épisodes novembre 2021

145 SUBURRA avec Lisa El Ghaoui
146 LENINGRAD et Likvidacija (Liquidation) avec François-Xavier Nerard
147 INSECURE avec Laurence Cossu-Beaumont
148 YASUKE avec Soizic Croguennec
149 VALIDE avec Marine Parra
150 THE BODY COLLECTOR avec Delphine Barré
151 SELF MADE avec Clémentine Tholas
152 Le CONSENTEMENT dans les séries avec Mélanie Jaoul
153 La REVOLUTION avec Côme Simien

 

145 SUBURRA

avec Lisa El Ghaoui

 
Female Vlogger

Lisa EL GHAOUI

Maître de conférences en littérature italienne à l’Université Grenoble Alpes et membre du Laboratoire Universitaire Histoire Cultures Italie Europe, je suis spécialiste de littérature italienne contemporaine, de cinéma et de théâtre.


Depuis l’obtention de l’agrégation externe d’italien en 1999, j’ai d’abord été amenée à enseigner dans des établissements du second degré puis à Université Grenoble Alpes (depuis 2003).
Mes enseignements portent sur la littérature italienne contemporaine (notamment la poésie du XXe siècle et les écrivains de la période néoréaliste), le cinéma, l’analyse de documents iconographiques (publicités et œuvres d’Art), la traduction et le théâtre. 


Ma passion pour le théâtre et l’intérêt que j’accorde aux pédagogies innovantes, m’ont conduite à créer un cours spécifique de pratique théâtrale en langue italienne, où, chaque année depuis 2008, j’écris et mets en scène un spectacle original joué par mes étudiants dans une des salles de spectacle.


Mes recherches portent sur les langages du désir et les métamorphoses du corps (notamment dans l’œuvre complète de Pier Paolo Pasolini). J’envisage la représentation du corps à travers une approche pluridisciplinaire, étudiant à la fois la poésie, la prose, le théâtre et le cinéma. Les problématiques linguistiques, artistiques, politiques et philosophiques liées à cette thématique centrale m’ont poussée à mener des recherches plus approfondies sur la question du genre (identité, filiation, altérité), de la langue (oralité, plurilinguisme) ainsi que sur les rapports entre l’Art et l’engagement (tradition, résistance, révolte, utopie) dans l’œuvre de Pasolini mais aussi chez des auteurs plus contemporains, dans le cinéma et la littérature de genre.

 

Résumé épisode 145

 

146 LENINGRAD et Likvidacija (Liquidation)

avec François-Xavier NERARD

 
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François-Xavier NERARD

François-Xavier Nérard est maître de conférences en histoire russe et soviétique à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne depuis 2012. 
Agrégé d’histoire, ancien élève de l’Ecole Normale supérieure, il est spécialiste d’histoire sociale de l’Union soviétique, il a notamment travaillé en thèse sur les dénonciations, les plaintes et les formes de protestation dans l’URSS stalinienne (1928-1941). 
Il poursuit ses recherches dans deux directions principales : l’histoire de la violence et la mémorialisation des lieux de massacres en URSS et en Russie, mais aussi une anthropologie du pouvoir à Traver une histoire des pratiques de restauration collective en URSS.
La matérialité de la civilisation soviétique, et ses traces, est ainsi au coeur des ses recherches.

 

Résumé épisode 146

Présentation


A- Les séries


Likvidacija (Liquidation)

Une série en 14 épisodes de 2007

Résumé

Acteurs principaux

Odessa 1946


Leningrad 46

Série en 32 épisodes de 2015


Et sans entrer trop dans les détails, mais quand même, leur inspiration-référence

Il ne faut pas changer le lieu de la rencontre, une série en 5 longs épisodes de 1979

Avec Vladimir Vyssotsky dans la Moscou d’après guerre.

Inspiré du roman des frères Vainer


B- Le contexte de production


→ Trois séries qui portent sur la même période très particulière, celle de la fin de la Seconde Guerre mondiale événement politique et traumatique majeur pour l’URSS.

Réalisées à trois moments de l’histoire russe et soviétique.


La série soviétique est celle du brejnevisme à son apogée, celle de la télévision de masse, celle de la culture partagée, référent de tous, et de beaucoup des adultes de la société russe contemporaine.


2007, 30 ans plus tard, le rapport au stalinisme évolue.


2015, on est après la guerre en Ukraine et l’annexion de la Crimée. Là aussi. Avec des nuances.



Le genre policier et le stalinisme


A- Deux polices


Rappel historique ?


B- Que faire de la police politique ?


Les deux polices soviétiques : la police politique et la police criminelle. Que faire du NKVD ? Il est toujours présent et menaçant, de fait, dans les deux séries.


Rappel : dans les années trente, on n’hésite pas à faire du policier tchékiste un héros : la mise en scène au-delà même de la réalité des pratiques, de la surveillance et de la répression est fondamentale : l’image du tchékiste et de son ubiquité est largement développée dans le discours officiel. Chaque 20 décembre, et notamment en 1937 oùune grande cérémonie est organisée au théâtre Bolchoi, est l’occasion de fêter l’anniversaire de la création de ce que l’on appelle les « organes ». Des personnages populaires, comme le héros de l’écrivain Lev Ovalov, le major Pronine, policier soviétique qui lutte contre les saboteurs et autres infiltrés de la société soviétique, contribuent également à populariser cette image


Pas/plus le cas. 


Dans les deux cas, les tchekistes sont présents. David Gotzman qui met son nez là où il ne faut pas se fait arrêter sur une accusation montée, frappé…

Dans Leningrad 46, le bureau du colonel du MGB est aussi un lieu menaçant. Contraintes d’arrestations. Exécutions.

Leningrad 46, la plus critique du stalinisme, essaie quand même d’humaniser les personnages de l’appareil répressif en montrant leurs dilemmes, leurs absences de choix à la suite de leurs compromissions.


C — Le monde criminel

Par contraste le policier criminel est largement valorisé. Lui ne fait pas vraiment de politique. Il fait son job d’arrêter les bandits.


→ Représentation du monde interlope et criminel est une constante des films soviétiques. Le monde de la pègre est très représenté après 1953. Amnistie. Dans les années 60, la main de diamant, etc.


D — Le rapport à la loi, le sens moral du policier

Gotsman se heurte à Joukov qui arrive à Odessa et emploie la manière forte.


Le rapport à la loi, à ce qui est juste !

→ Vissotski n’importe quoi pourvu qu’on attrape, face à l’idéaliste qui revient de la guerre

→ Gotsman c’est l’inverse

→ Dans Leningrad ?


cf. Lucarelli et son personnage de policier à l’époque fasciste, le commissaire De Luca.


Peut-on être moralement irréprochable en stalinisme ?



Représenter le stalinisme dans la Russie postsoviétique


A- L’après-guerre un enjeu pour le stalinisme et pour sa société 


Rappel plus historique sur les enjeux de l’après-45 dans une société que le Stalinisme cherche à reprendre en main après les « compromis »


Les traumatismes de la guerre

Le retour d’une société du contrôle idéologique : comment la reprendre en main ?


La question des désillusions : la mobilisation d’un peuple et le retour


B- Dénoncer ou ne pas dénoncer.

Likvidacia marque une rupture pour cela. C’est un des premiers films grand public qui n’est pas à charge, mais utilise le stalinisme comme décor.


Ce ne sont pas des films sur le stalinisme, mais bien qui se déroulent à la période stalinienne


Souci de la reconstitution historique, costumes, décors.

Odessa de 46, Leningrad post-blocus


Le discours sur la violence stalinienne.

Dans Likvidacija, il est assez absent alors qu’il est au cœur de Leningrad. 

Cela peut s’aborder autour de la question des bons et des méchants. Qui sont les méchants ?

Dans les deux cas, ce sont des victimes/opposants au stalinisme qui sont les héros « négatifs »

Akademik, le méchant de Likvidacija, a collaboré avec les Allemands, il est infiltré dans le système soviétique et en veut la destruction. On le déteste et on a assez peu de pitié pour lui.


En cela, Leningrad est beaucoup plus subtil, Le Prof, qui en est le héros négatif provoque beaucoup de sympathie, voire de fascination. Il est brisé par le système soviétique qui le rejette sur les marges. Il devient un criminel parce que le régime soviétique en fait un criminel.


La représentation des élites politiques et sociales du stalinisme est très négative dans les deux séries : du secrétaire du comité du parti qui se fait pourrir par Joukov au responsable local qui épouse la femme et détourne de l’argent.


En revanche, il y a une représentation des marges de la société qui n’est jamais dénuée d’empathie, y compris pour les bandits.

Les enfants des rues sont très présents.


Représenter la violence

Signe des temps et de la pudibonderie soviétique : peu dans 1979, beaucoup plus dans les autres.


Poser la question de la nostalgie ?


C — Fidélité de la reconstitution


Le gros non-dit de la série Likvidacija : les Juifs d’Odessa

Ce qui est représenté c’est une sorte d’Odessa d’avant-guerre (cf. Récits de Babel) avec un mélange de Russes, d’Ukrainiens et de Juifs (30 % de la ville en 41, 180 000 personnes, la moitié est présente au moment de l’occupation par les Roumains en octobre 41)). Ça ressemble beaucoup au mythe d’Odessa présent en URSS et en Russie. Mais ce monde-là n’existe plus en 1946.

23 octobre 41 : 5000 Juifs assassinés, fusillés, brûlés soi-disant en représailles à l’attentat contre le QG roumain d’Odessa

Les autres dans un ghetto ou déportés en transdnistrie exterminés, fin décembre, début janvier 42.

Two-thirds of Odessa's 175,000 Jews had been evacuated before the Romanians arrived. About 20,000 Jews were slaughtered initially, and by 1943 only 54 Jews were living legally in the city. Bucharest sought to drive all of its Jews into Soviet territory, and the forced exit of 110,000 Jews from Bucovina and Bessarabia resulted in tens of thousands of deaths. Gradually the Romanian government backed away from its genocidal mode and toward the end of 1943 permitted Jews to return to Romania.


