épisodes septembre 2022

214 Mrs Marvel avec Paul Veyret

215 Mr Robot avec Samantha Lemeunier

216 Colin in B&W avec David Lipson

217 La chronique des Bridgerton saison2 avec Lise Guilhamon

 

214 Mrs Marvel

avec Paul Veyret

 
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Paul VEYRET


MCF Études anglophones Université Bordeaux Montaigne

EA 4196 CLIMAS 


Spécialités

Diaspora, Inde, Pakistan et littérature britannique

 

résumé épisode 215

une superhéroïne musulmane dans l’Amérique de l’après « 9/11 » ?


La présence d’une superhéroïne musulmane, d’origine pakistanaise revendiquée a de quoi surprendre dans l’univers Marvel, en particulier vingt ans après le traumatisme des attentats du 11 septembre (9/11) et dans l’atmosphère de xénophobie décomplexée de l’Amérique de Trump. Pourtant, c’est moins la présence de cette héroïne et de ses origines et sa confession affichée qui peut retenir l’attention que l’usage inédit de l’histoire dans une série de divertissement : en effet, la tragédie de la Partition de 1947 est un élément important non seulement du récit mais également de l’identité de l’héroïne, Kamala Khan. Dans cette « back story » (récit des origines) inédite, on retrouve les éléments d’un récit sur le trauma et sur la résilience de l’histoire familiale : survie et métamorphoses seraient les caractéristiques de cette Ms. Marvel, à la fois trait d’union entre les cultures US et pakistanaise, mais également (et cette présence de l’histoire en tant que tragédie me paraît unique dans le MCU – Marvel Cinematic Universe), trait d’union à travers le temps.

Dans un premier nous verrons comment a été conçue cette superhéroïne dans l’univers des comics Marvel, dan l’Amérique « multiculti » d’Obama, puis son adamtation en série télévisée, et sa filiation culturelle avec d’autres séries.

Le deuxième point se consacre à Ms. Marvel en tant que série sur le « passage à l’âge d’adulte », trope du cinéma et de la fiction télévisuelle américaine s’il en est.

Enfin, dans un troisième temps, je m’interrogerai sur la place de la l’hsitore de la Parition dans cette série.


1-Une superhéroïne musulmane : du comics à la série Disney +

  • 2014 : création du personnage dans un épisode de Captain Marvel, superhéroïne de l’univers Marvel. Ms. Marvel/Kamala Khan devient ensuite héroïne à part entière.

  • Succès immédiat : 500k exemplaires papier en 4 ans (sans comper exemplaires numériques), Marvel le plus vendu dans cette période.

  • 3 auteurs (réécriture du personnage de Miss Marvel) : en particulier Sana Amanat, Américaine d’origine pakistanaise : : retranscrire une expérience « authentique » de fille d’immigré Pakistanais dans une banlieue du New Jersey

    • « la grande idée derrière Miss Marvel [était] de représenter des minorités, et l'idée derrière était de trouver son "soi" authentique ».

    • Personnage de Kamala Khan // Sana Amanat : centrée sur les difficultés d’intégration, de conciliation entre identité musulmane et société américaine

    • Héroïne « belle et forte » : à laquelle tout le monde puis s’identifier.

    • Étape l’adaptation dans le MCU pour un crossover dans les prochains films Marvel= attendue

    • Filiation multiple

2-Une série sur le passage à l’âge adulte sur fond de choc des cultures

  • // Ramy (Hulu, 2019) : tribulations d’un enfant d’immigré égyptien dans le New< Jersey.

  • // Never Have I Ever (Netflix, 2021) : (Mindy Kaling) récit initiatique d’une fille d’immigrée indienne (clichés indiens: famille, bons élèves, respectueux etc…)

  • Kamala Khan et Ms. Marvel : importance des liens familiaux, présence de la vie autour de la mosquée, normalisation de l’islam 

  • Pour les auteurs : identification et altérité “She’s you. She’s us” (2014) Joshua Yehl in IGN.Diversité et identité/altérité et identification

  • Pouvoirs magiques : bracelet  qui signifie son appartenance à une lignée d’être surhumains (« djinns ») bienveillants.

  • Élément clé : souvenir de la Partition et épisode traumatisant



3-Le traumatisme de la Partition

  • Sujet inédit chez Marvel et chez Disney (// X Men et Magneto : survivant de la Shoah)

  • L’histoire chez Marvel CU : (WWII, Guerre Froide) un prétexte.

