant, son père lui racontait les exploits des héros homériques, ce qui l’a fait rêver de trouver un jour le site de l’ancienne ville. Contrairement à ce qui apparaît dans la minisérie, qui le présente comme un industriel, venant d’une famille riche, un grand bourgeois raffiné, Schliemann était fils d’un pasteur de mauvaises mœurs, avec qui il entretenait des rapports difficiles ; il lui attribue cependant ce rôle dans son autobiographie qui légitime son intérêt pour la culture grecque, malgré le fait de ne pas voir fait d’études. 

La minisérie laisse le père dans l’ombre, pour présenter, dans sa première scène, l’enfant Schliemann jouant à la guerre de Troie, une épée en bois à la main, dans un décor fait de forêts et de ruines. Aux images de l’enfant qui joue se superposent d’autres qui montrent un guerrier grec, et de vrais combats ; le spectateur a ainsi l’impression d’être plongé avec l’enfant dans le passé historique. Le décor où joue l’enfant est particulièrement important, car Schliemann introduit lui-même le Moyen Âge allemand dans sa troisième autobiographie, qui précède Ilios, ouvrage de 1880 où il fait le point sur dix années de campagnes à Troie, qui correspond à un moment de sa carrière où il jouit effectivement d’une reconnaissance. Schliemann affirme avoir grandi entouré de légendes et de ruines, qui ont fait naître en lui le désir de devenir archéologue – un aspect auquel la minisérie renvoie : lors de sa rencontre avec la famille de Sophia, il reprend cette autobiographie, disant que quand il était enfant il ne comprenait pas que son père ne cherche pas à retrouver les trésors des légendes. 

Les premières scènes de la minisérie qui montrent l’enfant se livrant au jeu de la guerre de Troie sont mises en parallèle avec des images de la prise de Troie, où on voit les flammes, les femmes qui s’enfuient, parmi lesquelles deux cachent un trésor dans un coffre. Cette façon de rendre le passé présent revient dans la minisérie, où des images de Troie sont intercalés aux moments des découvertes, comme si Schliemann au lieu de voir des restes et des ruines, voyait la prise de Troie.

L’enfant qui joue, est vaincu, son nez saigne, ce qui évoque les futures difficultés que Schliemann devra affronter par la suite. Mais ces jeux évoquent aussi le faire semblant enfantin considéré par la recherche actuelle comme une des manifestations cognitives de la fiction humaine : aujourd’hui on considère la fiction comme une activité qui n’écarte pas du monde, mais qui nous aide à aller vers lui, qui nous permet une meilleure élaboration de notre rapport au monde. C’est le mouvement accompli par Schliemann.

En faisant le choix de superposer les images de l’enfant qui joue et de la guerre de Troie (reconstruite), la minisérie écarte la scène de l’enfant qui rêve, qui est une scène familiale, d’intérieur. Cependant, l’enfant reste rêveur : on le voit couché sur l’herbe, vaincu, regarder vers le ciel où on voit un aigle qui passe. Le rêve apparaît aussi à un autre moment dans la minisérie : quand Schliemann affirme sa conviction de l’existence de Troie à un moment particulièrement difficile des fouilles, alors que Sophia lui dit qu’il n’a aucune preuve, il dit ne pas avoir besoin de preuves, il dit qu’il voit Hector – et que « L’Odyssée s’est adressée à moi dans un rêve et m’a dit où creuser ». Le topos du rêve est donc récupéré et réemployé ici, sous la forme de révélation et de prémonition, le désir et l’imagination étant situés dans le jeu enfantin. Par ailleurs, Schliemann est présenté comme un rêveur supérieurement intelligent par son ennemi, Oskar Neumann. Rêve et imagination restent ainsi – tout comme dans les récits autobiographiques de Schliemann – entremêlés, et essentiels à sa carrière d’archéologue, puisqu’ils le mènent vers les fouilles. 

On peut rappeler que les récits et les autobiographies de Schliemann – il en existe 4, correspondant à différents moments de sa vie – sont composés de scènes et d’épisodes « empruntés », c’est-à-dire généralement repris par lui dans des ouvrages (l’Odyssée), des articles de journaux, ou des correspondances privées. Son autobiographie s’est imposée au public par son caractère exemplaire : c’est l’histoire d’un enfant qui rêve de la Grèce ancienne, que le manque de moyens de ses parents empêche de faire des études, et qui parvient à se faire un nom dans l’archéologie grâce à sa volonté, à sa persévérance, et à la fortune acquise dans le commerce. Schliemann incarne le polyglotte autodidacte qui réussit dans le monde savant. Un parcours qui a fait rêver de nombreuses personnes de se consacrer à la science. Pendant presque cent ans ses récits autobiographiques furent considérés comme véridiques, jusqu’à la révision intervenue dans les années 1970. On remarque cependant que le fait d’avoir démontré que Schliemann n’avait pas vécu les épisodes qu’il raconte, n’a pas entravé les légendes sur sa vie et son œuvre. 

La minisérie se nourrit de ces légendes, tout en leur donnant une facture réaliste, qui semble correspondre aux caractéristiques du récit de Schliemann. 

L’interprétation de Heino Ferch du personnage le montre dans son ambivalence énigmatique, à la fois dur et rêveur, sympathisant avec le destin des moins fortunés et les poussant à travailler dans des conditions périlleuses et difficilement supportables ; il doute de lui-même et s’autopromeut, il achète une femme mais attend qu’elle tombe amoureuse de lui, il est brutal et amical à la fois, rêveur et pragmatique, généreux et soucieux de ses dépenses…Heino Ferch ayant été gymnaste, il propose un Schliemann plein de vitalité, sportif et avec une forme de sensualité contrôlée, mise en valeur lors des scènes de baignade dans une baie de la Troade. Schliemann en effet avait cette habitude (dans Antiquités troyennes, on trouve même une photographie qui semble y faire allusion), qui sert l’intrigue du film car c’est lors d’une de ces baignades qu’il est attaqué par le propriétaire des terres, sur instigation de Neumann ; blessé, il tombe d’un pont dans la rivière. 

L’archéologie comme chasse au trésor

Schliemann a joué un rôle capital dans la mise en place de l’idée que derrière les légendes concernant des trésors ou des villes mythiques il existe un noyau factuel. On la retrouve dans des productions contemporaines comme la série de films d’Indiana Jones, des séries télévisées comme Relic Hunter, et des jeux vidéo comme Tomb Raider. Ces productions mettent en scène le mouvement qui consiste à prendre les légendes, les mythes et les textes littéraires pour des vérités historiques susceptibles d'engager les archéologues dans des aventures, des voyages et des chasses au trésor trépidantes. L'archéologie est, en ce sens, plus glamour que d'autres disciplines relevant des sciences humaines et sociales, cela est dû dans une certaine mesure à Schliemann, car il a contribué à la mise en place d’un intérêt pour la quête archéologique, qui engage affects et imagination, transformant la discipline en une aventure et l’archéologue en héros.

Et c’est ce qu’on retrouve dans la minisérie, car la quête de Troie prend la tournure d’une chasse au trésor : Schliemann veut prouver que Troie a bien existé – ou plutôt : qu’elle existe puisqu’il l’affirme toujours au présent, comme si les ruines étaient la ville vivante elle-même – mais il veut aussi trouver le trésor. Le trouver prend implicitement le sens de faire fortune. S’il est fait plusieurs fois allusion au fait que Schliemann est riche, on y mentionne aussi la menace de tout perdre dans les fouilles, et si on ne trouve pas le trésor, il aurait perdu toute sa fortune pour rien. En ce sens, la minisérie est contradictoire, car d’un côté il dépense de fortes sommes et peut se montrer très généreux, mais d’un autre côté on affirme plusieurs fois que sa fortune est en train de lui filer entre les doigts.