L’autre point fort, c’est le blocus de Leningrad, si peu connu en F, et qui est présent en filigrane dans le film.


Que faire aussi de la question de l’infiltration des espions au cœur de la représentation stalinienne et bien pratique pour des scénaristes des séries policières.




Conclusion ouverture — Le destin des films

Likvidacija est interdit en Ukraine du fait des déclarations et actes hostiles de l’un des acteurs.

Leningrad lui a été diffusé en 2015

Succès d’audience.


Principales publications François-Xavier NERARD :


Cinq pour cent de vérité, la dénonciation dans l’URSS de Staline, Tallandier, Paris, 2004.


Atlas historique de la Russie, avec Marie-Pierre Rey, Autrement, Paris, 2017-2019


Commémorer les victimes en Europe (XVI-XXI siècles), avec David El Kenz, Champ Vallon, Seyssel, 2011.


Vaincus ! Histoires de défaites : Europe, XIX-XXIe siècles, avec Corine Defrance et Catherine Horel, Nouveau Monde éditions, Paris, 2016


Derniers articles parus : 


« Red Corpses : a micro history of Mass Graves, Dead Bodies and their Public Uses », Quaestio Rossica, vol. 9, n° 1 (2021), p. 138-154.


« Ceux de la Volga : Stalingrad 1942-1943 » dans Isabelle Davion, Beatrice Heuser (dir.), Batailles : une histoire des grands mythes nationaux, Belin, Paris, 2020, p. 297-312.


« Soviet Canteens in prewar USSR (1917-1941): promises of emancipation and everyday violence » dans Laura Douds, James Harris, Peter Whitewood (dir.), The fate of the Bolshevik Revolution: illiberal liberation, Bloomsbury Academics, London, 2020, p. 245-255


« La réapparition des disparus : histoire d’un monument de Sverdlovsk-Ekaterinbourg (1987-2019) », La revue russe, n° 53 - 2019, p. 75-88




Webdocumentaire : « La lettre Riabova », publiée par l’Université Ouverte des Humanités (UOH), réalisation : Université de Bourgogne. 

En ligne : http://www.uoh.fr/front/notice?id=086c76bc-3dfa-4ab4-ab2a-8e68c8caaa9c

 

147 INSECURE

avec Laurence COSSU-BEAUMONT

 
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Laurence COSSU-BEAUMONT

Laurence Cossu-Beaumont est Professeure des Universités et spécialiste des Etats-Unis, au Département du Monde Anglophone de l’université de la Sorbonne Nouvelle. Elle est membre de l’équipe de recherche CREW (Center for Research on the English-speaking world ou Centre de Recherche sur le monde anglophone ; http://www.univ-paris3.fr/crew-center-for-research-on-the-english-speaking-world-ea-4399-23046.kjsp).


A l’université de la Sorbonne Nouvelle, elle enseigne des cours sur l’histoire des Etats-Unis en Licence, elle anime des séminaires de recherche en M1 et M2, notamment en études africaines américaines, et elle prépare également les candidates et candidats à l’agrégation externe d’anglais. 


Sa recherche se situe au croisement de l’histoire culturelle, des études africaines-américaines et des approches transnationales. 

Elle a écrit de nombreux articles et chapitres d’ouvrage sur les conditions de publication et sur la réception, en France et aux Etats-Unis, de l’auteur africain américain expatrié Richard Wright, ainsi que sur ses réseaux intellectuels. Le dernier ouvrage auquel elle a participé est intitulé Richard Wright in Context et vient de sortir chez Cambridge University Press (https://www.cambridge.org/core/books/richard-wright-in-context/8E88225E27F7B8530B128901BA27A1FE).

Son intérêt pour l’histoire africaine américaine et les échanges entre la France et les Etats-Unis l’ont conduit à préparer une édition commentée de texte de Gustave de Beaumont, Marie ou l’esclavage aux Etats-Unis qui fut le compagnon de voyage de Tocqueville en Amérique, édition parue chez l’éditeur Aux Forges de Vulcain en 2014. 

Elle prépare actuellement la publication d’un ouvrage sur des acteurs méconnus de la circulation culturelle transatlantique, les agents littéraires, grâce à l’exploration d’un fonds méconnu d’archives retraçant les activités et réseaux de la première agence littéraire en France, fondée dans l’entre-deux-guerres, par un couple franco-américain. Sur cette question, elle participe aussi au projet de Dictionnaire des passeurs de la littérature des Etats-Unis animé par le Laboratoire d’Etudes et de Recherche sur le Monde Anglophone d’Aix-Marseille Université

(https://decentered.hypotheses.org/passeurs/dictionnaire-des-passeurs-de-la-litterature-americaine)

 

Résumé épisode 147

Insecure – Chemin de fer 



3 mn - Question 1 – Quel est l’apport d’un regard qui croise histoire culturelle et études africaines américaines et pourquoi cet intérêt pour la série Insecure ? 


En deux mots, la série Insecure d’Issa Rae est une série américaine de 4 saisons de 8 épisodes, diffusée depuis 2016. La 5ème et dernière saison est diffusée courant octobre 2021. Il s’agit d’une série humoristique qui tourne autour d’un groupe d’amis d’enfance ou d’université, toutes et tous africains américains, et vivant à Los Angeles. 


4:30 mn - Pourquoi se prête-elle au prisme de l’histoire culturelle ?

Les enjeux de représentations et de médiation sont abordés grâce aux références aux historiens Philippe Poirrier, Jean-Yves Mollier et Dominique Kalifa. Les questions autour des « imaginaires sociaux », de « la culture médiatique » et des « constructions symboliques » s’appliquent de manière singulière à l’histoire africaine américaine. Dans ce champ, la formation, la pérennisation ou les transformations des discriminations fondées sur des représentations qui seraient stéréotypées ou au contraire pionnières, présente un intérêt renouvelé. 


Le croisement entre l’histoire culturelle et études africaines américaines a ainsi permis, dans l’historiographie, de faire émerger la connaissance d’une culture africaine américaine propre, à l’encontre de l’invisibilité de celle-ci dans les études historiques jusqu’aux années 1970, et d’asseoir l’analyse d’une culture riche, vivante, autonome, et ce dès la période de l’esclavage, à l’encontre cette fois de l’idée d’une sous-culture (Lawrence Levine, Black Culture and Black Consciousness (1977). 


A cet égard, Insecure est source de commentaires possibles sur les représentations comme sur la partie médiation, en raison du succès et la reconnaissance populaire et critique de la créatrice principale de la série Issa Rae. 


10:50 mn - Question 2 – Pouvez-vous proposer un résumé plus en détail de la série ? 


Insecure suit la vie quotidienne, la vie amoureuse et la vie professionnelle d’Issa une femme africaine américaine qui n’a pas encore 30 ans et la vie de ses proches. Les différents personnages sont ici présentés, ainsi que leurs situations professionnelles respectives et les liens amicaux / amoureux qui les réunissent. 


La tonalité pourrait sembler celle d’une série de bande de filles mais l’intérêt réside aussi dans la variété d’une galerie de personnages et dans les expériences professionnelles des jeunes trentenaires, et face au racisme, discriminations, ou questionnements personnels. 


Il faut insister sur l’écriture comique et les dialogues qui inscrivent la série dans le genre américain du « comique de situation » ou d’observation (« observational comedy ») pour lequel Seinfeld reste une référence (y compris pour Issa Rae et son co-auteur Larry Wilmore, une figure reconnue du stand-up). 


15:20 – Deux éléments peuvent également être retenus, la série dans la série, ainsi que le dispositif « du miroir ». Tous deux sont analysés en fin d’entretien. 



17:25 mn - Question 3 – Quelle représentation de la communauté noire dans la société américaine d’aujourd’hui, à la lumière de l’actualité. 


On parle de la visibilité de personnages noirs à l’écran, du traitement par l’humour, du prisme d’une vision féminine. Sont traitées dans la série, par exemple, des questions comme l’hypersexualisation des femmes et des hommes noirs dans la culture américaine (Angela Davis, Patricia Collins) ou encore celle des dangers des contrôle routiers pour les conducteurs noirs. D’autres questions parfois taboues sont évoquées, comme l’homophobie au sein de la communauté africaine américaine et le racisme au sein de cette communauté également.



24:25 mn - Question 4 –Comment la série s’inscrit-elle dans l’histoire culturelle des Etats-Unis si on intéresse à la représentation des Noirs ? 


La série Insecure met à l’écran des Africaines Américaines et des Africains Américains diplômés, mettant la question de l’éducation au cœur des représentations et des enjeux, comme bien des penseurs noirs dans l’histoire (W.E.B Du Bois, Booker T. Washington). 

Les modèles sont également souvent en débat aux Etats-Unis, que ce soit autour de la censure d’œuvres réputées trop violentes (par exemple, Richard Wright) ou en raison d’événements historiques ayant contribué à cristalliser des représentations violentes notamment des hommes noirs (l’écrivaine Toni Morrison, Prix Nobel, écrit que la saga O.J. Simpson fut un nouveau Birth of a Nation en référence au film de Griffith qui établit durablement cette représentation des hommes noirs comme des prédateurs sexuels, violents et dangereux). 


34:40 mn - Question 5 – En quoi la galerie des personnages représentés permet-elle réalisme et nuance, notamment du point de vue de leur insertion ou de leurs aspirations professionnelles. 


Dans une variété de milieux professionnels et dans la diversité des réussites professionnelles (ou d’échec), avec réalisme, nuance et humour. La vie de bureau, les choix de carrière, les revers sont des sources pour le scénario et pour le comique, la thématique de la série (Insecure, le manque de confiance) restant centrale. Le racisme dans la vie professionnelle fait également l’objet de scènes récurrentes, non sans humour, notamment concernant la bienveillance des collègues ou supérieurs blancs des personnages. 