  • Ms. Marvel : le passé et ses blessures sont essentielles dans l’identité de Kamala Kahn, comme dans l’identité pakistanise. La série auscule le trauma à travers des tropes identifiables : la vision du train (revient dans plusieurs épsodes) est expliquée dans l’épisode 5

  • Ep. 5 : expérience générique de la Partition : train quitte les camps de réfugiés (références visuelles aux photographies de Margaret Bourke-White)

  • Trope du train de voyageurs et massacres par Hindous et Sikhs

  • Musulmans présentés ici comme victime de l’histoire postcoloniale

  • Relecture Marvel : Kamala retourne dans le passé sauve sa grand-mère. Super pouvoirs au service du trauma familial et national. Superposition de récit Marvel et des fractures du sous-continent indien.

  • Semble avoir largement échappé aux spectateurs et aux critiques



Conclusion Ms Marvel et l’évolution des cultural studies

  • Sujet de nombreux articles académiques : Ms. Marvel (la série et le comics) nous dit autant sur l’évolution du champ critique et universitaire, en tant qu’objet d’études (hors champ de son objet, littéraire des comic studies : études féministes, études postcoloniales etc.), que sur l’Amérique post 9/11, post Trump, post vérité.

  • Cynisme Disney et Marvel ? marché asiatique (au sens anglophone : sous contient indien) et également s’intéresser à l’islam, à la culture musulmane, au Pakistan : point de vue mercantile

  • Fonctionne : très second degré (influence Never Have I Ever), autoréférencé (fan de Captain Marvel etc.), jeu un peu gauche, un peu empoté, décalé, ironie assumée.

  • Modèle créatif inédit : centrifugeuse Disney & Marvel = comédie humaine et nouvelle mythologie qui mélange mythe nordiques (Thor etc.), l’afro futurisme.

  • A retenir : traitement inédit de l’histoire et de la tyrannie du silence qui entoure encore la Partition, en particulier dans les récits familiaux et intergnérationnels.

 

215 Mr Robot

avec Samantha Lemeunier

 
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Samantha Lemeunier

Samantha Lemeunier est doctorante à l’Ecole normale supérieure (Ulm) au sein de l’ED540 et membre de l’USR République des Savoirs où elle fait partie de l’équipe CRRLPM qui s’intéresse au rapport entre littérature, philosophie et morale. Notamment consacrées notamment à William Carlos Williams, ses recherches ont abouti à une monographie, L’improvisation chez William Carlos Williams : expérience-limite du modernisme (éditions L’Harmattan, 2020). Dans sa thèse, « William Carlos Williams et l’hypermodernité : au-delà de la défiguration », dirigée par Mme Hélène Aji, Samantha Lemeunier adopte une approche culturelle de la littérature moderniste américaine tout en se nourrissant de réflexions ayant trait à la philosophie et à la psychanalyse afin de circonstancier la délicate classification de l’auteur.

 

résumé épisode 215

L’INTERTEXTE LITTERAIRE DE MR ROBOT : DU TEXTE A L’HYPERTEXTE


Concilier tradition littéraire et série futuriste

Avec pour personnage principal un pirate informatique, Mr Robot dépeint l’interpénétration entre monde réel et monde virtuel. La série également intéressante d’un point de vue esthétique, puisque nombreuses sont les références à l’art et à la littérature. Ces références sont à première vue surprenantes, non seulement puisqu’elles n’ont a priori rien en commun, mais également parce qu’elles sont représentatives d’une tradition passée qui entre en contradiction avec la dimension futuriste et dystopique de Mr Robot. Dès lors, afin de faire sens de cet intertexte littéraire tout en expliquant le parallèle créé entre texte littéraire et hypertexte informatique, il est possible de suivre une typologie des principaux genres littéraires évoqués dans la série, nommément la prose théorique, la fiction en prose, le théâtre, et la poésie, chaque genre donnant en effet accès à différents niveaux d’interprétation de la série.