Schliemann n’était en vérité pas un industriel, mais un commerçant ; il a fait fortune d’abord en Russie dans le commerce de produits variés, puis il tient une banque en Californie pendant la ruée vers l’or, et pour finir il fait à nouveau fortune dans le commerce de l’indigo pendant la guerre de Crimée. Tout ceci dans les années 1850. Pour finir, il vend son fond de commerce en 1866, fait un long voyage en Orient, et à son retour il entreprend d’investir sa fortune dans l’immobilier parisien. Par la suite il vit de quelques placements et investissements, et de ses rentes – interrompues néanmoins pendant le siège de Paris, et quelque temps après la fin de la guerre, c’est-à-dire précisément pendant la période où il entame ses premières fouilles.

Contrairement aux personnages de Balzac Schliemann n’a donc jamais faire faillite. Mais, ce qui est vrai, et que la minisérie montre bien, est qu’il a financé entièrement ses fouilles lui-même. Cette indépendance d’un état et de toute institution a été décisive dans sa carrière, car elle lui a permis de profiter du succès que ses fouilles avaient dans différents pays à différents moments – les Etats-Unis, l’Angleterre, l’Allemagne ….

S’il est vrai qu’il a découvert un trésor, qu’on appelle habituellement le trésor ou l’or de Troie ou trésor de Priam, celui-ci date de 2550-2300 avant J.C. (Troie II, dans le classement actuel), et correspond donc à la préhistoire, alors qu’aujourd’hui on situe Troie en 1200 avant J.C. (Troie VIIa et Troie VIIb1). L’Iliade, quant à elle, aurait été composée entre 730 et 710 avant J.C.  L’archéologue Manfred Korfmann, qui a dirigé les plus importantes fouilles dans la région, entre 1991 et 2005, considérait qu’Homère pensait que son audience savait qu’une guerre avait eu lieu à Troie ; du point de vue archéologique, il affirmait qu’on pouvait voir Homère ou ses informateurs comme des témoins directs de Troie et du paysage de la région tel qu’il était autour du huitième siècle avant J.C., la période de composition du poème. Troie était donc un site en ruines à l’époque d’Homère, mais les restes de Troie VI/VIIa, la citadelle et la ville basse, restaient impressionnants ; les auditeurs contemporains et ceux qui vinrent après et vivaient dans la région pouvaient reconnaître les traits majeurs des lieux où se déroulait l’action d’après les descriptions de l’Iliade – ce que longtemps après, au XVIIIe et XIXe siècle, des voyageurs et des archéologues comme Le Chevalier, ou même Schliemann, ont cru pouvoir faire.

Même si Schliemann a effectivement trouvé de l’or, la quête du trésor n’était pas son but principal ; dans la minisérie il évoque cependant « l’or maudit » qui constitue son but dans une lettre à Virchow. Au départ, il cherchait à prouver que l’ancienne Troie se trouvait à Hissarlik, et non pas à Bounarbashi ; c’est dans cette polémique qu’il s’engage, le caractère historique de Troie était implicite ; mais cette polémique est relativement peu évoquée dans le film. 

Par ailleurs, le trésor en soi pose une question très complexe : il existe plusieurs versions de la découverte du trésor mais aucune ne permet de reconstruire les véritables circonstances de celle-ci. Il existe au moins 6 versions : A : la version de son journal, du 31 mai 1873, qui présente de nombreuses raclures et paragraphes barrés, et qui est par moments impossible à déchiffrer1 ; B, le premier rapport à son éditeur Brockhaus, envoyé le 31 mai, qui se trouve aux archives Schliemann, version finale de A, mais sans les hésitations2 ; C : l’entrée de son journal datée du 17 juin 18733 ; D : le rapport envoyé à Brockhaus du 5 juillet, basé sur l’entrée du 17 juin du journal ; E : la version de Trojanische Alterthümer4 ; F : le récit d’Ilios, bien plus tardif, de 1880, qui reprend le précédent5. Des années plus tard, Nikolaos Zaphyros Yannakis, serviteur personnel de Schliemann et gérant pendant les fouilles, donnera aussi une version, qui coïncide partiellement avec celle de son employeur6.

Aujourd’hui on dirait que c’est un composite : Schliemann a probablement réuni des objets venant de niveaux et de lieux différents. Pour l’archéologie moderne, cela pourrait donc être un faux, non pas parce que les pièces ne sont pas authentiques mais en raison du fait que l’ensemble a été composé.

Ajoutons que certains biographes, Emil Ludwig en particulier, dans The Story of a Gold-Seeker (1931), avait présenté la carrière de Schliemann ainsi, mettant en relation l’épisode de Californie avec la découverte du trésor, tous deux marqués par la recherche de l’or. 

Les fouilles

Le fait que la minisérie présente les fouilles de Schliemann comme la quête d’un trésor est paradoxal, car il fait partie des archéologues qui ont transformé la discipline en autre chose qu’une chasse au trésor. A l’époque, on cherchait à établir la vérité sur la guerre de Troie à partir d’arguments philologiques ; Schliemann les utilise également, mais seulement pour montrer qu’il ne manque pas de connaissances lettrées. Pour résoudre la question, il entame de véritables fouilles. Comme beaucoup d’archéologues de l’époque et comme on dit souvent il a beaucoup détruit sur son passage. Les protocoles et les techniques se mettent en place peu à peu ; Schliemann apprend l’essentiel de Franck Calvert et d’Emile Burnouf, qui était alors directeur de l’École Françaises d’Athènes. 

Dans la minisérie la reconstruction des fouilles est sans doute l’aspect le plus impressionnant, même si la représentation est beaucoup trop anachronique. L’ampleur du site, l’activité, l’effort y sont présents; l’enthousiasme et la frustration cohabitent. La musique entrainante et des petites scènes – l’aigle qui traverse le ciel, Schliemann en train de creuser…- contribuent à transformer le travail des fouilles en une aventure, et à enflammer l’imagination. 

Plusieurs fois on voit apparaître un personnage qui semble sinistre, qui dit être le propriétaire des terres, et qui exige de l’argent à Schliemann (qui affirme, lui que les terres lui ont été vendues par Franck Calvert, ce qui est aussi faux : Schliemann a fait des fouilles sur ses terres avec son accord, et ils devaient partager les découvertes, mais Schliemann l’a escroqué à cet égard). A chaque fois, l’avidité et l’intérêt pécunier de ce propriétaire sont opposés à la haute mission de Schliemann : trouver Troie. Il présente toujours son but comme désintéressé, malgré la question autour de l’or à laquelle nous avons fait allusion. C’est ce personnage du propriétaire qui tire sur lui, à l’instigation de Neumann, qui le paie pour cela. Mais, comme on verra, change à la fin du film. 

A travers lui apparaît une autre question qui est très présente dans les récits de Schliemann : l’opposition entre labourage et fouilles. D’une part, parce que pour construire leurs maisons, les paysans utilisent des pierres venant des ruines antiques, qui sont extirpées, et les restes détruits pour l'élevage, les éleveurs de moutons constituant une sorte de plaie ; d’autre part, parce que si les paysans sont occupés par ces tâches, il ne peut les employer en tant que travailleurs dans ses fouilles. Lors de son affrontement violent avec le propriétaire, Schliemann le traite de paysan comme si c’était une insulte. 