40:30 mn - Cependant la menace d’un déclassement social reste très présente pour tous ces personnages, diplômés de grandes universités (Stanford, Georgetown, Howard) ou reconnus dans leur métier (Daniel). La série rappelle leurs origines modestes et les personnages connaissent des périodes de chômage, rencontrent des difficultés pour se loger dans certains quartiers de Los Angeles, en pleine gentrification.



42:30 mn- Question 6 – Comment la série Insecure s’ancre-t-elle dans la ville de Los Angeles ?


La ville de Los Angeles est le décor significatif de la série Insecure. Les quartiers populaires et de la classe moyenne africaine américaine y sont le cadre de vie et de travail des personnages. 

Le travail sur la bande son de la série vise également à donner une visibilité à des artistes noirs de Los Angeles, notamment à des femmes. 

La cartographie de la ville passe par Inglewood et Crenshaw et évoque la gentrification qui s’y produit, poussant les classes populaires et communautés de couleur en dehors de leurs quartiers historiques. La série s’arrête aussi sur les quartiers noirs plus opulents de Los Angeles, comme Baldwin Hills. 



51:30 mn- Question 7 – La ville de Los Angeles est souvent représentée comme violente, qu’en est-il dans Insecure ?


La série privilégie la vie de quartier et donc un aspect moins fréquemment que le Los Angeles de films donnant à voir les violences urbaines ou les phénomènes de gangs ou d’événements historiques comme les émeutes de 1992. 


56:30 - Question 8- Est-ce que la fragilité des personnages et communautés de couleur est nuancée par la réussite d’Issa Rae et de la série ? 


On aborde ici la question de la médiation avec la prise de contrôle artistique et médiatique. 

La créatrice et actrice principale prend donc le contrôle du discours sur la génération des Africains Américains qui arrivent à la trentaine, le contrôle sur les représentations et elle symbolise ainsi l’agentivité dont on parle en histoire africaine américaine.


1h02 – La culture populaire noire est aussi abordée grâce au dispositif de la « série dans la série », mise en abîme qui permet aux personnages des commentaires sur les représentations médiatiques. 


1h06 – L’autre dispositif, « du miroir », permet au personnage d’Issa, vulnérable et peu sûre d’elle, de se transformer en figure de « trickster » (« le bouffon », voir Henry Louis Gates), de parler crument et reconquérir une forme de pouvoir, d’abord verbal. Cette tradition est une forme de résistance culturelle africaine américaine où humour et outrance permettent d’exprimer ce qui est par ailleurs interdit ou réprimé. 

Bibliographie sélective


CHARTIER, Roger, L’ordre des livres: lecteurs, auteurs, bibliothèques en Europe entre XIVe et XVIIIe siècle, Aix-en-Provence, Alinea, 1992, 118; 8 p.

DAVIS, Angela, Women, Race and Class, New York, Random House, 1981, 271 p.

DIAMOND, Andrew J. et MINONZIO, Jérôme, « Incarcération de masse et démobilisation politique chez les Afro-Américains », Informations sociales, vol. 177 / 3, , p. 86 94.

DU BOIS, W.E.B., The Problem of the Color Line at the Turn of the Twentieth Century: the Essential Early Essays, New York, Fordham University Press, 2015, 370 p.

GATES, Henry Louis, The Signifying Monkey: A Theory of African-American Literary Criticism, New York, Oxford, Oxford University Press, 1988, xxviii+290 p.

GORDON-REED, Annette, The Hemingses of Monticello: An American Family, New York, Norton, 2008, 798 p.

HILL COLLINS, Patricia, Black Sexual Politics: African Americans, Gender, and the New Racism, New York, Routledge, 2004, ix+374 p.

HOOKS, Bell, Ain’t I a woman: Black women and Feminism, New York (N.Y.), Routledge, 2015, xiv+205 p.

HOOKS, bell et WEST, Cornel R., Breaking Bread: Insurgent Black Intellectual Life, Boston, South End Press, 1991, 174 p.

KALIFA, Dominique, « Les Embarras de l’historien », Belphégor. Littérature populaire et culture médiatique, Dalhousie University, décembre 2020, [En ligne : https://journals.openedition.org/belphegor/3346].

LEVINE, Lawrence W., Black Culture and Black Consciousness: Afro-American Folk Thought from Slavery to Freedom, New York, Oxford university press, 1977, xx+522 p.

LEVINE, Lawrence W., Highbrow/Lowbrow: The Emergence of Cultural Hierarchy in America, Cambridge, Mass., Harvard University Press, 1988.

MOLLIER, Jean-Yves, La lecture et ses publics à l’époque contemporaine: essais d’histoire culturelle, Paris, Presses universitaires de France, 2001, 186 p.

MORRISON, Toni Éditeur scientifique Préfacier, Birth of a Nation’hood: Gaze, Script, and Spectacle in the O.J. Simpson Case, éd. Claudia Brodsky, New York, Pantheon Books, 1997, xxviii+418 p.

POIRRIER, Philippe, « L’histoire culturelle en France. Une histoire sociale des représentations ». L’Histoire culturelle: un ” tournant mondial ” dans l’historiographie?, EUD, pp.27-39, 2008 https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00594984/document 

Pour une histoire culturelle, éds. Jean-Pierre Rioux et Jean-François Sirinelli, Paris, France, Éd. du Seuil, 1997, 455 p.

WASHINGTON, Booker T., Up from slavery, Oxford, Oxford University Press, 1995, xxvii+196 p.


Gustave de Beaumont. Marie ou l’esclavage aux États-Unis, Portrait de mœurs américaines (1835). Édition critique, introduction et postface par Laurence Cossu-Beaumont. Paris : Aux Forges de Vulcain, 2014. Recension :https://journals.openedition.org/erea/4537


Laurence Cossu-Beaumont et Jean Kempf, dir. « Histoire culturelle. Approches transatlantiques ». Revue Française d’Études Américaines n°155, 2018/2. (Introduction de L. Cossu-Beaumont, p. 3-18). www.cairn.info/revue-francaise-d-etudes-americaines-2018-2-page-3.htm


Laurence Cossu-Beaumont. « Wright, Paris Noir and Transatlantic Networks : A Book History Perspective ». In Cambridge Companion to Richard Wright, dirigé par Glenda Carpio. Cambridge, Massachusetts : Cambridge University Press, 2019, p. 139-151.


Laurence Cossu-Beaumont. « L’agence littéraire Bradley ou le livre au service de l’histoire : nouvelles perspectives de recherche ». Revue Française d’Études Américaines n°164, 2020/3. www.cairn.info/revue-francaise-d-etudes-americaines-2020-3-page-115.html


Laurence Cossu-Beaumont. « The Literary Mainstream : Story Magazine and the Book-of-the-Month Club. A Book History Perspective ». In Richard Wright in Context, dirigé par Michael Nowlin. Cambridge, Massachusetts : Cambridge University Press, 2021.

 

148 YASUKE

avec Soizic Croguennec

 
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Soizic Croguennec

Soizic Croguennec est actuellement maître de conférences en Histoire Moderne à l’Université de Guyane, en délégation EFE auprès de la Casa de Velázquez (2021-2022). Après avoir soutenu sa thèse à l’Université de Toulouse 2 en 2011, elle a publié ses travaux en 2015 sous le titre Sociétés minières et monde métis. Le Centre-Nord de la Nouvelle-Espagne au XVIIIe siècle. Membre de l’EHEHI en 2009-2011 puis 2016-2017, elle se concentre sur la Nouvelle-Espagne ainsi que la Louisiane espagnole au XVIIIe siècle. Le fonctionnement des sociétés multiculturelles et des régions de confins, les constructions identitaires et les circulations sont au cœur de ses travaux. Parmi ses publications, on peut citer : « Uno no se puede burlar de cualquier persona: espectáculo en la calle y relaciones sociales en Sombrerete (siglo 18) » (Nuevo Mundo. Mundos Nuevos, 2017), « Rendre la justice en Louisiane espagnole (1763-1803) : aménagements, improvisations et instrumentalisations » (Caravelle, 2019), « Aprovechar la más ínfima oportunidad: las estrategias de los esclavos zacatecanos durante la primera mitad del siglo XVIII » dans J. C. Ruiz Guadalajara y R. Castañeda (coord.), Africanos y Afrodescendientes en la América Hispánica Septentrional, San Luis Potosí, 2020.

 

résumé épisode 148

Yasuke, tentative de contextualisation

Le Japon à la fin du XVIe siècle

Ère Sengoku  des royaumes combattants (mi XVe – début XVIIe)

Ôda Nobunaga (1534-1582) renverse shogunat Ashikaga en 1573 et s’impose à la tête du Japon

  • Conquête de Honshû

  • Répression de la secte Ikkô (1574-1580)

  • Installation d’un cour au château de Azuchi : centre politique, religieux (temples-mères bouddhiques, séminaire jésuite), culturel (théâtre Nô), mise en scène du pouvoir à travers architecture baroque

Intérêt pour le monde au-delà du Japon

  • Proche du père jésuite Luis Fróis

  • Projet de monarchie universelle (invasion de la Corée)

  • Prend Yasuke à son service

Trahi par Akechi Mitsuhide lors de l’incident de Honnô-ji. Se donne la mort par seppuku (1582)

Portugais et Jésuites au Japon

Otomo Sorin, roi de Bungo, accueille Portugais sur l’île de Kyushu

  • Rencontre François Xavier

  • Port de Funai ouvert au commerce

  • Fondation du premier hôpital européen occidental à Funai

  • Se fait baptiser en 1578

  • Obtient canons et poudre de Macao

Omura Sumitada, roi d’Omura (Nagasaki)

  • Offre le port de Nagasaki aux Jésuites (1568-71)

  • Baptisé en 1574

  • Expulse sujets non chrétiens

Mobilisation des ressources militaires obtenues des Portugais lors de la bataille d’Okitanawate (1584)  participation daimyôs chrétiens, Indiens et Africains

Art Nanban (nanban-ji = barbares du sud) rend compte de ces rencontres  Portugais représentés de manières comique (insistance sur détails des costumes  fraise, pantalons bouffants, intérêt manifeste pour esclaves qui accompagnent Portugais et Jésuites)

Yasuke, d’esclave à serviteur de Nobunaga

Apparaît dans sources japonaises comme jésuites

Esclave originaire soit du Mozambique, soit Sud-Soudan / Ethiopie

1579 : arrivée au Japon, comme esclave du jésuite Alessandro Valignano

1581 : voyage avec le père Fróis

Dans sa chronique, Matsudata Ietada insiste sur sa taille et la couleur de sa peau.