I. Les écrits théoriques comme « code source » de la fsociety 

1. Une idéologie anticapitaliste héritée du communisme libertaire

L’idéologie anticapitaliste développée par la fsociety est, entre autres, héritée des travaux du théoricien russe Piotr Alexeïevitch Kropotkine, et notamment de La Conquête du Pain, ouvrage qu’il a écrit en 1892 et dans lequel il avance que le capitalisme prospère grâce au maintien de la pauvreté. Des références à Résurrection (1899) de Tolstoï montrent également que le choix d’auteurs russes plutôt que d’auteurs occidentaux est assez symbolique : historiquement, l’opposition entre marxisme et capitalisme correspond à la dichotomie entre l’URSS et les Etats-Unis que l’on a pu observer pendant la Guerre Froide.

2. Une révolution sociale et spirituelle

Dans l’ouvrage de Tolstoï, et comme le suggère le titre aux connotations bibliques, c’est dans la religion que le personnage trouve refuge. Il ne s’agit néanmoins pas de la religion telle qu’elle est officiée et instituée par l’Eglise, mais d’un anarchisme chrétien qui prône une révolution personnelle et spirituelle. De la même manière, dans Mr Robot, les personnages se cherchent et initient, chacun à leur manière, une révolution personnelle.

3. L’espionnage comme modus operandi

Le thème principal de Mr Robot composé par Mac Quayle, suit une structure similaire à celle des musiques d’espionnage classiques. C’est parce que l’infiltration et l’espionnage permettent aux personnages de lutter contre les décadences du capitalisme, mais la série dépeint également une décadence morale et éthique, comme le rappellent les nombreuses références au roman Lolita (1955) de Vladimir Nabokov.

II. La fiction en prose citée comme passerelle donnant accès à la psychologie des personnages

1. De Lolita à Mr Robot

Mr Robot s’inspire du mode de narration adopté dans Lolita, nommément une narration qui place le lecteur dans la peau du coupable afin d’induire une certaine empathie. Le spectateur de la série est placé en position de voyeur, si ce n’est de complice. En outre, le mode de narration confessionel adopté par Elliot rappelle les stratégies discursives employées dans Lolita.

2. La vulnérabilité d’Elliot renforce l’empathie du spectateur

De nombreuses scènes de la série mettent l’abject au centre de la représentation, l’une des plus marquantes étant celle où Elliot vomit à l’épisode 5 de la saison 1. Ce fluide corporel constitue un symptôme tangible de la souffrance intangible d’Elliot. Idem pour toutes les techniques filmiques qui font expérimenter les amnésies d’Elliot aux spectateurs.

3. La crise identitaire d’Elliot

Les clivages identitaires sont renforcés par les antagonismes entre les personnages, notamment Whiterose, le « cracker » qui s’oppose à Elliot le « hacker ». D’ailleurs, en tant qu’antagoniste parfaite, Whiterose a également une identité ambivalente : elle est moins transsexuelle que gender fluid. L’apparence de ce personnage reflète ainsi les idées de mascarade, de simulacre et de société du spectacle également symbolisées par le masque de la fsociety dans la série.

III. Le théâtre et ses masques : de l’illusion à la désillusion 

1. Le symbole du masque comme référence au théâtre

Le théâtre est palpable au travers des références à certains grands personnages shakespeariens. Néanmoins, il ne s’agit pas d’un théâtre au sein duquel le spectateur est passif mais un théâtre tel que Rancière le décrit dans Le spectateur émancipé. Les divers masques de la série, aussi bien identitaires que textuels, rendent le spectateur actif en ce qu’il doit faire sens d’une signification masquée ou mise en attente.

2. L’attente comme fil conducteur

En attendant Godot, pièce écrite en 1952 par Samuel Beckett, apparait plusieurs fois à la saison 2. Les nombreuses stichomythies qui ponctuent En attendant Godot montrent que les personnages n’existent que par le dialogue. Les mêmes stratégies sont utilisées dans Mr Robot, suggérant également une dimension existentialiste dans la série.

3. La dimension existentialiste de Mr Robot

Une référence importante dans Mr Robot est la pièce de Jean-Paul Sartre intitulée Huit Clos (1944). Cette pièce montre que c’est l’altérité qui permet à l’homme de porter un regard lucide sur sa vie, comme c’est le cas dans Mr Robot, où les autres personnages permettent à Elliot de se voir différemment, certainement de manière plus lucide.