Par ailleurs, les questions techniques des fouilles sont souvent évoquées. Schliemann, sur proposition de Sophia, fait venir un ingénieur, Théo Glauser, pour professionnaliser les fouilles et aller plus loin. Mais son professionnalisme et sa prudence sont contrecarrés par l’espion, Lars Bernsson, qui profite de l’anxiété de Schliemann pour le pousser à aller trop vite. Lors d’un écroulement, l’espion, l’ingénieur et Démétrios sont ensevelis, et l’ingénieur meurt. Dans le récit de Schliemann, Antiquités troyennes, en revanche, se sont des travailleurs qui sont ensevelis ; l’épisode donne lui à une scène extraordinaire où il raconte comment ils les sauvent et déclare que s’ils avaient péri, leurs femmes l’auraient déchiqueté, comme les Troyennes ! il fait ainsi des travailleurs turcs et leurs épouses des descendants des troyens.

Lors de discussion entre l’ingénieur, Schliemann et Yannakis, le fait qu’ils ont déterré des objets d’âges différents, sans aucune logique, correspondant à l’âge de pierre, à l’âge du bronze, et l’énigme scientifique que cela pose est évoqué ; Schliemann se dit à court d’hypothèses, et propose alors de découper la colline, pour dévoiler une coupe longitudinale de l’histoire ; l’ingénieur dit que ce ne serait pas assez solide, mais l’espion dit qu’il peut le faire. Ici certains aspects du développement technique des fouilles (comme le fait d’emprunter des techniques du chemin de fer) apparaissent. Le coût exorbitant de tout ceci est mentionné aussi. 

La représentation du travail des fouilles est donc pseudo professionnelle. Mais lorsqu’ils trouvent quelque chose, un squelette, une pointe de flèche, un crâne, une épée, des images de la fuite et la prise de Troie se superposent comme si Schliemann les voyait. A chaque découverte, il affirme qu’ils ont trouvé Troie. L’organisation du site, avec Sophia sous une tente en train de trier les objets, est fictionnel et anachronique, car il correspond aux fouilles que les deux époux feront sous le contrôle du gouvernement grec à Mycènes, à partir de 1874. 

Par ailleurs, de façon peu réaliste, les fouilles se poursuivent sous la pluie, et même sous une pluie torrentielle, ce qui donne lieu à des scènes assez dramatiques. 

Raconter la construction d’un archéologue à la fin du XIX siècle : une affaire de genre

C’est comme on a dit l’anachronisme de base de la minisérie : lorsque l’action commence, nous sommes à Berlin, au Musée et à l’Académie, le livre de Schliemann, Ithaque, le Péloponnèse et Troie (1869), cause un certain remue-ménage, ses théories sont discutées, avec violence, lui-même a des idées très tranchantes, Virchow est un de ses partisans…Ces premières scènes qui montrent d’abord Schliemann discutant et flirtant avec une femme dans un Musée, demandant qu’on lui réserve une place, puis la discussion à l’Académie, sont situées avant les fouilles et avant la guerre contre la Prusse (1870). 

Or la chronologie est tout autre : entre 1866 et 1870, Schliemann s’était installé à Paris, après avoir vendu son fonds de commerce et investi son capital dans l’immobilier parisien, puis a commencé sa formation en assistant à des cours et des conférences au Collège de France, à la Sorbonne, et en participant activement de différentes sociétés savantes, comme la Société de Géographie de Paris. Après un long voyage réalisé pendant l’été 1868 qui l’amène en Italie et en Grèce et au cours duquel il visite de nombreux sites archéologiques, il arrive dans la Troade, où il fait la connaissance de Franck Calvert (1828-1908), l’archéologue et consul au Dardanelles, à travers qui, vraisemblablement, il prend connaissance du débat concernant l’emplacement de la ville de Troie. En effet, à l’époque, deux lieux étaient considérés par des savants différents (de différentes nationalités) comme pouvant être le site de l’ancienne ville dans la région de la Troade, au nord-ouest de l’Asie Mineure (aujourd’hui, la Turquie): le petit hameau turc de Bounarbashi, situé à dix kilomètres de la mer Égée et à treize kilomètres du détroit des Dardanelles, et Hissarlik, une colline qui se trouve dans l'actuelle province de Çanakkale, où s’était installée l’Ilion grecque entre 340 et 35 avant J.C., puis Ilium Novum entre 35 avant J.C. et 500 après J.C. 

Rien ne prouve qu’avant sa rencontre avec Franck Calvert, qui est à peine mentionné dans la minisérie, il ait accordé un intérêt quelconque à la question ; mais il rallie son point de vue, Troie doit se trouver à Hissarlik, et, à son retour du voyage, il décide d’écrire un ouvrage, dans lequel il se concentre sur des sites liés aux récits homérique. Dans son journal, qu’il tient scrupuleusement pendant qu’il voyage, et qui est aujourd’hui conservé aux archives Schliemann, à la Gennadius Library à Athènes, il n’accorde cependant pas une place privilégiée à Troie, ni à ce débat. 

Il s’agissait donc de deux questions : la ville de Troie a-t-elle un caractère historique ? les personnages d’Homère ont-ils pu exister ? et : où se trouvait-elle ? Schliemann va s’engager dans cette polémique seulement après la publication de son ouvrage, lorsqu’il commence sa première campagne de fouilles, en avril 1870, qui se termine en mai 1873, moment où il trouve le trésor de Priam. 

Mais pour revenir à la carrière de Schliemann, pendant cette période, malgré le doctorat qu’il obtient de l’université de Rostock, sa carrière est orientée vers la France. C’est pourquoi je parlais d’une appropriation nationaliste, même si le réalisateur est israélien, car la minisérie situe des événements à Berlin, à une époque où Schliemann s’oriente vers la France. Une appropriation dont Schliemann avait déjà fait objet, par un de ses biographes : Ernst Meyer (1888-1968), professeur du secondaire et admirateur de Schliemann, à qui le gauleiter de Mecklenburg commanda une biographie de Schliemann en 1937, qui ne paraîtra, cependant, qu’en 1969. Sous la plume de Meyer, Schliemann devient un héros germanique, un visionnaire allemand qui réussit à reconnecter la modernité présente avec la Grèce antique et ses valeurs.

Pendant la période qui va de 1866 à 1870, Schliemann s’intègre dans une communauté de savants parisiens, en qualité de riche bourgeois amateur de la science ; en entamant ses fouilles, il espère obtenir une reconnaissance de cette communauté. Or, il n’en sera rien. Si dès le départ il écrit à ses connaissances (Ernst Renan, par exemple) et aux institutions comme l’Académie des Belles-Lettres et la Société de Géographie, ses trouvailles sont d’abord ignorées, puis ses interprétations contestées et rejetées. La communauté savante française de l’époque était partisane de la théorie de Bounarbashi ; mais comme très vite Schliemann met à jour des objets inconnus, les interprétations des uns et des autres s’avèrent être fantaisistes. 

Schliemann en tant que grand voyageur et polyglotte conçoit une autre stratégie face à l’indifférence des savants parisiens : il envoie des dépêches à des journaux allemands et américains, qui peu à peu relaient l’information de ses découvertes, au point que l’Académie et les autres institutions n’ont pas d’autre choix que de s’occuper de son travail.

Dans la minisérie, tout se passe à Berlin – il y a donc une Académie mais ce n’est pas la même ! et les violents débats précèdent les fouilles, ce qui ne fut pas le cas. Certes, Schliemann affirmait la théorie d’Hissarlik dans Ithaque, mais le livre a frappé les contemporains pour d’autres raisons, pour le récit et surtout par la façon dont il présentait la tradition homérique comme populaire et enracinée dans la culture des paysans pauvres de l’île d’Ithaque…Homère est donc bien vivant dans son récit, mais en tant que texte, qu’il récite aux paysans, qui ne connaissent que la légende. 