Rencontre avec Nobunaga documentée dans la Chronique du seigneur Nobunaga :

« Le 23 mars 1581, un serviteur noir est venu des pays chrétiens. L’homme était en bonne santé avec de bonnes manières et Nobunaga loua sa force. Le neveu de Nobunaga lui donna une somme d’argent lors de la première rencontre. »

1581 : entre au service de Nobunaga

1582 : capturé par Akechi Mitsuhide après mort de Nobunaga  remis à l’Eglise ? Pas condamné à se faire seppuku car pas Japonais. Disparaît des sources.

Yasuke dans la culture populaire

… au Japon

Kurusu, Yoshio ; Mita, Genjirô (1968). Kurosuke.

  • Livre pour enfants

  • Kuroi = noir

Endô, Shûsaku (1971). Kuronbô.

  • Roman satirique

Amano, Sumiki (2008). Momoyama beat Tribe.

Personnage secondaire récurrent dans mangas / animes / romans, soit en tant que Yasuke (entre autres, Nobunaga o Koroshita Otoko par Akechi Kenzaburô et Yutaka Tôdô) soit en tant que figure du « samouraï noir » (Kaname Tôsen dans la série Bleach par Tite Kubo)

Inspire peut-être la série Afro Samurai par Takashi Okazaki

… en Occident

Projet d’un film Black Samurai en 2017  repris en 2019 sous le titre Yasuke. Chadwick Boseman devait interpréter le personnage de Yasuke avant sa mort en 2020 = impact culturel de son rôle dans Black Panther (2018)

Différents projets développés à Hollywood

Yasuke comme protagoniste de la trilogie de Joao Paulo Oliveira e Costa (Universidade Nova – CHAM) : Le Samourai Noir (2017), Shogun (2019), La Dame au Kimono Blanc (2019).

Série Netflix en 2021

Une série hybride

Deux fils narratifs

L’histoire de Yasuke telle qu’elle est connue, avec des aménagements :

  • Rencontre avec Nobunaga = Yasuke esclave d’un marchand (costumes qui rappellent l’art nanban)

  • Introduction d’un personnage féminin / love interest sans l’être, un samouraï féminin (qui transgresse les codes traditionnels)

  • Jésuites ont totalement disparu de l’entourage de Nobunaga

  • Insistance sur le trouble provoqué par l’entrée de Yasuke au service de Nobunaga  Akechi Mitsuhide ne cesse de le renvoyer à sa condition servile et refuse tout ce qui vient bousculer les traditions.

L’histoire de Yasuke après la mort de Nobunaga

  • Réfugié dans village au fin fond du Japon, loin de la cour

  • Sort de sa retraite pour accompagner Saki et sa mère pour rencontrer le docteur Morisuke, seul capable de soigner Saki de son mal mystèrieux  motif de la pérégrination du Yojimbo, du garde du corps qui sillonne les routes avec enfant (influence proclamée de Lone Wolf and Cub, mais on peut aussi voir influence d’un anime qui mélange Japon ancien et magie, Seirei no Moribito).

  • Poursuivis par prêtre et mercenaires à sa solde. Prêtre veut s’approprier pouvoirs de Saki. Mercenaires = mélange détonant de robot, « ours-garou » russe et shaman (sic) africain…

  • Echappent au prêtre, trouvent Morisuke et se confrontent au daimyô, sorcière maléfique qui a renversé Nobunaga et qui veut (aussi) s’approprier les pouvoirs de Saki.

Un anime américain…

Créé par LeSean Thomas  animateur US, passé par le Japon et la Corée du Sud

Produit par Matthew Shattuck

Studio MAPPA

Musique par Flying Lotus (également producteur) : bande son électro – hip- hop – percussions afro / jap. Assez réminiscent de Samurai Champloo…

Voix d’abord pensées en anglais (sur Netflix  voix originales sont les voix anglaises).

  • Vlté de représentation

  • Acteurs d’origine asiatique pour les persos comme Morisuke (Paul Nakauchi), Ichimaru (Ming Na Wen) / acteur noir-américain pour Yasuke (LaKeith Stanfield)

Une série pour le public US  best of des topoï de l’animation japonaise (magie, combats au sabre sanglants, mecha, kaiju

Souligner fascination chez les Noir Américains pour pop culture japonaise (samouraïs, mangas, animes) mais rapport rendu difficile par le manque ressenti de représentation

  • Pas assez de persos noirs

  • Volonté de produire un anime, mais à leur manière  enjeux autour des animateurs noirs dans le monde de l’animation

… renvoyant à des pbatiques américaines et contemporaines

Créateurs parlent eux-mêmes d’un « cheval de Troie »

Ep 3 : le lynchage de Yasuke

  • Abraham capture Yasuke à la fin de l’ép 2

  • Le traîne devant la foule du village et l’accuse du meurtre d’Ichika, la mère de Saki / Yasuke renvoyé à son statut d’étranger, à une supposée bestialité / Foule commence à jeter des pierres

  • Allusion transparente à l’histoire US du lynchage d’hommes noirs pour l’agression de femmes blanches, instrumentalisation que l’on retrouve à la racine de faits divers présents (femme de Central Park en 2020).

  • Abraham est celui qui attise et instrumentalise une foule codée ici comme « blanche »

Ep 4 : « un mort méritée pour n’importe quel prêtre »

  • Allusion à persécutions de Hideyoshi puis Ieyasu Tokugawa ? Présence d’une église en ruine

  • Daimyô remplace Hideyoshi et Tokugawa ds le récit, remarque de son lieutenant reflète ce mouvement de persécutions ?

  • Abraham (antagoniste intermédiaire) présenté comme le mal absolu derrière des habits de prêtres, discours intolérant, de domination  discours du rejet présent du rôle de l’Eglise ds le processus colonial ? Intéressant de noter que les Jésuites ont disparu de l’entourage de Nobunaga…

La peau de Yasuke

  • Définit Yasuke

  • Mitsuhide le rappelle en permanence : toujours un esclave, quelle que soit l’armure qu’il porte

  • Reflète discours sur la tache de l’esclavage  mancha de la esclavitud en Am ibérique, single drop of blood dans la culture US

  • Homme noir toujours renvoyé à couleur de sa peau, malgré talents et accomplissements : sujet particulièrement sensible dans le contexte de Black Lives Matter et des faits divers

  • Lors du combat contre Abraham (ep 3) : image de Yasuke enchaîné, battu par homme blanc

Les cheveux de Yasuke

  • débats autour du cheveu « afro » aux US, et de plus en plus en Europe. 

  • Personnage qui s’étonne des locks de Yasuke lorsqu’il est encore Yassan le batelier.

  • Lorsqu’il redevient Yasuke, coiffure hybride, entre tradition japonaise et culture afro.


Bibliographie et sources

Etudes

Lockley, Thomas (2016). "The Story of Yasuke: Nobunaga's African Retainer". Ōmon Ronsō, Tokyo: Nihon Daigaku Hōgakubu.

Lockley, Thomas; Girard, Geoffrey (2019). African Samurai: the True Story of Yasuke, a Legendary Black Warrior in Feudal Japan.

Sources jésuites

Solier, François (1627). Histoire ecclésiastique des isles et royaumes du Japon.

Fróis, Luis (1581). Lettre de Luis Fróis à Lourenço Mexia, 1581.

Fróis, Luis (1582). Annual Report of the Jesuit Mission in Japan.

Sources japonaises

Matsudata, Ietada (1575-1594). Ietada Nikki.

Ôta, Gyûichi (1610), Shinchô Kôki / Chronique du seigneur Nobunaga.

 

149 Validé

avec Marine Parra

 
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Marine PARRA

Jeune chercheuse en langue et littérature française, j’ai préparé une thèse de doctorat, que je soutiendrai à l’université de Haute-Alsace (ED 520) le 10 décembre prochain, sous la direction de Gilles Polizzi et d’Anne Réach-Ngô, et qui est consacrée à la « Fortune des Jardins. Étude d'un patron éditorial (1500-1670) ».
J’enseigne actuellement à l’université Bretagne-Sud comme Attachée temporaire d’enseignement et de recherche dans un master métier du livre et de l’édition.
Mes recherches et mes centres d’intérêt m’ont conduite à me spécialiser sur les procédés d’intitulation et les stratégies éditoriales dans le commerce du livre au XVIe et XVIIe siècle. Au cours de ma thèse j’ai ainsi travaillé sur des recueils poétiques aux intitulés horticoles.
Les médias rapprochent régulièrement les rappeurs des poètes de la Pléiade — Pierre de Ronsard et Joachim Du Bellay en tête. Cette mise en perspective m’a rapidement questionnée à la fois en tant que chercheuse travaillant sur de la poésie renaissante, mais aussi comme auditrice de rap.

 

Résumé épisode 149

Les thématiques analysées dans l'émission : 


1. Construction du succès de la série

  • Lancement d’une série et d’un album en simultanée

  • Stratégie d’accréditation du rap

  • Montrer les coulisses (label, maisons de disque, contrats, etc.)