IV. Les stratégies de codification à l’œuvre dans Mr Robot

1. De l’encodage poétique au codage informatique 

Le modernisme repose en soi sur un langage codé tant il est fragmenté. Les poèmes de William Carlos Williams, notamment « La brouette rouge » (1923) récité plusieurs fois dans la série, rappellent le mode de fonctionnement des algorithmes : les vers chez Williams, tout comme les lignes de code dans Mr Robot, doivent être mises à la suite et exécutées pour faire sens. Cet encodage suggère une automatisation de la pensée qui est d’ailleurs renforcée par les références au surréalisme dans la série.

2. Le surréalisme : vers une automatisation de la pensée 

La série s’attache à reproduire les mécanismes psychiques du rêve et de l’inconscient : par exemple, à la saison 2, la série semble avoir été elle-même hackée tant les phénomènes de projection et de substitution psychiques résultant d’une fusion entre l’imaginaire et la réalité se multiplient.

3. Une série hypermoderne 

Si l’hypermodernité s’applique premièrement aux entreprises (E corp est une entreprise hypermoderne de fait de sa grande taille et du contrôle exercé par les dirigeants), les personnages sont également des individus hypermodernes au sens où Nicole Aubert les définit. Ils souffrent de pathologies représentatives de l’hypermodernité telles que le burnout ou la toxicomanie. La sociologie s’intéresse également aujourd’hui à ce que l’on appelle la « cybermodernité », dans laquelle les outils numériques transforment notre présence au monde en ce qu’ils hybrident le réel et le virtuel, interpénétration entre deux mondes qui est aussi largement identifiable dans Mr Robot tant un réseau mêlant le réel et le virtuel se crée tout au long de la série.

L’intertexte de Mr Robot comme construction de réseaux de sens

Si la littérature est aussi présente dans ce monde dystopique et futuriste, c’est également pour souligner qu’elle n’est pas vaine mais, au contraire, qu’elle permet de faire sens des évolutions socioculturelles à l’instar de celles en jeu dans Mr Robot. Sam Esmail ne s’en tient d’ailleurs pas à la littérature puisque d’autres références aux arts visuels, notamment au cinéma culte sont établies dans la série. Le spectateur se retrouve ainsi dans une position liminale, entre connu et inconnu, comme propulsé à la lisière du dark web, section de la toile seulement accessible à un certain nombre d’initiés…



Bibliographie sélective


Travaux littéraires

Jean-Paul Sartre, Huit Clos [1943], Paris, Gallimard, 2019.

Joseph Conrad, L’Agent secret [1907], Paris, Gallimard, 1995.

Léon Tolstoï, Résurrection [1899], Paris, Gallimard, 1994.

Lewis Caroll, Alice au pays des merveilles [1865], Paris, Magnard, 2014.

Piotr Alexeïevitch Kropotkine, La Conquête du pain [1892], Paris, Editions Du Sextant, 2017.

Samuel Beckett, En attendant Godot, Paris, Editions de Minuit, 1952.

Vladimir Nabokov, Lolita [1955], Paris, Gallimard, 2001.

William Carlos Williams, « The Red Wheelbarrow », Spring and All, New York, New Direction, 1923.

William Shakespeare, Hamlet [1602], Paris, Gallimard, 1978.

William Shakespeare, Macbeth [1623], Paris, Gallimard, 2016.



Travaux théoriques

André Breton, Manifeste du surréalisme [1924], Paris, Folio essais, 1985.

Charles Olson, « Projective Verse » [1950], in William Carlos Williams, Autobiography, New York, W. W. Norton & Company, 1951.

Gilles Lipovetsky, Les Temps hypermodernes, Paris, Grasset, 2004.

Julia Kristeva, Pouvoirs de l’horreur, Paris, Seuil, 1983.

Max Pagès, L’Emprise de l’organisation [1979], Bruxelles, Éditions de l’Université de Bruxelles, 2019.

Nicole Aubert, L’Individu hypermoderne, Paris, Érès, 2006.