A Paris les débats furent violents, et lorsqu’on les lit aujourd’hui on se rend bien compte qu’il s’agit d’une polémique liée au fait que Schliemann a mis à jour des civilisations et des périodes ignorées jusqu’alors ; les éléments manquaient encore pour les situer. Donc tout le monde a tort : Schliemann quand il attribue le trésor à l’époque de la guerre de Troie (car ce sont des pièces préhistoriques, période qu’on connaissait encore à peine), ses ennemis en situant Troie à Bounarbashi. 

Outre l’anachronisme et le déplacement de cette étape de la carrière de Schliemann de Paris à Berlin, ce qui relève entièrement de la créativité de la minisérie ce sont ses opposants, le principal étant donc Neumann, qui est caractérisé comme un gestionnaire avide de gloire et prêt à tout pour discréditer un collègue – car quand on dit : prêts à tout on veut dire au meurtre, à abuser de son influence pour s’approprier le travail de l’autre. Les intrigues de cour du monde savant représenté nous apparaissent – pas forcément, hélas, dans leur contenu – mais dans la façon dont ceci est orchestré, comme étant dignes d’un roman-feuilleton populaire : Neumann envoie des hommes attenter contre la vie de Schliemann, et s’adresse à l’Empereur pour l’arrêter ! 

La minisérie se ferme sur une scène à l’Académie qui est l’inverse de celle du début : Schliemann est acclamé par ses collègues alors qu’il présente le trésor devant le Kaiser et Bismarck, qui apparaissent tous deux à d’autres moments du film : Bismarck négocie avec Schliemann pour obtenir des armes pendant la guerre contre les Prussiens, l’empereur s’allie à Neumann. S’ils semblent applaudir Schliemann à contrecœur, en revanche, Neumann est tout à fait admiratif face au trésor de Troie. Schliemann demande à Sophia de l’accompagner, et lui rend hommage devant l’assemblée ; il rappelle qu’Homère lui-même lui a révélé où Troie était enfouie depuis 2500 ans, affirmant que c’était son point de départ, mais que la tâche a été titanesque. Il finit par en attribuer presque tout le mérite à Sophia. 

Le roman feuilleton, ses épisodes et ses intrigues, sont particulièrement présent dans des scènes entièrement fictionnelles : l’attaque de Schliemann et Sophia et la persécution à cheval par Schliemann du carrosse où se trouve Sophia, qui, par ailleurs se défend bien toute seule ; l’attaque subie par Schliemann et sa chute dans le fleuve, qui l’amène à faire croire qu’il est mort pour pouvoir échapper pendant quelque temps à ses persécuteurs ; l’annonce de la mort de sa fille Nathalia (1859-1869) : alors que les fouilles sont sous une pluie torrentielle, Schliemann est le seul à ne pas s’abriter, et à continuer à creuser, arrive alors un messager à cheval avec un télégramme, Schliemann tombe à genoux sous la pluie alors que Sophia court le consoler ; puis dans le dénouement, que nous évoquerons un peu plus tard. 

Raconter l’histoire de Schliemann c’est donc moins proposer un récit véridique de sa vie que reprendre les légendes qui l’entourent et composer un séduisant récit romanesque.

Sophia, entre la belle Hélène et la femme savante

Dès le moment où elle apparaît dans le film – dans un décor idyllique champêtre peuplé de ruines en train de lire au lieu de travailler (image qui n’est pas sans évoquer le Julien Sorel du Rouge et le Noir), Sophia est présentée comme une jeune belle femme qui entretient une relation personnelle au savoir et essaie de se cultiver. Comme une femme savante – ce qu’en vérité Schliemann a fait d’elle, ce en quoi il l’a transformée. Même quand elle refuse d’être son épouse, elle encourage Schliemann, et apporte une aide précieuse, à la fois savante (elle transcrit et déchiffre des inscriptions), pratique (elle a l’idée d’installer dans tentes sur la colline d’Hissarlik) et révélatrice : c’est elle qui, essayant de fuir lorsque des bandits les attaquent sur leur chemin, aperçoit, du haut d’une colline, un paysage qui lui apparaît comme le site possible de l’Iliade, Hissarlik. 

Le film répond ainsi au projet de Schliemann de transformer sa femme en compagne tout aussi passionnée que lui de ses recherches archéologiques, une image qu’il a lui-même fabriquée. Néanmoins sa beauté et la diffusion de son portrait parée des bijoux de Troie ont fait d’elle à l’époque une sorte de réincarnation de la belle Hélène. Cet aspect apparaît dans le film, car on y voit plusieurs scènes où Sophia fait son marché au milieu de l’admiration générale, sa beauté (et celle de l’actrice Mélanie Doutey) étant aussi soulignée lors de scènes sur le site des fouilles ; elle attire l’attention par sa beauté, mais reste quelqu’un d’accessible, on la voit fumer et discuter avec les travailleurs turcs, toujours très à l’aise.

Mais il y a plus dans le film : Sophia tient un discours émancipateur, presque féministe : elle s’oppose à un mariage arrangé, affirmant à son père et à Schliemann qu’elle n’est pas une marchandise, refuse d’avoir des rapports avec Schliemann, mais – bien entendu – fini par être séduite à la fois par le respect qu’il montre envers elle – il ne la force pas, la libère et lui propose de payer l’argent promis à sa famille malgré cela – et par son enthousiasme dans la quête de Troie. 

Une autre femme est également présente, dès le début de la minisérie, Michaela Neumann, qui s’intéresse aux travaux de Schliemann – elle affirme même avoir lu son livre ! – et flirte avec lui. Il s’agit d’une femme qui a un peu près son âge, contrairement à Sophia. Schliemann ignore lors de leur première rencontre que c’est la femme de Neumann, son ennemi acharné. Plusieurs fois elle l’encourage à oublier l’Académie et à chercher Troie, elle s’oppose à son mari, lui dit même qu’il est jaloux de lui car Schliemann est l’homme qu’il aurait voulu être. Neumann, de son côté, fait valoir le fait qu’elle dépend de lui financièrement, bien qu’elle apparaisse comme responsable du Musée (lequel ?), et comme une forme d’assistante de son mari, que celui-ci trompe. Schliemann l’invite à venir prendre part à ses fouilles (avant d’épouser Sophia), mais elle refuse par manque d’autonomie ; une fois marié, lors d’un retour à Berlin, il lui fait part de ses difficultés avec Sophia. 

Cependant, Mme Neumann finit par quitter son mari, et se rend même sur les fouilles, où elle propose de façon assez directe à Schliemann de devenir sa compagne. Lors d’une scène très romanesque, Sophia et une autre jeune femme qui participe aux fouilles prénommée Lydia, arrêtent son carrosse au milieu de la route. Sophia l’affronte : Mme Neumann suggère qu’elle va lui prendre Schliemann, et Sophia affirme ses droits non pas en tant qu’épouse légale mais parce qu’elle a pris une part active aux fouilles pendant tout ce temps. Alors qu’en vérité, Schliemann la place sur le site dans ses récits pour construire la figure du couple de savants dévoué à la science et en harmonie. Comme on sait, et tel qu’on le voit dans le film, ils déterrent ensemble le trésor, mais en vérité Sophia n’était pas sur place au moment de la découverte du trésor. 

L’insertion dans une communauté : Yannakis, les travailleurs turcs et leurs familles

Parmi les personnages qui apparaissent dans le film et qui ont effectivement existé se trouve Nikolaos Zaphyros Yannakis, serviteur personnel de Schliemann et gérant pendant les fouilles ; c’était lui qui recrutait les hommes, les payait, et organisait tous les aspects pratiques. L’amitié qui se noue entre eux correspond au récit de Schliemann ; mais ici on voit également surgir une complicité entre hommes, lors de leurs discussions à propos des femmes, et en particulier de Sophia, qui rend le personnage de Schliemann sympathique. 