2. Mise en scène du rap à l’écran

  • Scènes de clash

  • Poésie (?) de performance

  • Les guest et imprégnations du rap français contemporain

3. L'identité

  • Références amérindiennes

  • Hatik / Clément / Apash (avec des clins d’œil à Tupac et Biggie)

  • Sujet de société / engagement du rap

4. Une saison 2 féministe ?

  • Personnage principal féminin (une rappeuse, une mère).

  • Même recette que la 1e saison

Sélection bibliographique des publications de Marine PARRA : 

  • « Trésor et Jardin de la Renaissance : une même stratégie éditoriale d’intitulation ? » co-rédigé avec Anne Réach-Ngô, Les Métaphores du livre à la Renaissance, Irène Salas et Marie-Claire Thomine (dir.), Genève, Droz, 2021, (à paraître).

  • « La scénographie du Jardin de Plaisance d’Antoine Vérard, modèle d’un nouveau format éditorial ? », Seizième Siècle, no 14,
 2018, p. 191-209.

  • [annonce] « Jardiner en chantant : le mètre et le cordeau dans la poésie renaissante », invitation au colloque le Rythme : rythmes de l’homme, rythmes du monde organisé à la Fondation des Treilles au printemps 2022.


Autres travaux : Id Hal : 739001



Références utilisées dans l'émission : 

 

150 The body collector

avec Delphine Barré

 
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Delphine BARRE

Dephine Barré est coordinatrice des activités pédagogiques au Mémorial de la Shoah. Elle est ausssi doctorante à l'Université Paris Ouest Nanterre et en cotutelle avec l'Université Ben Gourion du Néguev (Israël), ses recherches portent sur les trajectoires et engagements des femmes Juives à Paris pendant la Seconde Guerre Mondiale et la Shoah. Elle a publié deux articles en 2019, et elle intervient régulièrement lors de colloques scientifiques en France et à l'étranger. Elle est aussi assistante de recherche à l'Université de Princeton.

 

résumé épisode 150

Résumé : le journaliste néerlandais Hans Knoop enquête sur un ancien criminel de guerre nazi Pieter Menten, marchand d’art et accusé d’avoir participé à l’assassinat d’une vingtaine de Juifs en juillet 1941 dans le village polonais de Podhoroce.
Cette affaire, qui fit trembler les Pays-Bas en 1976, de par les révélation d’un journal de De Telegraf, qui exhuma cette affaire et posa de nouveau dans son pays la question du jugement des anciens nazis mais aussi de ceux qui avaient collaboré.

-> pose la question de la responsabilité individuelle, mais aussi des gouvernements d’après-guerre dans le processus de dénazification
-> met en lumière la spoliation des biens Juifs pendant la Shoah, à l’échelle de l’Europe, et l’enrichissement des personnes, d’entreprises ou d’institutions (comme les musées).

-> Mémoire de la Shoah aux Pays Bas : si de nombreux citoyens néerlandais ont pu sauver des Juifs – la Hollande présente 5 600 Justes parmi les Nations, ce qui en fait le deuxième pays en termes de décompte – l’état a longtemps fermé les yeux sur sa collaboration avec l’armée allemande, qui a mené au meurtre de 75 % de la communauté juive hollandaise.

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I) Le cas Peter Menten :

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Pieter Menten s’installe en en Pologne dans les années 1920, pour y faire des affaires avec, notamment, de nombreux associés juifs. Perdant tous ses biens là-bas lors de l’invasion de l’est du pays par les Russes en 1939, il les a regagnés lorsque les Nazis se sont emparés du territoire en 1941. Installé à Cracovie et gérant les affaires d’un entrepreneur néelandais, Menten a, à cette époque, aussi tissé des liens d’amitié avec les forces d’occupation allemandes, pourchassant ses anciens associés et les assassinant, comme le révéla plus tard Knoop.

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Puis Menten a transféré son butin de guerre aux Pays-Bas, où, après la Seconde Guerre mondiale, il a été condamné à plusieurs mois de prison, reconnu coupable de “collusion avec l’ennemi” en raison des liens qu’il avait tissés avec les officiers nazis. Déjà en 1949, le tribunal d'Amsterdam avait condamné M. Menten à huit mois de prison pour collaboration avec l'ennemi et coupable du meurtre collectif de 20 ou 30 personnes, principalement juives, dans le village polonais de Podhorodze en juillet 1941. Officiellement du moins, rien n'était connu à cette époque de sa participation aux crimes commis en Pologne. C'est au début des années 50 que les accusations et des demandes d'extradition émanant d'Israël et de Pologne commencèrent à parvenir aux autorités judiciaires néerlandaises, sans que celles-ci jugent nécessaire d'ouvrir une enquête.

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Le trafiquant d’art multi-millionnaire parvint toujours à échapper à de plus lourdes charges en diffamant ses accusateurs, mais fut malgré tout ultérieurement rattrapé par son passé après avoir tenté de mettre aux enchères des oeuvres volées.
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Knoop, alors le rédacteur en chef d’un hebdomadaire à moyen tirage, propriété du quotidien Telegraaf, s’est mis en quête de témoignages qui avaient été rassemblés en Israël par Haviv Cnaan, un journaliste du quotidien Haaretz aujourd’hui décédé, dont la famille avait figuré parmi les victimes de Menten. L’affaire avait été signalée à Knoop par des personnes qui, avaient-elles confié, avaient vu leurs carrières détruites par Menten lorsqu’elles avaient menacé de le dénoncer. Il devait comprendre bientôt la justesse de leur affirmation.

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Ainsi, Knoop a été obligé de quitter le quotidien Telegraaf peu après la publication de son enquête. Harcelé par les avocats, les partisans de Menten et même par des journalistes, Knoop reconnaît que cette enquête a effectivement mis fin à sa carrière de journaliste, travaillant dans un pays considéré par un grand nombre comme n’ayant pas encore tout à fait admis sa responsabilité dans la collaboration avec le régime nazi pendant la 2e GM.

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II) La question des procès d’après guerre et les enjeux de la justice dans la reconnaissance et la transmission de l’histoire de la Shoah
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A évoquer comme exemples :

-> exemple de Simon Wiesenthal
-> exemple du film Le labyrinthe du silence + The reader

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Après les procès de Nuremberg, institués par les accords de Londres du 8 août 1945, tant dans leur forme que dans leur jurisprudence, d’autres procès furent organisés au sein des différentes zones administrées dans le territoire allemand, demeurant aujourd’hui encore mal connus, tant la symbolique de Nuremberg et son précédent juridique furent immense.

En décembre 1945, le Conseil de contrôle allié a donné aux tribunaux allemands l’autorité légale de poursuivre les crimes nazis commis contre des citoyens allemands, mais ils devaient suivre les dispositions alliées. Ce n’est qu’après la création des deux États allemands en 1949 que les tribunaux allemands ont été libérés de la supervision des alliés. Délaissant la catégorie juridique des crimes contre l’humanité, établie par les procès de Nuremberg, ils pouvaient désormais appliquer le droit pénal allemand ordinaire, qui était mal équipé pour juger les assassinats de masse organisés par l’État.


Des procès liés à des sites concentrationnaires (comme Bergen Belsen dès 1945, Ravensbrück en 1946 et les premiers procès d’Auschwitz en 1947) et à leurs personnels furent organisés, dans la perspective plus large de la dénazification de l’Allemagne et de sa reconstruction. Cependant, la Shoah ne fut jamais au cœur de ces différentes juridictions, et la spécificité du génocide des Juifs peu comprise et entendue à l’époque.

Après la Seconde Guerre mondiale, plus de 5000 individus furent jugés et condamnées pour leur participation à des degrés divers à l’entreprise nazie. Moins de 800 furent condamnés à la peine capitale, et seulement 500 furent réellement exécutées. La Guerre Froide marquera un net ralentissement dans à l’organisation de ces tribunaux et procès, qui deviendront dès lors moins visibles dans l’espace public et les enjeux des sociétés d’après-guerre.

La situation commence à évoluer en Allemagne de l’Ouest à la suite de plusieurs scandales révélant que d’anciens nazis occupaient des postes importants en République Fédérale Allemande (RFA). Au fil des années 1950, plusieurs nouveaux procès ont mis en lumière les horreurs et l’ampleur des atrocités nazies. En octobre 1958, l’Office central d’enquête sur les crimes violents du national- socialisme a été mis en place par le ministère de la Justice, ce qui a entraîné une augmentation rapide du nombre d’enquêtes.

Il fallut attendre le procès d’Eichmann à Jérusalem en 1961 pour qu’enfin s’ouvre ce que l’historienne Annette Wierviorka a appelé « l’Ere du témoin », amorçant un tournant dans la compréhension de la Shoah, grâce à la parole et aux témoignages des 111 victimes qui furent entendues à la barre du tribunal. Voulu par David Ben Gourion, alors premier ministre du jeune état d’Israël, afin d’en faire le « Nuremberg du peuple juif », le procès fut fut retransmis dans les télévisions du monde entier. Jugé pour 15 chefs d’accusation, dont crime contre l’humanité, crime de guerre, et crime contre le peuple juif, la figure d’Eichmann et son jugement furent aussi l’objet d’intenses débats, amorçant une réflexion sur la « banalité du mal », définie par Hannah Arendt, et les notions de connaissance, participation et de responsabilité des acteurs durant un génocide.

Les procès furent tous des éléments de reconstruction politique et morale des sociétés d’après- guerre, par les différents enjeux qu’ils soulèvent : dimension explicative de l’histoire, dimension pédagogique, dimension commémorative, dimension politique et morale, dimension géopolitique.

Mais en vertu de la législation allemande, l’assassinat est soumis à un délai de prescription de 20 ans, ce qui signifie que les poursuites ne peuvent être engagées contre les coupables si 20 ans ou plus se sont écoulés depuis leur crime. Ce délai a été porté à 30 ans en 1969, puis aboli en 1979.