 

216 Colin in B&W

avec David Lipson

 
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David Lipson

DAVID LIPSON est né et a grandi à Chicago où il a obtenu un B.A. en littérature française de l'Université de l'Illinois à Chicago passant sa troisième année à l'étranger à la Sorbonne. Il revient à Paris et en 2003 il devient citoyen français et passé avec succès le CAPES et l'agrégation. En 2017, il a été recruté comme professeur associé d'anglais à l'Université de Strasbourg. Il est titulaire d'un doctorat. en études et civilisation américaines à l'Université Sorbonne Nouvelle. Ses intérêts de recherche sont les films documentaires, le politainment, la télévision nocturne et la satire politique, ainsi que l'histoire américaine aux 20e et 21e siècles. Il a co-organisé le festival du film documentaire et une journée d'étude sur le documentaire engagé pour l'Institut des Amériques en collaboration avec Cinéma le studio, Aubervilliers, 17 octobre 2021, 30 janvier 2022 et 4-10 avril 2022


Lien vers ma page au laboratoire de recherche de l'Université de Strasbourg

https://langues.unistra.fr/search-dev/membres/enseignants-chercheurs/david-lipson/

 

résumé épisode 216

I Introduction et présentation de la série


II. Contexte historique Exploration de la tension dans la série

III. Baseball vs Football (Football = football américain pas soccer)

IV. Divertissement vs éducation/didactique

V. Deux mondes différents : blanc vs noir


VI. Conclusion

Publications récentes de David Lipson

  1. “Politainment and the evolution of the Late-Night Talk show” Revue Mobilis in Mobile [online] 20 september 2021, 1 | 2021, http://pcaof.com/publications/cultures-populaires-et-politique/



  1. « Migration et résistance culturelle : Canal Zone et In Jackson Heights » La Furia Umana [En ligne], mis en ligne le 6 décembre, 42 | 2021, dossier dirigé par Zachary Baqué et Vincent Souladié, Frederick Wiseman Ordre et résistance, URL : http://www.lafuriaumana.it/index.php/76-lfu-42/1066-david-lipson-migration-et-resistance-culturelle-canal-zone-et-in-jackson-heights


  1. Zachary Baqué and David Lipson “Rethinking the Convergence of Documentary and Entertainment” Documentary and Entertainment, Revue InMedia 20 december 2019, 7.2 | 2019 ; DOI : https://doi.org/10.4000/inmedia.1601



  1. “An Interview with Documentary Filmmaker Bill Morrison” Documentary and Entertainment, Revue InMedia  20 décembre 2019, 7.2 | 2019 ; DOI : https://doi.org/10.4000/inmedia.1685

 

217 La chronique des Bridgerton saison 2

avec Lise Guilhamon

 
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Lise Guilhamon

Lise Guilhamon est maîtresse de conférences en littérature britannique et postcoloniale à l’Université de Versailles-St Quentin / Paris Saclay. Elle est l’auteur d’une thèse sur la question de la langue et ses transformations dans le roman indien d’expression anglaise qui a donné lieu à plusieurs articles, notamment sur l’hybridité linguistique dans les romans de Salman Rushdie. Elle a codirigé La modernité littéraire indienne : perspectives postcoloniales (2009, Presses universitaires de Rennes) et a également écrit des articles sur l’œuvre d’Amitav Ghosh. Elle s’intéresse en outre depuis quelques années à la fiction d’empire et aux thèmes environnementaux dans la fiction indienne en anglais. Elle est membre du Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines (CHCSC – Paris-Saclay), et elle était visiting scholar à CASBS (Stanford University) en 2021-22.

 

résumé épisode 217

  1. Résumé de la saison 2 centrée sur le frère aîné de la famille Bridgerton, Anthony

  2. Rappel historique général sur la période : qu’appelle-t-on la « Régence » ?

  3. Fidélités et infidélités à l’histoire

  4. Ancrage géographique et temporel. Présence d’une famille « indienne » au cœur de l’intrigue : les Sharma

  • Rappel rapide sur histoire des Indes britanniques ?

  • Les voyageurs britanniques en Inde au XIXème siècle

  • Voyageurs indiens en Grande Bretagne au XIXème siècle

  • Le cas de Kitty Kirkpatrick, possible « modèle » historique pour les sœurs Sharma : parallèles et différences avec le personnage de Kate Sharma

  • Un autre exemple du même mécanisme d’inspiration historique pour créer un personnage de fiction : Le personnage de Will Mondrich, ancien boxeur qui décide de fonder son propre club.

    1. La question des personnages racisés en général dans Bridgerton : quel est l’effet recherché ? pour quelle stratégie narrative ?

    2. Le cas particulier du personnage de la reine Charlotte



  • On voit donc que, comme dans la saison 1, la série s’inspire effectivement de réalités historiques, mais les passe au moulinet de nos sensibilités du 21ème siècle pour en proposer une relecture complètement uchronique.