Un autre aspect développé dans la minisérie est la figure du Schliemann sauveur. Après l’annonce de la mort de sa fille, Schliemann tombe malade, et croit que Dieu le punit parce qu’il a quitté ses enfants. Sophia le soigne, mais comme la saison des pluies se termine, de nombreux hommes tombent également malades. Sophia met en place une sorte d’hôpital, même si dans le récit de Schliemann c’est lui le héros qui sauve tout le monde avec sa quinine. Dans la minisérie, il se rend au marché, et en achète suffisamment pour tous les malades ; il se compare alors à Agamemnon, qui n’abandonne jamais ses hommes, ce qui fait apparaître les fouilles comme une guerre. Comme immédiatement après on trouve des pierres écrites, que Sophia étudie, Schliemann se rend à la taverne pour chercher le chef, et lui demander de l’aider à embaucher davantage d’hommes ; le chef accepte, mais veut être payé pour les terres. Comme on voit, la question des terres, à qui elles appartiennent, etc., reste assez contradictoire. 

Les travailleurs turcs restent donc plutôt anonymes, à l’exception du chef, et du propriétaire ; comme dans les dessins et gravures des ouvrages de Schliemann, ils font partie du décor. En revanche, un groupe se différentie, qui vient le trouver avec des malades, car le bruit s’est répandu qu’il a de la quinine. Dans ce groupe, il y a une femme avec une enfant, un détail particulièrement important dans l’intrigue. Car en effet, il s’agit de la fille du propriétaire qui avait attenté contre la vie de Schliemann, et qui s’opposait aux fouilles. Mais on apprend ceci seulement à la fin – ce qui est digne d’un roman feuilleton. 

Avec la complicité des autorités turques, Neumann obtient que Schliemann soit chassé et dépossédé de ses découverte, et se propose de reprendre ses fouilles, et de voler ainsi ses mérites et le fruit de son travail. Ils ont deux jours pour tout quitter, Schliemann va se baigner, en plein désespoir mais quand il revient tout le monde est là et continue à creuser, alors qu’on dit qu’ils savent qu’il n’y a plus d’argent – ce qui est tout à fait incohérent. Même le chef est là, ainsi que les femmes, et Sophia, et tout le monde entend profiter des deux jours qui restent. 

C’est alors que Sophia et Schliemann découvrent une coupe, puis un mur…ils comprennent qu’ils viennent de faire une découverte importante et demandent à Yannakis de partir sous prétexte d’aller fêter l’anniversaire de Schliemann à la taverne. Dans le récit de Schliemann, ce n’était pas la nuit mais le jour, et il prétend avoir envoyé tous les travailleurs déjeuner, pour pouvoir déterrer le trésor. Dans la minisérie, en revanche, Sophia et Schliemann déterrent le trésor la nuit, se cacahnt des gardes turcs ; dans une belle scène à la Indiana Jones, ils découvrent une chambre, puis une sorte de grotte étrange, qui peut aussi être un tunnel orné de plantes, puis trouvent le célèbre bouclier et les bijoux (tous propres !). Un garde turc voit passer Sophia, qui cache les bijoux, et entre donc dans le tunnel, est sur le point de tirer sur Schliemann, quand Sophia l’assomme. Le couple s’embrasse et continue de creuser. Entretemps, l’espion va voir Neumann, et ils décident de retourner sur le site, où Sophia et Schliemann regardent le trésor sur le lit, Schliemann met le collier à Sophia qui dit : on est riches ! Comme on voit, aucune logique dans tout ceci.

Dans la taverne, Yannakis et Démétrios disent que c’est l’heure – et on aperçoit alors les fouilles au loin en feu, alors que Neumann, le Pacha et l’espion arrivent: ils voient venir Schliemann en courant et demandant de l’aide, poursuivit par le propriétaire qui l’abat d’un coup de pistolet, alors que Sophia pleure et Schliemann dit que Troie est en flammes pour la deuxième fois, qu’il n’a pas été assez fort pour accomplir sa tâche. Sophia attaque alors le propriétaire, qui la tue. Neumann lui reproche de l’avoir tué en disant que c’était le plus grand archéologue de tous les temps et qu’ils vont passer pour des assassins, mais le propriétaire dit qu’il n’a eu que ce qu’il méritait, et ils se mettent tous d’accord pour dire que le couple a péri dans l’incendie. Alors qu’ils veulent jeter les corps dans les flammes, arrivent Yannakis et Démétrios et les empêchent. L’espion accuse alors Schliemann d’avoir exploité les gens, volé Sophia, traité Yannakis comme un idiot.

Pour finir, après tous ces rebondissements, Yannakis et Démétrios emmènent les corps dans un charriot – et bien sûr on découvre alors qu’ils font semblant d’être morts. Le propriétaire les attend sur le chemin : c’est le père de la fillette malade sauvée par Schliemann. La scène où tout le monde se dit adieu, et le propriétaire le remercie d’avoir sauvé sa fille correspond tout à fait au type de paternalisme qu’on trouve souvent dans le récit de Schliemann. Lui et Sophia partent à cheval devant Yannakis, Démétrios, et le propriétaire qui tient la main de sa fille.

Rien de véridique bien entendu dans ce récit rocambolesque, mais qui montre l’inscription du romanesque dans l’histoire de Schliemann. Mais comme un héros doit être aimé en plus d’avoir du succès, en particulier lorsqu’il se consacre à une tâche désintéressée, la minisérie fait de Schliemann un héros pour la communauté des travailleurs, puis pour celle des savants berlinois. 



1 GA SC P, A14, 1973, pages 271-290.

2 GA SC P, Copybook 32, p. 240-243.

3 GA SC P, A14, 1973, pages 300-315.

4 Leipzig 1874, p. 289-303 ; version anglaise : Troy and its Remains, op.cit., p. 323-342. Voir, Traill, David A., « Schliemann's Discovery of 'Priam's Treasure' : A Re-Examination of the Evidence », op.cit.

5 New York, 1881, p. 40-41 et 453-484.

6 Schliemann of Troy, op.cit., p. 116-119.

 

133 HATUFIM

avec Agnès Callu

 
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Agnès CALLU

Ancienne élève de l’École nationale des Chartes (thèse publiée, Prix Lenoir) et de l’Institut national du Patrimoine (INP/Conservateur du Patrimoine – État/Musées), Docteur en histoire contemporaine de Sciences Po – Paris (Prix Chaix d’Est Ange de l’Académie des Sciences morales et politiques - thèse publiée, réimprimée en 2017), Habilité à diriger des recherches à l’EPHE (ED 472), Agnès Callu est Historienne et Historienne de l’Art. Qualifiée comme Professeur des Universités (Section 22), elle est Chercheur permanent à l’Institut interdisciplinaire d’Anthropologie du Contemporain (IIAC) à l’EHESS / CNRS. Elle est également Chercheur associé à l’École pratique des hautes études (Équipe HISTARA) et à l’ITEM/ENS (Équipe Processus de création / Genèse de l’œuvre). Elle a récemment publié : en 2016, Gaëtan Picon, les Lettres et les Arts : dans l’atelier de la création [préf. Jean-Michel Leniaud], (Éditions Champion) et Autopsie du musée : étude de cas (1880-2010) [préf. Roland Recht,] (CNRS-Éditions) ; en 2018, Culture et élites locales en France (1947-1989) [préf. Jean-Louis Fabiani] (CNRS-Éditions), Le Mai 68 des historiens, [préf. Patrick Boucheron], Presses universitaires du Septentrion et, avec Roland Recht, L’Historien de l’art : Conversation dans l’atelier (L’Atelier contemporain) ; en 2019, Dessein, Dessin, Design : pour une fabrique médiatique de l’histoire (Éditions Hubtopia) ; en 2020, Épistémologie du dessin. Concepts, lectures et interprétations, XIX-XXIe s (Éditions Jacques André). Depuis 2019, elle dirige aux Éditions Gourcuff-Gradenigo, une collection intitulée « Le Dessin au Présent » et, depuis 2021, aux Éditions Jacques André, une autre titrée « Dans le silence de l’atelier ».