III) Et aujourd’hui ?

-> exemple du procès de Josef Schütz. Son procès s’est ouvert jeudi 7 octobre 2021 à Brandebourg- sur-la-Havel, en Allemagne. Josef Schütz, 100 ans, est le plus vieil accusé de crimes nazis. Ancien caporal-chef de la division Tête de mort des Waffen-SS, il a été gardien au camp de concentration de Sachsenhausen, de 1942 à 1945, selon le parquet. Il est jugé pour avoir contribué à la mort de 3 518 déportés.

Cas aussi du procès d’Irmgard Furchner, 96 ans, ancienne secrétaire du camp de concentration de Stutthof, devait commencer le mois dernier, mais a été brièvement retardé, la nonagénaire s’étant enfuie de sa maison de retraite, avant d’être retrouvée. Parmi les autres cas récents, citons John Demjanjuk, 89 ans, en 2009 ; Oscar Gröning, surnommé le « comptable d’Auschwitz », 93 ans, en 2015 ; Johann Rehbogen, 93 ans, en 2018 (son procès a été abandonné parce qu’il a été jugé « définitivement inapte à être jugé » du fait de son état de santé très dégradé) ; et Bruno Dey, 93 ans, en 2019.

Fait sans précédent, lors du 2e procès Demjanjuk, ancien gardien de Sobibór, en 2011, les procureurs ont fait valoir que le fait de travailler comme gardien dans un camp dont le seul but était l’extermination de ses prisonniers était suffisant pour être condamné pour complicité d’assassinat. La Cour de Munich a accepté cet argument, créant un important précédent juridique. Désormais, toute personne ayant joué un rôle dans le fonctionnement de la machine de mort peut être jugée. Ce principe, qui a ensuite été étendu aux camps de concentration, est beaucoup plus adapté à la manière dont les crimes ont été commis dans les camps de la mort nazis, où il est souvent impossible d’attribuer à une personne spécifique la participation directe aux meurtres. S’il avait été appliqué plus tôt, il aurait été possible de déclencher des poursuites contre beaucoup plus de gardiens de camps de concentration.

Huit autres dossiers d'anciens SS sont par ailleurs actuellement examinés par différents parquets allemands.

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Bibliographie indicative :

- Le Monde juif, revue du CDJC, n°156, janvier 1996 : La mémoire, le procès et le crime

- Revue d'histoire de la Shoah, revue du CDJC, n°160, mai 1997 : 1946-1996. Le procès des médecins à Nuremberg

  • -  Kessel Joseph, Jugements derniers. Les procès Pétain, de Nuremberg et d’Eichmann, Paris, Tallandier, 2018.

  • -  Poliakov Léon, Le Procès de Jérusalem, Calmann-Lévy, 1999 (1° éd. 1963)

  • -  Sands Philippe, Retour à Lemberg, Paris, Poche, 2019.

  • -  Wieviorka Annette, 1961.Le Procès Eichmann, éd. Complexe, 1989

  • -  Wierviorka Annette, Le procès de Nuremberg, Paris, Liana Levi, 2017

  • -  Wierviorka Annette, L’ère du témoin, Paris, Fayard/Pluriel, 2013

 

151 SELF MADE

avec Clémentine Tholas

 
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Clémentine THOLAS

Clémentine Tholas est maîtresse de conférences à l’Université Sorbonne Nouvelle en histoire et civilisation nord-américaine. Elle est spécialiste de cinéma muet aux Etats-Unis et de son impact culturel national et international sur la société des années 1910 et 1920. Elle a notamment travaillé sur les films de guerre et sur le pouvoir de certaines actrices (Pickford, Normand) dans une industrie du film en formation. Elle a publié des ouvrages et articles en France et aux Etats-Unis, dont Humor, Entertainment and Popular Culture during World War One (Palgrave Macmillan, 2015) et New Perspectives on the War Film (Palgrave Macmillan, 2019). Elle porte actuellement avec des collègues de Lille et de Créteil, ainsi que des associations étudiantes et culturelles, la production d’un documentaire de prévention,  Briser le silence des amphis : harcèlement, violences sexuelles et sexistes à l’université (2022).

 

résumé épisode 151

I / Madam C. J. Walker : Icône africaine américaine?

- création d'un personnage public et d'une narration personnelle "From washtub to boardroom" / construction d'un récit édifiant

- un nouveau visage pour la femme noire américaine

- Octavia Spencer face aux stéréotypes des femme noires à l'écran


II/ La Grande Migration

- rappels historiques

- représentations de la Grande Migration dans la culture visuelle et populaire

- Mise en avant d'une autre période historique dans la mémoire collective des Africains Américains


III/ Les transformations socio-économiques et culturels pour les noirs dans les années 1910

- rappel sur la ségrégation raciale au tournant du siècle

- embourgeoisement d'une partie de la population noire

- le débat politique entre Booker T. Washington et W.E.B Dubois sur les moyens pour les noirs de s'élever socialement

- l'expression d'une nouvelle fierté raciale


IV/ Les cheveux et la couleur de peau chez les Africaines Américaines

- conflit entre les standards de beauté eurocentrés et les attributs de beauté des noires américaines

- Place des produits Madame C.J Walker dans une tentative d'auto-définition

- Self-made comme une revendication du "black is beautiful"? 


Bibliographie sélective :

Erica Ball, Madam C.J. Walker : The Making of an American Icon, Lanham, MA: Rowman and Littefield, 2021.

Nina Cartier, “Black Women on Screen as Future Texts: A New Look at Black Pop Culture Representations”, Cinema JournalVol. 53 Number 4, Summer 2014.

Hélène Charlery, « HBO’s Black Women Artist Biopics: The Josephine Baker Story and Introducing Dorothy Dandridge », Revue LISA/LISA e-journal, vol. XIV-n°2, 2016.

Imani M. Cheers, The Evolution of Black Women in Television: Mammies, Matriarchs and mistresses, NY: Routledge, 2017.

Kelly Carter Jackson, “Is Viola Davis in it? Black Women Actors and the Single Stories of Historical Films”, Transition, number 114, 2014.

Nicole Jefferson Asher, “Self-Made: Inspired by the Life of Madam C.J. Walker”, The Public HistorianVol. 42 Number 4, November 2020.

Jacqueline Najuma Stewart, Migrating to the Movies: Cinema and the Black Urban Modernity, LA: University of California Press, 2005.

Brenda Randle, “I Am Not My Hair: African American Women and Their Struggles with Embracing Natural Hair.”  Race, Gender & Class, Vol. 22, No. 1-2, 2015. 

Robyn Wiegman, “Black Bodies / American Commodities: Gender, Race, and the Bourgeois Ideal in contemporary Film”, in Lester D. Friedman (ed.), Ethnicity and the American Cinema, Chicago: University of Illinois Press, 1991.

Ingrid-Penelope Wilson, Afiya M Mbilishaka, and Marva L Lewis. “‘White Folks Ain’t Got Hair Like Us’: African American Mother–Daughter Hair Stories and Racial Socialization.” Women, Gender, and Families of Color, Vol. 6 Number 2, Fall 2018.

 

152 Le CONSENTEMENT dans les séries

avec Mélanie JAOUL

 
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Mélanie JAOUL

Mélanie Jaoul est maîtresse de conférences en droit privé à l’université de Montpellier. Elle est rattachée au Laboratoire de droit privé au sein de la Faculté de droit et science politique de Montpellier. Elle est également chercheuse associée au CERMUD, un laboratoire au sein de l’Université Le Havre- Normandie. Dans le cadre de ses recherches et de ses engagements civils, elle s’intéresse à une appréhension des concepts juridiques au prisme du genre et du féminisme.

 

résumé épisode 152

1. La définition du consentement. Qu’est-ce que le consentement ?

Si l’on regarde dans un dictionnaire, le consentement est « Action de consentir*; résultat de cette action ». Nous voilà bien avancés. En réalité, la définition qu’en retiennent les juristes est une définition contractualiste, une définition inappropriée à la sphère personnelle et qui ignore en grande partie la polysémie du mot. 

Le consentement est appréhendé par le juriste par le prisme du contrat. Le consentement, c’est l’accord de deux ou plusieurs volontés en vue de créer des effets de droit ». Le consentement est alors a condition de la formation du contrat et doit, à ce titre être libre et éclairé. Le juriste a alors à cœur de veiller à son intégrité. 

Le consentement est alors dual puisque « c’est à la fois la volonté de chaque contractant et l’accord de leurs volontés ». On retrouve les éléments du début : le consentement vise à la fois l’action – le fait de vouloir s’engager dans une relation contractuelle - et le résultat – le contrat qui résulte de cette volonté et constitue un accord de volontés. 

Cette définition contractualiste est pertinente pour le droit des contrats mais est bien loin du concept du consentement en matière personnelle. Cette définition est alors insatisfaisante si l’on applique à la sphère personnelle : atteintes au corps, identité et domaine sexuels… 



2. L’évolution de l’appréhension de la question du consentement dans les séries. D’un non sujet à un sujet central à l’heure du post #metoo. 

Dans les années 80, les séries ne s’intéressent pas à l’aspect consentement, pas même au travers du viol… Les séries proposent souvent des héros masculins ultra virils comme Magnum qui évolue dans un univers dont les femmes, à l'exception de l'assistante du procureur, sont quasiment absentes sauf pour camper de jolies clientes dont il obtient immanquablement un baiser à la fin de l'épisode. On retrouve d’ailleurs la même mécanique dans un dessin animé tel que Nicky Larson/City Hunter ou encore le Kamé Sennin dans Dragon Ball par exemple (et dont on pourra reparler au regard de l’éducation au consentement.