  1. La filiation culturelle de Bridgerton

    1. Les romans sentimentaux historiques (Regency romance) et leurs antécédents littéraires

Une série basée sur une série de romans de Julia Quinn.

Le Regency romance, un genre fictionnel extrêmement codifié

Une lignée littéraire qui part de Jane Austen (1775-1817)

Georgette Heyer (1902 1974), pionnière du genre des Regency Romances.

    1. Clins d’œil à Pride and Prejudice (Jane Austen) : une série d’emprunts qui révèle un mécanisme de rapports hypertextuels foisonnant

    2. La stratégie métafictionnelle déployée dans Bridgerton : Lady Whistledown et ses antécédents

  • La série ne renvoie pas directement à la réalité historique de la période de la Régence, mais à un monde fictionnel, déjà écrit et codifié, qui ne s’inspire qu’indirectement de ce moment historique réel. En d’autres termes, la situation référentielle n’est pas le réel, mais une autre fiction qui pré-codifie les lieux, les types de personnages, les dialogues et les intrigues.



Conclusion

Bridgerton s’inscrit ainsi aussi bien dans une filiation romanesque qu’audiovisuelle, avec la référence implicite aux « period drama », les séries BBC ou autres, adaptées des romans d’Austen, de Thackeray ou de Dickens, mais pour mieux rompre avec certains de ses codes narratifs et profondément rénover le genre.

Mais surtout, série qui cherche à repenser la représentation de l’histoire à l’écran : il ne s’agit pas de rechercher la fidélité ou l’exactitude historiques, mais de s’appuyer sur des fictions préexistantes pour proposer une version réimaginée d’un passé historique fantasmé.

Indications bibliographiques

Boussahba-Bravard, Myriam. « Le roman sentimental Regency, entre continuités et ruptures (2000-2020 », Le Temps des médias, 2021/2 (n° 37 Fiction historique anglo-américaine : Pouvoirs, savoirs et mémoires), p.164-182.

Dalrymple, William. White Mughals. Love and Betrayal in Eighteenth-Century India. London: Harper Collins, 2002.

Fisher, Michael H. Counterflows to Colonialism: Indian Travellers and Settlers in Britain 1600-1857. New Delhi: Permanent Black, 2004.

Fisher, Michael H. “From India to England and Back: Early Indian Travel Narratives for Indian Readers”. Huntington Library Quarterly , University of Pennsylvania Press, Vol. 70, No. 1 (March 2007), pp. 153-172.

Kloester, Jennifer. Georgette Heyer’s Regency World. London: Arrow Books, 2008.

Rayner, Samantha J., Kim Wilkins (ed.), Georgette Heyer, History and Historical Fiction. London: UCL Press, 2021.

Sherwood, Kim. “Pride and Prejudice : Metafiction and the Value of Historical Romance in Georgette Heyer”, in Rayner, Samantha J., Kim Wilkins (ed.), Georgette Heyer, History and Historical Fiction. Londres: UCL Press, 2021, p.75-87.

Tillet, Salamishah. 2021. « ‘Bridgerton’ Takes on Race: But Its Core is Escapism”, The New York Times (5 January). Online at: https://www.nytimes.com/2021/01/05/arts/television/bridgerton-race-netflix.html



Podcasts :

History Extra Podcast : Bridgerton season one: “A period drama like no other”. 28 décembre 2020 : https://www.historyextra.com/period/georgian/bridgerton-period-drama-style-real-history-historical-detail/

History Extra Podcast : “Bridgerton: behind the scenes of season 2”. 25 mars 2022 : https://www.historyextra.com/period/georgian/bridgerton-s2-podcast-hannah-greig/

France Culture, Les Chemins de la Philosophie : Série « Jane Austen, quatre romans et beaucoup de mariages ». Épisode 1/4 : « “Raison et sentiments”, je t’aime moi non plus ». Lundi 18 avril 2022 : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-chemins-de-la-philosophie/les-chemins-de-la-philosophie-du-lundi-18-avril-2022-5871837

Les épisodes de L’histoire en séries consacrés au accents dans les séries (Cécile Viollain, épisodes n°186-187) et l’épisode consacré à la saison 1 de La Chronique des Bridgerton (Claire-Lise Gaillard, épisode n°165).