 

résumé épisode 133

Agnès CALLU présente ici la série israélienne HATUFIM et l'analyse selon les 3 grands thèmes suivants :

- Le Temps

- Les lieux

- L'action

Bibliographie indicative : 

-Jean-Yves Boursier, « Guerre, traumatisme et récit », dans Cliniques méditerranéennes, 2012, vol. 86, n° 2, p. 219-228.

-Franck Damour, « Films », dans Études, 2020,  n°11, p. 115-120.

-Martine Gallard et Françoise Sironi, « Bourreaux et victimes », dans Cahiers jungiens de psychanalyse, 2003, vol. 108, n°3, p. 78-92.

- Fran Markowitz et Nir Avieli, « Le paradoxe israélien », dans Ethnologie française, 2015, vol. 45, n°2, p. 199-208.

-Muriel Montagut, L'être et la torture, Paris, Presses Universitaires de France, 2014.

-Sabine Salhab, « Les cinéastes israéliens scrutent leur société », dans Les Cahiers de l'Orient, 2010, vol. 97, n°1, p. 99-111.

 

134 EL MINISTERIO DEL TIEMPO

avec Julia Roumier

 
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Julia ROUMIER

Maîtresse de conférences, HDR, 
Espagne classique, AMERIBER, Université Bordeaux Montaigne
Ancienne élève de l’ENS LSH, Agrégée d’espagnol, docteur en sections 14 et 21. 
Études médiévales hispaniques, représentations de l’étranger, récits de voyages et de pèlerinages, écritures de l’expérience et élaboration d’un savoir sur le monde et l’autre; les biographiques chevaleresques, consommation ostentatoire, costume et alimentation…

 

Résumé épisode 134

« La fiction au service de l’histoire ?  El Ministerio del Tiempo une série de science-fiction historique ». 


-1.  Originalité de la série : 

Les frères Olivares : les conditions initiales de sa création ; 

Présentation détaillée : synopsis de base et personnages 

2 : Un vrai succès : Quel public ? quel objectif dans la peinture de l’histoire ? 

Problème de l’idéologie à l’œuvre dans la série : le rapport au passé : 

3 : Utilisation pédagogique. 

Pistes bibliographiques :

Álvarez Casal, Patricia (et al.). Curiosidades de la Historia con «El Ministerio del Tiempo». Barcelone : Espasa Calpe, 2016 


CASCAJOSA VIRINO, Concepción y OLIVARES, Javier. Dentro de El Ministerio del Tiempo: el libro sobre la serie que ha revolucionado la Tele- visión en España. Madrid: Léeme, 2015.


CRISOSTOMO, Raquel. “«Fannibals» ministéricos: el poder del «Fandom»”. Index.comunicación: Revista científica en el ámbito de la Comunicación Aplicada, 6 (2016), p. 101-114.


El TORRES et BRESSEND, Desiree (scé- nario), Martínez, Jaime (dessin). El Ministerio del Tiempo. T. I. Tiempo al tiempo. Valence [Esp.] : Aleta, 2017. 

FERRAZ INSA, Anna Isabel. Los juegos de rol en las ciencias sociales. «El Ministerio del Tiempo». Mémoire de fin de Master. Madrid : Univer- sidad Alfonso X el Sabio, 2015 [CD-ROM] 


Guerrero Ortega, Alfonso, « De espejos y libros: El Ministerio del Tiempo 2x01: «Tiempo de leyenda », Hélice, ISSN-e 1887-2905, Vol. 3, Nº. 6, 2016, p. 81-87

https://www.revistahelice.com/revista/Helice_6_vol_III.pdf


Le Vagueresse, Emmanuel Au cœur du temps (1966) vs ”Le Ministère du Temps” (2015) : un double retour vers le passé ?; Hubier, Sébastien; Le Vagueresse, Emmanuel. Séries télévisées : hybridation, recyclage, croisements sémiotiques, Épure: Éditions et presses universitaires de Reims, p. 85-126, 2018.


MOLINA GIL, Raúl. « Sociedad, historia, literatura: El Ministerio del Tiempo como relato fantástico y la vigilancia histórica del sujeto ». Cuadernos de Aleph, 9 (2017), p. 155-174.


Olivares, Javier, éd. El ministerio del tiempo: guión de la serie escrito por Javier Olivares, Pablo Olivares y Anaïs Schaaff. Colección espiral setenta teclas. Madrid: Ocho y Medio, 2016.


PLEGUEZUELOS, María. « Adaptaciones (in) necesarias en las series históricas españolas recientes ». Index.comunicación: Revista científica en el ámbito de la Comunicación Aplicada, 6 (2016), págs. 319-336.


Rodríguez Mansilla, Fernando, « Tiempo de pícaros”: la picaresca en El ministerio del tiempo », Impossibilia, ISSN-e 2174-2464, Nº. 10, 2015 (Ejemplar dedicado a: Narración televisiva y serialidad), p. 74-96


RODRÍGUEZ MATEOS, David y HERNÁNDEZ-PÉREZ, T. « Televisión social en series de ficción y nuevos roles del documentalista audiovisual: el caso de ‘El Ministerio del Tiempo’ ». Index.comunicación: Revista científica en el ámbito de la Comunicación Aplicada, 5 (2015), p. 95-120.


ROVIRA-COLLADO, José et Alt. Una propuesta transmedia para la Educación Literaria: El Ministerio del Tiempo. Alicante: Universidad de Alicante, 2016.


SOLÀ I GIMFERRER, Pere (2015): «La fiebre ministérica», La Vanguardia (Barcelona), 30 de marzo de 2015, en [http://www.lavanguardia.com/series/20150330/54428583059/el-ministerio-del- tiempo-ministericos-fans-fenomeno-redes-sociales.html]`




Sitographie :


Delgado, Laura Marcos y Daniel. « Lecciones históricas de El Ministerio del Tiempo ». MuyHistoria.es, 15 avril 2020.https://www.muyhistoria.es/contemporanea/fotos/lecciones- historicas-de-el-ministerio-del-tiempo/1.


Deroide, Ioanis. « Les Séries Historiques Entre La Fiction et Le Réel : Quand Les Scénaristes Rivalisent Avec Les Historiens». TV/Series, no 1 (15 mai 2012). https://doi.org/10.4000/tvseries.1038.


ESPESO, Pablo, « El Ministerio del Tiempo, o cómo aprender historia viendo una serie ». Consulté le 8 août 2021.https://www.educaciontrespuntocero.com/recursos/el-ministerio-del-tiempo-serie- aprender-historia/


MANEN, Gil, « Elena Maseras, la primera mujer que pudo matricularse en una Universidad ». Consulté le 1 Septembre 2021. https://mujeresvalientes.es/elena-maseras-medicina-universidad/.

Natxopv. « El Ministerio del Tiempo entra en clase (1a parte) ». 1d10 en la mochila (blog), 21 mars 2015.https://1d10enlamochila.wordpress.com/2015/03/21/el-ministerio-del-tiempo- entra-en-clase-1a-parte/


Tapia, Inmaculada, « Vestuario de “El Ministerio del Tiempo”: entre 200 y 250 trajes por capítulo ». Deia. Consulté le 8 mai 2021. https://www.deia.eus/vivir-on/cine-y-tv/2020/05/06/vestuario- ministerio-tiempo-200-250/1036656.html

Principales publications de Julia ROUMIER :


Direction d’ouvrages (6)

- 2022 : Savoirs et pouvoirs sous Alphonse X : idéaux et réalité ; dossier agrégation; Pour la revue Conceptos, Co-dir. Marta Lacomba et Sophie Coussemacker.