La question du consentement apparaît vraiment dans les années 90 avec des séries comme Beverly Hills, Melrose place au travers des violences sexuelles et sexistes… Ainsi, dans la série Beverly Hills on aborde frontalement le consentement avec une réflexion sur le droit pour les filles de dire non à une relation sexuelle et la question du harcèlement notamment dans l’épisode « Contestation féminine (S4E11) mais aussi viol notamment dans l’épisode « Sur le qui-vive » (S9E25).

C’est probablement dans la série Dawson où la première réflexion sur le consentement est porté au travers du personnage de Pacey qui tour à tour va être engagé dans une relation avec sa professeure – qui pose la question du consentement impossible et pourtant pas du tout questionné à l’époque – et dans une relation avec Joey où il crée une vraie possibilité de refuser un baiser. On peut remarquer comme sur la question du consentement, la série était en avant mais il est totalement hallucinant – quand on la regarde en 2021 – de voir comme sa relation avec Tamara, sa professeure de littérature – thème assez récurrent dans les films et séries américaines – est presque traitée comme un non sujet… Si la série montre que la relation est interdite quand Tamara est poursuivie, le sujet est clos lorsque Pacey – qui a 15 ans rappelons-le dit qu’il a tout inventé… et la série joue encore sur le ressort de leur histoire d’amour en saison 2… 


Une autre série tire son épingle du jeu dans la thématique, c’est la série – Ô combien génialissime et féministe – Buffy contre les vampires qui interroge le désir et le consentement de Buffy Summers face au vampire Angel… et plus tard dans ses autres relations ou dans les relations qu’ont ses amis et notamment Willow. Fin des années 90, Ally Mc Beal, série progressiste pose la question du consentement comme sujet à part entière… Toutes ces séries sont très ancrées dans leur époque et notre regard – qui ne doit pas être anachronique – peut concevoir tout le chemin parcouru en termes de représentation du consentement et des violences. 

Les années 2000 ont figuré une continuité mais l’on peut noter quelques évolutions. On peut relever l’apparition en 2007 de la série Mad Men qui, au travers de sa critique de la société des années 60, questionne le consentement en filigrane en même temps que la place des femmes et du machisme de la société. On voit apparaître des séries avec des femmes fortes où la question du consentement se pose avec plus d’acuité et de manière peut-être moins caricaturale (comme dans The Good wife, The L world, The big bang theory ) quoique pas toujours (True Blood, Gossip Girl). Mais les années 2000, c’est aussi celles de How I met your mother et du personnage plus que border de Barney ou de Hank dansCalifornication… On constate que le point commun des personnages masculins à la masculinité caricaturale qui se veulent être une dénonciation sont aussi une forme de normalisation sous-jacente du discours souvent misogyne et de représentation de relations où le consentement n’est pas fondamentalement la question…

Années 2010, ère post #metoo, le consentement, objet omniprésent ? trop présent ? 


3. Quel consentement ? 


La notion de consentement est une notion dont la définition, en la matière, n’est pas si claire qu’il y paraît comme l’a démontré Manon Garcia dans son ouvrage sur la conversation des sexes où elle analyse le concept dans le cadre des relations sexuelles et met en lumière la polysémie du consentement.

Le droit reste relativement évasif et ne l’appréhende qu’en termes détournés. Pour schématiser, l’appréhension du consentement à la sexualité au travers de deux aspects :

  • D’abord, on l’appréhende au travers des libertés fondamentales : le droit de disposer de son corps et la protection du droit contre les atteintes à son intégrité… C’est le noli me tangere qui, au travers des articles 16 et suivants du Code civil permet à la personne de s’opposer à ce que l’on porte atteinte à son intégrité physique et morale. Mais c’est aussi la liberté de consentir à la sexualité telle qu’on l’entend et avec qui on l’entend au nom du principe à l’autonomie personnelle garantie par le droit français mais aussi le droit de la convention européenne.

  • Ensuite, on l’appréhende de manière « pathologique » je dirais au travers de sa négation totale que constitue le viol et plus largement toutes les agressions sexuelles et atteintes à la personne. En droit pénal, le consentement permet de faire la différence entre le sexe consenti et le viol ou l’agression sexuelle. Pour autant, s’il est le départiteur entre les deux situations, l’article 222-23 du Code pénal pas plus que ceux qui suivent ne parlent explicitement du consentement, ni n’en donnent de définition.

La définition n’est pas claire. Finalement, en la matière, si l’on ne sait pas réellement saisir ce qu’est le consentement et en apporter une définition pleinement satisfaisante, on saisit probablement mieux les situations où il fait défaut… 

La réponse ne peut pas être que juridique à dire vrai : elle est morale, philosophique comme le démontre Manon Garcia – je vous invite à la lire car je ne veux pas résumer sa pensée essentielle en la matière -, elle est aussi sociologique et historique car le temps dans lequel on vit et le milieu dans lequel on évolue ont un impact majeur sur l’appréhension du consentement. C’est cette diversité que les séries nous donnent à voir dans le temps.



3a. L’appréhension du consentement au contrat…

L’appréhension au travers du consentement à un élément en réalité non contractualisable au sens juridique.


La vision contractualiste va être développée au travers de séries évoquant le travail du sexe et encore le plus souvent, la série ne met pas réellement le consentement au centre quand il est pourtant un élément fondateur… Le travail du sexe a ainsi la part belle dans certaines series : 


Je pense au BDSM avec la série Bonding, le fait d’être call girl avec The girlfriend experience ou actrice porno avec une série comme The Deuce… pire, le consentement à mourir que ce soit le contrat signé par les joueurs de Squid Game que dans Ally Mc Beal, où le consentement est abordé au travers de la demande d’un père de se voir accorder le droit au suicide assisté dans le but de sauver la vie de sa fille.

La série Bonding (saison 1), nous offre un regard sur le consentement notamment dans le monde codifié du BDSM (Bondage, Domination/soumission, Sadomasochisme). La pratique BDSM repose sur un contrat – de nature morale et non juridique – entre la personne Dominante et la personne soumise. Ainsi, contrairement à ce que laisse accroire la série, une séance de BDSM ne s’improvise pas et les règles de sécurité sont indispensables. En outre, sur le consentement, l’héroïne outrepasse le consentement de Peter et lui impose des choses. 

Les séries évoquant de vrais contrats qui pourraient être envisagés vont l’être généralement sur des aspects impossibles ou le survole quand il est le fondement même de l’action. On peut invoquer notamment la question du contrat médical comme dans des séries comme Nip.Tuck - où le consentement est quasi anecdotique pour des actes qui le requièrent et sont tout sauf anodins. Et que dire de la série Doctor House où le médecin est carrément un drogué jouant à la roulette russe avec ses patients, les soumettant à des traitements au hasard pour, à la fin, comme par miracle trouver le bon diagnostic. A aucun moment, quasiment il ne s’enquiert du consentement du patient, ni ne satisfait à ses obligations en termes de devoir d’information (CSP, art. L.1111-1 et s. du CSP ; article 36 du code de déontologie médicale).


C’est aussi le cas, dans la série Law and Order version UK quand un épisode se consacre au cas d’un gynécologue accusé d'agression sexuelle ou dans la même série Law and Order version US lorsqu’une gynécologue stérilise de force et sans les en informer des femmes qu’elles jugent indignes d’être mères.


Dans la série française Dix pour cent, le contrat est au cœur puisque le titre est lié à la rémunération que les agents d’acteurs négocient dans le contrat qu’ils ont avec leurs « talents ». On peut noter un épisode passionnant avec Virginie Effira et Ramzy sur le consentement et les manœuvres dans le contrat qui ne sont pas sans inspirer un dol et une opération occulte. 

Le consentement comme contrat est anecdotique.


3b. La question du consentement est alors en réalité bien plus posée à l’égard de la sexualité.


Sur ce point de nombreuses séries l’abordent incidemment quand d’autres, il est vrai plus récentes en font l’objet principal ou une des problématiques fortes de la série. Evidemment, on ne parle pas des séries policières consacrés aux crimes voire plus spécialement aux crimes sexuels (avec une évolution de la pensée notamment de NY Unité spéciale où la thématique du viol est centrale tant par les affaires que par l’histoire personnelle de l’héroïne fruit d’un viol).

Les questions vont du consentement à l’acte au non consentement avec toutes les nuances d’expression du consentement. Le viol qui est abordé sous différents aspects : dans le monde professionnel, dans le cadre du couple, l’agression sexuelle…et de nombreuses séries viennent aborder ses questions de manière plus ou moins adéquates et directes. 


Le sujet du consentement est parfois posé dans le cadre d’un rapport libre comme dans HYMYM, Normal People, Sex education, Oullander, Dawson… qui peut aller jusqu’au viol avec par exemple la scène du viol conjugal dans Les Chroniques de Bridgerton sur la


La série Sex education pose une approche positive… le héros est terrifié par le fait de ne pas respecter le consentement de sa petite amie… questionnement repris dans Normal People (S1E2). L’agression sexuelle et la représentation du ressenti de la victime montre toute le chemin parcouru notamment avec la scène du bus avec Aimée (S2E7).

Si l’on regarde une série comme Ally Mc Beal, pourtant novatrice en 1997 sur le sujet, les temps ont clairement changé. Si l’on prend le personnage de Richard Fish, sciemment exagéré, qui à longueur d’épisode enchaîne les blagues et propos sexistes, grossophobes, homophobes, transphobes et validistes avant de clore le débat par son éternel « Passons ! »… aujourd’hui, ça ne passerait pas. Sur le consentement, il y a un impensé avec son kink pour le fanon des femmes, peau qui pend sous le menton qu’il caresse le plus souvent à l'insu des femmes dont le cou est exposé, pose la question du consentement puisqu’elles sont pour lui un geste sexuel et de ce fait, inacceptables (ce que lui font remarquer certains membres du cabinet).