- 2021 : Traduction et édition commentée du récit de voyages castillan : Aventures et voyages de Pero Tafur. Un hidalgo du XVe siècle. Avec Jacques Paviot (Paris-Est Créteil) et F. Serrano (Savoie). Presses universitaires du Midi (accepté et sous presse).

- 2021 : Alimentation et distinction au Moyen Âge et au Siècle d’Or. Pour Conceptos. https://ameriber.u-bordeaux-montaigne.fr/revue-conceptos

- 2020 : Ekphrasis et hypotypose. Les fonctions d’une technique discursive : plaire ou convaincre, dans la péninsule Ibérique médiévale et moderne (codir. S. Coussemacker), E-spania https://journals.openedition.org/e-spania/35993

- 2019, Preuve/épreuve : la démonstration de la vérité en Péninsule Ibérique (XIII-XVe siècles), E-spania.https://journals.openedition.org/e-spania/

- 2019 : Las cadenillas de Hércules. Les stratégies d’argumentation et de conviction au Moyen Age et Siècle d’Or dans le domaine hispanique, Atalaya, (codir. Pierre Darnis) n°19 https://journals.openedition.org/atalaya/


Articles dans des revues avec comité de sélection (17)

- 2022 « L’animal au service de la rhétorique fastuaire au XVe siècle en Castille », L’animal et la noblesse, eHumanista, dir. S. Coussemacker, M. Czerbakoff.

- 2020  « Espace du voyage, lieux de la foi. Le passage dans les récits de voyages et de pèlerinages au début XVIesiècle en Espagne », in : Représenter le passage (Mondes romans, XIIe-XVIe siècle), Atlante, n°12, coord. : P. Cartelet C. Gaullier-Bougassas S. Hirel A. Robin H. Thieulin-Pardo.

- 2020 « Constructions de l’étranger en figure du mal. Récits de voyages hispaniques à la fin du Moyen Age », Las palabras del Mal en la lengua y la literatura hispánicas/ Alfinge. Revista de Filologia, n°32, dir. Marta Lacomba et Stéphane Oury.

- 2020 « Preuve et matérialité du souvenir d’ailleurs. L’objet dans les récits de voyage hispaniques de la fin du Moyen Age », Anne Geoffroy (dir.), Episteme : Les objets du voyage, le voyage des objets.

- 2019 « Confiance et lecture des preuves dans les récits de l’ailleurs : démonstrations et stratégies de véridiction. Les traductions castillanes de Marco Polo et de Mandeville », Preuve/épreuve : la démonstration de la vérité en péninsule Ibérique (XIII-XVIe siècles), E-spania, 19, dir. J. Roumier.

- 2018 « Colonizar el imaginario. Imágenes medievales del Islam a través del interés por la Tierra Santa y el deseo de cruzada », Antes del orientalismo. Sharq al Andalus. Numero 22, Teruel-Alicante. Borja Franco Llopis (UNED, Madrid), p. 139-158.

- 2017 « Convaincre et transporter le lecteur : l’hypotypose dans les récits de voyages médiévaux castillans ». Folia Litteraria Romanica, n°11, Witold Konstanty Pietrzak (dir.), Presses Universitaires de Łódź, Wydawnictwo Uniwersytetu Łódzkiego, p. 41-55.

- 2017 « Convaincre par l’émotion dans la Grant Conquista de Ultramar, chronique des croisades en Terre Sainte », in : L'argument d'affect dans l'historiographie médiévale en castillan, Ghislaine Fournès (dir.), e-Spania https://journals.openedition.org/e-spania/26570

- 2016 « Un regard éclairé? Imaginaire et réalité des épices dans les récits de voyages de l'Espagne médiévale », Inter-Lignes, Aromates, Épices et Imaginaire, n° 17, p. 29-52.

- 2016 « A través de las fronteras en los relatos de viajes de la Edad media española: testimonio, movilidad y permeabilidad de las fronteras », Roda de Fortuna, Fronteiras na Antiguidade e no Medievo, 2, https://www.revistarodadafortuna.com/2016-2

- 2015 : « Unité chrétienne menacée et justification des actions des croisés : représentation et fonction des hérésies dans la Gran estoria de Ultramar », L’Espagne face aux hérésies : représentations et discours. Les Cahiers de Framespa, n° 20, dir. V. Parello http://framespa.revues.org/3464

- 2014 « La apreciación de lo extranjero: comprensión, elogio y placer en los relatos de viajes medievales cristianos (siglos XIV-XV) », Parnaseo LEMIR Revista de Literatura Española Medieval y del Renacimiento, n°18,http://parnaseo.uv.es/lemir/Revista/Revista18/13_Roumier_Julia.pdf

- 2014 « Traces, preuves et sources : l’ailleurs et le passé dans les récits de voyages hispaniques de la fin du Moyen Âge », e-Spania, Frédéric Alchalabi et Hélène Thieulin Pardo, n° 19, http://e-spania.revues.org/23937, Autoriser le récit historique : historicité et culture historique en péninsule ibérique au Moyen Âge.

- 2014 « La péninsule Ibérique et l'Ancien Monde. La littérature de voyage à la fin du XVe siècle : connaissance, curiosité, convoitise », Le Verger, La péninsule Ibérique et le monde 1470-1640,V, http://www.cornucopia16.com/a-le-verger-revue-en-ligne/le-verger-bouquets/le-verger-bouquet-v-la-péninsule-ibérique-et-le-monde-1470-1640/

- 2013 « La figure d'Alexandre le Grand dans les descriptions orientales: modèle et contre-modèle du rapport à l'étranger et au monde. Libro Ultramarino et Libro de las maravillas de Jean de Mandeville », e-Spania, n° 15, http://e-spania.revues.org/22488#quotation

- 2013 « Un mundo de colores: fuerza y significado del cromatismo en los relatos de viajes hispánicos a finales de la Edad Media », Epos, Revista de Filología. UNED, n° 29, p. 117-129.

- 2012 : Juan Goytisolo. Pour Horizons maghrébins, vol. 2, L’héritage de l’Espagne des trois cultures : le droit à la mémoire, Presses Universitaires du Mirail, « Ibn Khaldoun et les révolutions arabes ».

- 2009 « L’affirmation de l’authenticité du témoignage dans les récits de voyages, Revue des Langues néolatines, n° 350, p. 143-160.

Dans un ouvrage collectif (13) : 

- 2021 « La verdad como producto de reglas discursivas: estrategias retóricas en la escritura de una experiencia viajera fidedigna (relatos de viajes castellanos S. 14-15) », Retórica y relatos de viajes a Oriente en el mundo hispánico (Edad Media y Renacimiento), Victoria Béguelin-Argimón, Presses de l’Université de Lausanne.

- 2020 « L’impossible inventaire. Enumération, nomenclature, cartographie: la possession intellectuelle du monde par ses objets », L’usage des listes au Moyen Âge. Dir. O. Biaggini et Ph. Guérin, Presses Sorbonne Nouvelle. 

- 2020 « Les honneurs du départ. Séparation et distinction dans l’autobiographie chevaleresque castillane (XVe s) ».in : « A tant m’en vois ». Figures du départ au Moyen Âge. Ed. N. Labère et L. Pierdominici, Fano, Aras Edizioni.

- 2019  « Relatos de viajes y peregrinaciones (ss xv y xvi): cuestionar la frontera de género a partir del tema de la religion y de la fe », Rafael Beltrán Llavador (dir.), Viajeros en China y libros de viajes a Oriente (siglos xiv-xvii),Parnaseo, Universitat de València (https://puv.uv.es/llibre/viajeros-en-china-y-libros-de-viajes-a-oriente-siglos-xiv-xvii.html), p. 245-275.

- 2019 « " ívamos cuasi desesperados de la vida". Itinérances hispaniques en Méditerranée médiévale : Peurs, superstitions et techniques », Itinérances maritimes en Méditerranée (du Moyen Âge à la première modernité), Honoré Champion. Dir. Sandra Gorgievsi (BABEL), p. 139-161.

- 2018 « Récit de pèlerinage, idées reçues et volonté démonstrative. El viaje de la Tierra Santa : Bernard de Breydenbach traduit et complété par Martin de Ampiés (1498) », Idées reçues et stéréotypes dans l’Espagne médiévale et moderne, Dir. G. Fournès et F. Prot, Honoré-Champion, p. 117-132.

- 2017 « Savoir géographique, encyclopédie et récit de voyage dans le Libro ultramarino (ms 3013 BNE). Traduction et remaniement des textes de Jacques de Vitry et d’Odoric de Pordenone (fin du XIVe siècle) », Le voyage au Moyen Âge : quête individuelle et description du monde, PU de Provence. Dir. Damien Coulon et Christine Gadrat-Ouerfelli, p. 13-28.

- 2015 « Mito y verdad empírica : los animales en los relatos de viajes hispánicos en vísperas de los Grandes Descubrimientos », Ficciones animales / Animales de ficción en las literaturas hispánicas, Gabriela Cordone, et Marco Kunz, Berlin, LIT-Verlag, p. 67-86. 

- 2014 Chimère; Fourmi-lion; Oiseau Roc; Phénix; Salamandre; Satyre, Sciopode..., Bestiaire fantastique des voyageurs, Dominique Lanni (éd.), éditions Arthaud.

- 2013 « Réceptions hispaniques de Marco Polo et variations du regard sur l’étranger (XIV-XV siècles », HispanismeS: La part de l'étranger (revue), 279-298. 

- 2012 « El Libro del conosçimiento : voyage à travers les images », Image et voyage, The Humanities Research Institute of the U. of Ulster et CRAIRAC, U. Aix-Marseille 1, p. 39-50.

- 2011 « El Libro del Infante don Pedro de Portugal : vers une moralisation du récit de voyage. Un voyage fictionnel comme prétexte à la réhabilitation d’un personnage historique et à l’édification du lecteur », Exemple et exemplarité en péninsule Ibérique, PUB, p. 167-188.

- 2008 « Des monuments pour l’éternité : l’exemple des sépulcres de la cathédrale de Salamanque », Entre Ciel et Terre : La mort et son dépassement dans le monde hispanique, Indigo, p. 66-90.

 

135 I CLAUDIUS

avec Aurélie Paci

 
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Aurélie PACI

  • Doctorante en histoire ancienne, à l’université Paris I, Panthéon-Sorbonne ; UMR 7041 ARSCAN - Équipe HAROC (histoire et archéologie de l’Orient Cunéiforme), sur les pouvoirs locaux dans l’Empire assyrien (16e - 8e av. J.C.)

  • A été ATER à Paris 1 : enseignement en histoire hellenistique et histoire romaine (Principat d’Auguste et Ier siècle ap. J.-C.) (L1/L2)

  • Co-autrice de “Les Mystères du Trône de Fer II, la clarté de l’histoire, la brume des Légendes” (2021) avec Thierry Soulard, un essai sur les inspirations historiques de George. R.R. Martin pour sa saga “Le Trône de Fer”. 

 

Résumé épisode 135

- Présentation générale de la série

a) Du roman à l’adaptation

b) Peplum et Shakespeare

c) Décors, costumes et “historicité”

- Les intrigues de I, Claudius : Famille et politique

La série présente une dichotomie entre les marbres du palais et la mesquinerie du pouvoir (le “générique” est un serpent sur une mosaïque représentant Claude - le serpent revêtant une signification contemporaine négative (poison, trahison), alors qu’il était plutôt connoté positivement à Rome). 

a) La domus Augustae devient Rome

b) Empire ou République ? La difficile question de la succession

c) La place des femmes dans la course au pouvoir

d) Culte impérial et religion romaine


- L’histoire au coeur du discours

a) Système narratif du point de vue et discours sur l’histoire au sein de la série

b) Quelle historiographie ?

- Postérité et conclusion

Bibliographie

  • Claude Aziza

  • Viven Bessière, “Rome : un péplum enfin réaliste ?” dans Les Séries télévisées américaines contemporaines : Entre la fiction, les faits, et le réel, TV/Series #1, juin 2012, p. 51-60. [URL : https://journals.openedition.org/tvseries/1066].

  • Antonio Dominguez Leiva, Messaline, impératrice et putain généalogie d'un mythe sexuel, de Pline au pornopéplum, 2014.

  • Hervé Dumont, L’antiquité au Cinéma, vérités, légendes et manipulations, 2009.

  • Gabrielle Frija, “Cultes impériaux et pouvoir impérial : diffusion et circulation des cultes des empereurs dans le monde romain”,  Pallas. Revue d’études antiques, Presses universitaires du Mirail, 2019. [URL : https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-03022896/document].

  • Valérie Huet, “Jeux de vêtements chez Suétone dans les Vies des Julio-Claudiens”, dans Florence Gherchanoc, Valérie Huet (éds.), S’habiller, se déshabiller dans les mondes anciens, Mètis, N.S. 6, 2008, 127-158. [Disponible sur Academia]

  • Isabelle Roblin, « I, Claudius (1976) vs Rome (2005), or Ancient Rome revisited by television », TV/Series #7 | 2015 [URL : https://journals.openedition.org/tvseries/295].

  • Joshel Sandra, “I, Claudius: Projection and Imperial Soap Opera,” in Imperial Projections: Ancient Rome in Modern Popular Culture, Baltimore and London, John Hopkins UP, 2001, p. 119-161.

 

136 GINNY et GEORGIA

avec Lissel Quiroz

 
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Lissell QUIROZ

  • Lissell Quiroz est historienne et professeure des universités à Cergy Paris Université. Membre du laboratoire AGORA, ses recherches portent sur l'histoire de la maternité, des femmes et de la santé dans les Amériques et plus particulièrement du Pérou des 19e - 20e siècles. Parmi ses derniers travaux figurent "Féminismes et Artivisme dans les Amériques (20e-21e siècles)" paru en 2020 et "Mettre au monde. La maternité enjeu de pouvoir (Pérou, 1820-1920)" à paraitre à la rentrée aux Presses Universitaires de Rouen et du Havre. Elle est également la co-créatrice du podcast "N'Autre Histoire" qui compte 30 épisodes portant sur différents sujets historiques. https://podtail.com/fr/podcast/n-autre-histoire/

 

Résumé épisode 136

Sujets évoqués par Lissell sur la série Ginny et Georgia disponible sur Netflix :

la représentation de la "mauvaise mère",

l'opposition historique entre la mère et la femme,

les mères célibataires,

le déclassement,

la violence conjugale et intrafamiliale,

les rapports mère-enfants dans les sociétés occidentales.

Bibliographie indicative : 

Yvonne Knibiehler, Histoire des mères et de la maternité en Occident, PUF, 2012.

Caroline Ibos, Qui gardera nos enfants ?, Flammarion, 2012.

Lissell Quiroz, Mettre au monde. La maternité, enjeu de pouvoir (Pérou 1820-1920), PURH, 2021.

Page du podcast N’Autre Histoire 

Podlink N’Autre Histoire