Dans l’épisode « Guerre civile » (S2E17), la question du consentement se pose de manière surprenante avec une accusation de viol par ruse… La plainte a été retirée par Paula… cette affaire n’est pas sans rappeler l’affaire qui a défrayé la chronique récemment sur le viol par surprise qui a conduit à une peine de 8 années. On peut aussi invoquer la figure de l’impénitent séducteur de Barney dans How I met your mother qui met en place « techniques » afin de réussir le but ultime de sa vie : coucher avec les femmes. La plupart de ces techniques sont problématiques allant du simple « dol » viciant le consentement à l’agression sexuelle (Naked Man, Lorenzo Von Matterhorn, « Don't drink that ! »). On retrouve le même type de personnage avec Joey Tribiani dans friends pour qui tous les coups sont permis afin d’atteindre son but : coucher avec une jolie fille.

Les Chroniques de Brigetown : la scène du viol conjugal sur le duc (qui n’a choqué personne et n’est même pas présentée comme telle… l’héroïne n’a que fait payer son mensonge au duc…


Souvent le viol est appréhendé dans son caractère le plus violent – et souvent esthétisé – sans être le sujet principal (Beverly Hills, Game of Thrones, Grey's Anatomy,) et de nombreuses autres séries que le viol mais où une des héroïnes (en général ce sont des femmes) affronte le trauma du viol ou révèle l’avoir subi… Deux figures de représentation se font jour : le viol appréhendé du côté de celui qui est accusé, le viol appréhendé du côté de l’une des héroïnes (en général ce sont des femmes) qui a affronté le trauma du viol ou révèle l’avoir subi. Dans le cas de cette dernière figure, il ne semble y avoir que deux positions possible pour la femme : la résilience ou titanic !


Pour illustrer le côté violeur, les séries sont nombreuses mais je citerai par exemple la saison 4 de Californication (S4) qui est symptomatique… Les séries, sauf si le viol est un sujet auquel le showrunner veut sensibiliser, ont tendance quand le héros masculin est accusé à choisir un storytelling où il est innocent soit qu’il soit accusé à tort, par vengeance (la responsabilité des séries dans la propagation de ces éléments de langage est non équivoque), soit que la « victime » était consentante mais mineure (et on peut légitiment y voir une défense à peine voilée de la pédocriminalité surtout quand les personnages ont 15-16 ans soit souvent plus d’une décennie de moins que le héros). Cette représentation pourrait être évoquée dans beaucoup de séries. On peut citer par exemple Dexter (S2311) où son ex petite amie pour le récupérer accuse de viol Angel sans que ce soit vrai. 


Les représentations d’héroïnes ayant subi le viol sont beaucoup plus nombreuses avec souvent un discours de femmes qui sont résilientes et dépassent le trauma.

On peut citer Grey's Anatomy (S15E19), Mad Men (S2E12), House of cards (S3E3), Scandal (S3E7), par exemple… On peut citer des séries comme Euphoria (S1E6) qui questionnent le viol. 

On peut s’interroger toutefois sur certaines séries qui enchaîne les représentations de viols esthétisées à l’extrême… Je pense évidemment à The Handmaid's Tales (sur le viol institutionnalisé et la patriarcalisation totale de la société. Ce qui est intéressant est de voir le consentement au système, la collaboration des femmes) ou encore Game of Thrones (S1E1 ; S4E3 ; S5E6).


Mais la nouveauté réside probablement dans les séries dont le viol est LE sujet à l’instar de Unbelievable, 13 reasons why, ou encore I may destroy you…


C’est cette logique qui est à l’œuvre, par exemple, dans The Morning Show qui montre la fabrique du consentement impossible et où le harcèlement sexuel – et nous le verrons le viol – sont la règle dans une rédaction hyper patriarcale.

The Morning Show, Saison 1 : Cette série est magistrale pour parler de l’environnement qui crée la fabrique du viol et replacer la question du consentement dans un cadre qui dépasse les seuls protagonistes. Le leitmotiv du héros déchu est « Toutes mes affaires extra-conjugales étaient consensuelles » (S1E1), je n’ai rien fait d’illégal. Là où cette série est forte c’est que, finalement, elle ne se focalise pas tant sur Mitch que sur le système qui lui a permis d’agir sans conséquence pendant aussi longtemps, sur la culture du viol et la participation passives de tous à la création d’une fabrique de l’impossible consentement… même venant de femmes. Que dire de la scène de Mia Jordan dans l’épisode « Eaux troubles » (S1E7) ou encore la scène où Mitch viole Anna (S1E8) sans même le comprendre. L’épisode met en parallèle avec l’affaire Weinstein où les réactions de Mitch et Alex sont « quel porc » alors qu’il se passe la même chose dans la rédaction… 


Bibliographie sommaire :

  • Alexia Boucherie, Troubles dans le consentement - du désir partagé au viol : ouvrir la boite noire des relations sexuelles, éditions François Bourin, 2018.

  •  Maëlle Bernard, Histoire du consentement féminin: Du silence des siècles à l'âge de la rupture, Arkhe editions, 2021.

  • Bertrand Fages, Droit des obligations, LGDJ, coll. Manuel, 11e édition, 2021.

  •  Geneviève Fraisse, Du consentement, Editions Le Seuil, 2e édition, 2017.

  • Manon Garcia, La conversation des sexes, Philosophie du consentement, Climats, 2021.

  • Carole Pateman, Le contrat sexuel, Éditions La Découverte, coll. Bibliothèque de l’Institut Émilie du Châtelet, 2010.

  • Xavier Pin, Droit pénal général 2022, Dalloz, coll. Cours, 13e édition, 2021.

  • Noémie Renard, En finir avec la culture du viol, Les petits matins, 2021.

  • Valérie Rey-Robert, Une culture du viol à la française, Libertalia, 2020.

  • Alexandre Jaunait, Frédérique Matonti, L'enjeu du consentement, in : Raisons politiques 2012/2 (n° 46), pp. 5-11

  •  Éric Fassin, Au-delà du consentement : pour une théorie féministe de la séduction, in : Raisons politiques 2012/2 (n° 46), pp. 47-66

 

153 La Révolution

avec Côme SIMIEN

 
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Côme SIMIEN

Maître de conférences en Histoire moderne à l’Université Paris 1-Panthéon Sorbonne
Membre de l’Institut d’Histoire Moderne et Contemporaine (IHMC) et de l’Institut d’Histoire de la Révolution française (IHRF)
Membre du comité de rédaction de la revue La Révolution française et membre du comité de lecture de la revue Annales Historiques de la Révolution française.
Recherches portant sur l’histoire sociale, culturelle et politique de la seconde moitié du XVIIIe siècle et de la Révolution française, à travers notamment la question des écoles, de l’instruction publique et des communautés villageoises. Travaille également sur les violences politiques pendant la Révolution (les massacres de septembre 1792 en particulier), et le devenir des révolutionnaires après la Révolution.
Ouvrage individuel à paraître en 2022 : Le maître d’école du village, au temps des Lumières et de la Révolution (Éd. du CTHS). Co-direction des ouvrages collectifs Les passeurs d’idées politiques nouvelles au village, de la Révolution française aux années 1930 (2015) et Déportations et exils des conventionnels (2018). Directeur du dossier « Vivre la Révolution » des Annales Historiques de la Révolution française (2021).

 

Résumé épisode 153

I/ La pré-révolution à la sauce netflix (présentation de l’histoire)

  • Une série parlant de la Révolution ? (non, 1787, et ça n’ira pas plus loin, puisqu’il n’y aura pas d’autre saison)

  • La série : créateurs et intrigue.

  • La pré-révolution version fantastique, gore et film d’horreur.

  • Esthétique soignée mais jeu d’acteurs décevant (points relevés par toutes les critiques)



II/ Un point problématique : comment se positionner en historien face à cette série ? Quel dialogue nouer avec elle ?

  • Un déluge de critiques (sur sa véracité historique, son caractère complotiste, délirant, etc.). On peut y jouer aussi, c’est assez facile, car de fait, les approximations sont nombreuses. 

  • Faut-il forcément se situer sur ce terrain-là ? Question qui renvoie à des polémiques précédentes, notamment celles sur la sortie du jeu vidéo Assassin’s Creed Unity (2014). Filon assez classique des romans historiques.

  • Quelles étaient les ambitions des créateurs de la série ? C’est sur cette base aussi qu’il faut juger de sa réussite ou de son échec.



III/ Une série qui permet d’entrer dans l’Histoire ?

  • Permet-elle de mieux comprendre les processus d’entrée en Révolution, en révolte, fût-ce sans lien précis avec le contexte de la France pré-révolutionnaire, comme l’espéraient les créateurs de la série ? Pas vraiment. Vision trop binaire, trop simpliste.

  • Est-ce que la série représente un péril pour la compréhension du passé, par sa manière même de le présenter, de le triturer ? Le filon du fantastique et du gore est tiré à l’excès, jusqu’au kitch  peu de confusions possible réalité/fiction.

  • Au final : un divertissement, exclusivement. Mais pas très bien ficelé, qui a voulu trop en dire et de manière trop caricaturale  raison d’un échec.


Bibliographie pour l’émission :

  • Hervé Leuwers, La Révolution française, Paris, PUF, 2020

  • Michel Biard, Philippe Bourdin, Sylvia Marzagalli, Révolution, Consulat, Empire, Paris, Belin, 2009.

  • Philippe Bourdin, Cyril Triolaire, Comprendre et enseigner la Révolution, Paris, Belin, 2015.

  • Jean-Clément Martin, Laurent Turcot, Au cœur de la Révolution. Les leçons d’histoire d’un jeu vidéo, Paris, Vendémiaire, 2015.

  • Déborah Cohen, La nature du peuple. Les formes de l’imaginaire social (XVIIIe-XXIe siècles), Seyssel, Champ Vallon, 2010.

  • Steven L. Kaplan, Le complot de famine. Histoire d’une rumeur au XVIIIe siècle, Paris, Armand Colin, 1983.